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Medhi Fikri | L’Humanité du 05.01.2009

La réforme qui bouche encore les ports français

mercredi 6 janvier 2010 par Mehdi Fikri
Une grève a paralysé hier l’ensemble des ports français, du Havre à Marseille. Tandis que les négociations peinent à aboutir, la CGT dénonce la faiblesse des contreparties économiques à la réforme de 2008.

La fédération des ports et docks CGT a l’amère impression de s’être fait mener en bateau. Au moment de la signature de la réforme des ports, en 2008, qui prévoit le transfert à des opérateurs privés de l’ensemble des équipements et des personnels de manutention, le gouvernement avait promis une relance de l’activité et des créations d’emplois (cf. ci-dessous). Mais, à l’arrivée, les investissements sont en rade et, souvent, les effectifs en baisse. En attendant une nouvelle action, le 11 janvier, une grève de vingt-quatre heures à l’appel de la CGT, très largement majoritaire dans le secteur, a eu lieu, hier, à Marseille, Le Havre, Bordeaux, La Rochelle, Dunkerque, Nantes et Rouen. En parallèle, les négociations port par port, pour l’application de l’accord-cadre, se poursuivent.

négociation de l’accord- cadre en panne

À Marseille, premier port français, la grève a surtout touché les conteneurs et le vrac. Neuf navires étaient bloqués à Fos et sept à Marseille. « Sur le trafic du pétrole, nous avons trouvé un accord, mais pour le reste la réforme reste au statu quo », explique Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du port phocéen. Au Havre, le mouvement a entraîné l’arrêt de l’activité sur tous les terminaux à conteneurs, principale activité du port. Pour Johan Fortier, secrétaire général adjoint CGT des dockers havrais, les « projets de développement ne sont pas là, hormis celui déjà connus pour le conteneur au Havre ». À Bordeaux, « le port est paralysé, aucun navire ne se charge ou ne se décharge », affirme Jean-Yves Sanguinet, secrétaire général CGT du port bordelais. À La Rochelle, « l’ensemble des personnels a suivi la grève », explique Jean Canonge, secrétaire général CGT du port de La Rochelle. Et, là-bas aussi, la négociation de l’accord-cadre est en panne. Jean Canonge  : « Sur les trois repreneurs potentiels de l’activité de manutention, un seul a signé l’accord, les dossiers des autres ont été retoqués. Puisque la loi n’autorise pas de monopole. On doit donc de nouveau passer par un appel d’offres international. » À Nantes, « sept bateaux à quai sont arrêtés et d’autres sont coincés au large », affirme Yves Tual, de la CGT du port nantais. La grève est suivie là-bas par « 95 % du personnel », estime le cégétiste. Le tout dans un climat de tension, depuis le limogeage express de François Marendet, directeur du port. Sa faute  ? « Il avait signé un accord qui ne prévoyait pas, comme ailleurs, le détachement des personnels à une entreprise, mais à un groupement d’entreprises qui mutualisait leurs moyens », raconte Yves Tual.


Ports. Un plan social déguisé

La réforme adoptée en mai 2008 est censée générer 15 000 emplois et une compétitivité renforcée du secteur portuaire…

« En 1985, Marseille était la première place européenne pour le trafic des conteneurs. En 2007, elle est à la 13e place », martelait Roland Blum, député UMP des Bouches-du-Rhône, début 2008. À l’époque, l’élu défendait son projet de loi en parlant d’une « réforme nécessaire qui va dans le sens de l’histoire ». Il s’agissait de sauver l’activité portuaire française, rien de moins. Et notamment de récupérer près de deux millions de conteneurs aujourd’hui traités dans d’autres grands ports européens, comme Rotterdam ou Anvers. « Et au final, on n’a pas récupéré une tonne supplémentaire, pas une  ! » tacle Jean-Yves Sanguinet, secrétaire général CGT du port autonome de Bordeaux. Le gouvernement promet à terme « 15 000 créations d’emplois, sous-traitance comprise ». Dans un communiqué, la CGT parle au contraire « de plans sociaux déguisés ». Exemple, à Nantes. Yves Tual, secrétaire général CGT du port nantais  : « Les départs en préretraite, dont nous bénéficions en tant que salariés exposés à l’amiante, ne sont pas remplacés. Pareil pour les congés de fin de carrière. » Pis, selon le cégétiste, « nous sommes touchés par la baisse d’activité à l’usine PSA Peugeot-Citroën de Rennes. On fait nous aussi du chômage partiel ». Car depuis l’adoption de la réforme, la crise est passée par là. « À présent, la réforme revient à transférer des activités déficitaires à des entreprises en difficulté. Ce n’est pas rassurant », déplore Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du port autonome de Bordeaux.


L’affaire qui énerve toujours

C’était l’un des seuls projets de développement initié après la réforme. La société 4Gas envisageait d’implanter un terminal méthanier au Verdon, près de Bordeaux. Un investissement de 450 millions d’euros avec environ 150 créations d’emplois. L’annulation du projet en octobre est restée en travers de la gorge de Jean-Yves Sanguinet, secrétaire général CGT du port de Bordeaux. « Dominique Bussereau voulait installer le terminal dans sa circonscription, à La Rochelle (le secrétaire d’État aux Transports, qui a les ports en tutelle, est aussi président du conseil général de la Charente-Maritime – NDLR). Comme il n’a pas pu, il a torpillé le projet, en s’appuyant sur le Grenelle de l’environnement », tempête le cégétiste.

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