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Un article paru dans L’Humanité du 10 juin 2006

« La responsabilité historisque d’élargir le champ des possibles »

samedi 10 juin 2006
Le syndicalisme d’accompagnement a-t-il un avenir ?

Voilà des lustres que les syndicats n’ont pas été en mesure d’obtenir de nouvelles avancées sociales et d’imposer au patronat leurs thèmes de négociation. Confrontés à la perspective d’un contrat social en voie de délitement, ils parviennent dans le meilleur des cas à limiter les reculs, mais c’est sur la base des revendications patronales que s’ouvrent et se mènent aujourd’hui les principales négociations : allongement de la durée du travail, introduction du travail de nuit, diminution des salaires, etc.

Est-ce à dire que les syndicats apparaîtraient désormais comme incapables de conquérir de nouveaux droits et se verraient cantonnés à un rôle purement institutionnel ? À eux de négocier l’assurance chômage, d’adoucir les effets d’une situation critique, de toute façon considérée comme inévitable, à eux donc la mission de négocier un plan social, l’ordre des licenciements, sans avoir jamais pu discuter de l’opportunité de la restructuration annoncée, ni présenter à la discussion une contre-proposition industrielle.

Certains syndicats, plus particulièrement la CFDT, du moins à l’époque de Nicole Notat, ont résolument inscrit leur action dans une logique de pure gestion, en s’inscrivant dans les contraintes, pour les aménager certes, mais sans envisager vraiment de les desserrer, et encore moins de peser sur le cours des choses. Face à l’alternative entre le possible et le souhaitable, la CFDT, prise dans l’orbite de la pensée unique a souvent choisi le premier terme. Mais pourquoi fixer le « possible » serait-il un privilège réservé au patronat et au gouvernement ? Pourquoi le patronat et les technocrates auraient-ils, a priori, la légitimité de tracer les lignes du possible ?

La pression du chômage massif et persistant et la précarisation du travail expliquent combien il est difficile pour les syndicats de dépasser cette fonction d’accompagnement, pour présenter des revendications autonomes qui aillent dans le sens d’une transformation sociale et se traduisent par de véritables avancées ainsi que par le changement du travail. Le rapport salarial n’est pas favorable aux salariés, dans un contexte où l’on exige toujours plus de ces derniers sans contreparties à leurs efforts.

Mais il ne faudrait pas non plus négliger l’effet d’un certain discours sur la modernité à la fin des années quatre-vingt. Cette rhétorique triomphaliste avait sonné comme le glas du syndicalisme revendicatif classique appelant à laisser place à un syndicalisme présenté comme éclairé et raisonnable ! La grève était devenue obsolète. Toute idée de conflits d’intérêts, de rapport de forces était écartée, rangée dans les armoires du passé. Les solutions au chômage ne passaient plus par une analyse économique autre que celle de la pensée dominante : réforme du marché du travail et suppression des rigidités, vraies ou supposées, constituaient désormais le seul horizon. Alors même que les syndicats ont, plus que jamais, besoin de conserver ou de reconquérir leur capacité d’analyse autonome et leur propre expertise technique, ils ont tendance à intérioriser l’analyse officielle, ce qui réduit la recherche de solutions plus favorables aux salariés et nuit à leur crédibilité lorsque la situation les conduits à troquer des acquis contre de nouvelles contreparties.

L’évolution de la société, du système de production, l’envahissement de la sphère productive par l’économie financière ne peuvent se poursuivre sans rencontrer de limites, de contre-pouvoirs. Les syndicats ont la responsabilité historique de concevoir et d’avancer des propositions alternatives qui réduisent les inégalités et remettent le travail au coeur de l’économie. N’est-ce pas là ce que les salariés attendent d’eux ? Qu’ils donnent une visée transformatrice à leur action et sachent en même temps concilier le nécessaire réalisme entre les contraintes qui s’imposent et la volonté de les desserrer. Il y a une attente. Les jeunes se mobilisent. Le mouvement des stagiaires en a apporté une première illustration. Les fortes mobilisations autour du contrat première embauche en sont une preuve encore plus visible. Les syndicats sont revigorés. La CFDT paraît quasiment métamorphosée et on peut espérer qu’elle mette fin à cette trop longue parenthèse. En effet, c’est à partir du rapport de force que l’on sait construire et que se développe la capacité à appréhender les situations des salariés et leurs attentes. Et ce rapport de force commence par l’unité syndicale

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