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Article de Jean-Pierre Langellier paru dans Le Monde du 5 octobre 2006

La résurrection modèle de Hatfield, mine britannique

jeudi 5 octobre 2006 par Jean-Pierre Langellier
La réouverturedes houillères n’est qu’une étape avant la mise en service d’une centrale « propre »... Même les Amis de la Terre ont donné leur accor

Hatfield sera une centenaire heureuse. Cette mine de charbon,ouverte en 1908 et fermée en 2004, est en train de renaître. Située près de Doncaster, dans le South Yorkshire, au cœur du vieux « pays noir » anglais, elle sera à nouveau exploitée à partir du printemps 2007.

Quelque 150 mineurs préparent déjà sa remise en route. Ils creusent le tunnel qui rejoindra une veine de houille délaissée dans le passé. C’est un riche filon,d’excellente qualité, qui assurera quarante ans de production, au rythme annuel initial de 2,5 millions de tonnes. Il représente la moitié des réserves de charbon actuellement accessibles en Grande-Bretagne. Lorsqu’elles tourneront à plein régime, les houillères de Hatfield emploieront au moins 350 personnes.

Richard Budge est le grand artisan de cette renaissance. « J’ai toujours cru, explique-t-il au Monde, que le charbon avait un bel avenir. » Ancien patron de UKCoal, lepremier opérateurminier britannique, il dirige aujourd’hui Power-fuel, une compagnie nouvellement créée pourrelancer Hatfield.C’est unentrepreneur respecté que certains appellent « King Coal », un surnom qu’il déteste.

Powerfuel a trouvé de l’argent en Russie. Richard Budge a signé en mars 2006 un accord avec l’un des plus gros producteurs de charbon russe, Kuzbassrazrezugol (KRU). Cette énorme compagnie, qui possède 13 mines à ciel ouvert au sud-ouest de la Sibérie, a acheté 51 % du capital de Powerfuel, réalisant ainsi sa première acquisition directe à l’étranger. KRU est aussi l’un des principaux fournisseurs de charbon du Royaume-Uni.

La réouverture des houillères n’est que la première étape d’un plan plus ambitieux.Powerfuel dispose au tour de la mine d’un terrain sur lequel elle construira une centrale « propre », et un parc d’industries légères,un projet auquel le gouvernement adonné son aval. Cet investissement avoisinera 1,2 milliard d’euros. « Nous serons prêts en 2011 », prédit Richard Budge. Hatfield reprendra ses livraisons de charbon à ses clients d’hier, comme E.ON, et surtout Drax, qui, non loin de là, près de Selby, gère la plus grande centrale thermique d’Europe. Celle-ci produit 7 % de l’électricité du pays.

La résurrection de Hatfield était inimaginable il y a seulement quelques années.

L’industrie charbonnière, moteur de la révolution industrielle britannique,a périclité à la fin du XXe siècle. Ce déclin s’est brutalement accéléré après la longue grève des mineurs de 1984, achevée dans l’amertume de l’échec, face à l’intransigeance de Margaret Thatcher. En 1984,on recensait encore 180 000 mineurs et 170 puits de charbon.

Les puit sont ensuite fermé par dizaines chaque année, jusqu’à la privatisation totale des mines en 1994. Aujourd’hui, il reste seulement sept mines de charbon situées dans le Yorkshire (nord de l’Angleterre),le Nottinghamshire (centre) et le sud du Pays de Galles, qui produisent 10 millions de tonnes par an. Hatfield sera la huitième. Et on ne compte plus que 5 000 « gueules noires ». La Grande-Bretagne importe plus de charbon qu’elle n’en extrait, pour l’essentiel des Etats-Unis, de Russie, de Colombie et d’Afrique du Sud.

Le charbon fournit un tiers de l’électricité du royaume.

Vieillisement de la main d’œuvre

Pendant vingt ans, la Grande-Bretagne a eu la chance d’être autosuffisante en énergie, grâce à son pétrole et à son gaz de la mer du Nord, atteignant son « pic » de production en 1999. Ce n’est plus le cas.

Du fait de l’épuisement rapide de ces deux ressources, le pays achète désormais à l’étranger plus de pétrole qu’il n’en vend.

Le pays découvre sa dépendance énergétique, notamment envers le gaz, et s’en inquiète. La nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement et, surtout, la forte haussedu prix mondial des hydrocarbure sont rendu toute sa valeur au charbon. UK Coal a annoncé en septembre avoir dégagé des profits, pour la première fois depuis trois ans.

Le retour du charbon se heurte à des obstacles que Richard Budge balaie avec entrain. Le vieillissement de la main-d’œuvre ? « Nous n’avons cessé de former des mineurs. La demande d’emploi est supérieure à l’offre. » La lourdeur des investissements ? Tout dépend, selon lui, du site choisi. Hatfield a pour avantages d’avoir fermé il y a seulement deux ans, de posséder de grosses réserves et d’être proche de plusieurs centrales thermiques, ce qui limite les coûts. Peu de mines ont autant d’atouts.

D’où la prudence des experts quant à l’ampleur possible du renouveau charbonnier.

Pour Richard Budge, c’est avant tout une question de « volonté politique ».

Reste l’argument essentiel des adversaires du charbon :c’est « la plus sale des énergies ». Exemple, la centrale de Drax est le plus gros pollueur de C02 en Europe. La montée des préoccupations écologiques, s’agissant notamment de l’effet de serre, a d’ailleurs largement scellé le sort du charbon anglais. Aujourd’hui, rétorque Richard Budge, la technique respecte l’environnement. La future centrale de Hatfield produira de l’énergie « propre », en utilisant le procédé IGCC ( Integrated Gasification Combined Cycle), déjà mis en œuvre aux Etats-Unis. « Même l’association Les Amis de la Terre, conclut-il, a accepté cette solution. »

Cet un article est un élément du dossier du quotidien [Le Monde-< mot 32] paru le 5 octobre 2006 sur l’énergie

Comment relever le défi énergétique d’une demande doublée d’ici 2050 ?
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