Liste des auteurs

Yves Housson | L’humanité du 27.01.2009

La retraite complémentaire sous le feu du MEDEF

mercredi 28 janvier 2009 par Yves Housson
Protection sociale . À la faveur des négociations qui s’ouvrent aujourd’hui, le patronat veut reculer l’âge ouvrant droit à une pension sans abattement.

S’il manquait encore à certains une solide raison de participer à l’action syndicale du 29 janvier et d’y emmener leurs collègues et amis, la voici. Aujourd’hui démarre la négociation entre syndicats et patronat sur les retraites complémentaires. L’enjeu est de taille : la pension complémentaire représente entre 30 % et 60 %, selon les situations, de la retraite globale. Les pourparlers qui s’engagent visent à ajuster les règles en vigueur dans les régimes ARRCO et AGIRC à la nette montée en puissance de leurs charges. Parallèlement à l’élévation continue de l’espérance de vie, le nombre de salariés arrivant chaque année à l’âge de la retraite a commencé à sensiblement augmenter. Plus vite que le nombre de cotisants. L’ARRCO (où cotisent l’ensemble des salariés) et l’AGIRC (régime des cadres) demeurent à ce jour excédentaires mais, selon des projections faites il y a deux ans, risqueraient d’entrer en déficit à compter de 2016 pour le premier, 2010 pour le second. La crise économique et la montée du chômage (entraînant une baisse des recettes) pourraient toutefois rapprocher les échéances. Syndicats et patronat sont donc devant un défi : comment assurer l’équilibre financier des régimes pour garantir le versement des pensions ?

Mandat patronal ferme et absolu

Le MEDEF a affiché la couleur. Son chef négociateur Jean-René Buisson proclamait le mois dernier qu’il avait « un mandat d’une fermeté absolue (quant) au refus d’augmenter les cotisations ». En clair : les patrons, fidèles à leur dogme sur la « baisse des charges », ne veulent pas mettre un euro de plus dans la machine, en dépit de la forte croissance des besoins. À défaut d’actionner le levier des recettes, il ne resterait plus aux partenaires sociaux qu’à tailler dans les dépenses, autrement dit dans les droits des assurés. Après avoir réussi, lors des précédents accords, à imposer une baisse du rendement des régimes complémentaires (notamment en indexant la valeur du point sur l’évolution des prix, et non plus sur celle des salaires, plus avantageuse), l’organisation patronale jette maintenant son dévolu sur l’âge ouvrant droit à une pension pleine et entière. Il s’appuie pour cela sur une fragilité de l’édifice. Contraint et forcé d’accepter la retraite à 60 ans dans le régime général, décidée par le législateur en 1982, le MEDEF ne s’y est jamais résolu pour l’ARRCO et l’AGIRC, régimes de droit privé gérés par les « partenaires sociaux », où le droit à une pension complémentaire sans abattement reste fixé à 65 ans.

Base de départ « pas acceptable »

Tout juste a-t-il consenti à mettre en place un dispositif particulier, l’AGFF, alimenté par une cotisation spécifique pour financer la complémentaire entre 60 et 65 ans. Sans cela, une pension liquidée à 60 ans se verrait appliquer un abattement de 22 %. Mais ce dispositif provisoire est remis en question à chaque négociation par les amis de Mme Parisot. En 2009, ils repartent à la charge en proposant de reculer à 62 ans l’âge à partir duquel il n’y aurait pas de décote. Manière indirecte mais très claire de décréter la fin de la retraite à 60 ans et de pousser le gouvernement à oser une telle « réforme » dans le régime général. Alors que son secrétaire général, Bernard Thibault, jugeait hier « pas acceptable » de démarrer les discussions sur cette base, la CGT fait valoir qu’il serait possible d’équilibrer financièrement les régimes tout en stoppant l’érosion régulière des droits. Au coeur de ses propositions, une hausse du taux des cotisations, la modulation de celles-ci en fonction de la politique d’emploi des entreprises et, dans l’immédiat, l’extension de l’assiette à l’intéressement et à la participation. Et le responsable de la délégation cégétiste aux pourparlers, Eric Aubin, de mettre en garde : « On voit où nous a conduits le refus de débattre des ressources dans la négociation sur l’assurance chômage », dit-il, faisant allusion à l’échec d’un projet d’accord basé sur la volonté patronale de geler, voire de baisser les cotisations UNEDIC des entreprises.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !