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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 21.12.2007

La vague de froid pousse la France à importer de l’électricité

vendredi 21 décembre 2007 par Jean-Michel Bezat
Les années 1980-1990, où la France était largement excédentaire, sont révolues. Elle a beau rester exportatrice d’électricité (10 % de sa production en 2007), elle doit parfois en importer en période de pointe. Elle a fait appel aux producteurs allemands et suisses, lundi 17 décembre, quand sa consommation a battu un record (88 960 mégawatts) à 19 heures, selon le Réseau de transport d’électricité (RTE), la filiale d’EDF qui gère les 100 000 kilomètres de lignes à haute tension du pays.

Est-on "sous perfusion électrique" malgré les 58 réacteurs nucléaires d’EDF ? Le pays a-t-il été "sauvé" ces dernières semaines par ses voisins, comme l’assure le réseau Sortir du nucléaire ? Dominique Maillard, président du directoire de RTE, y voit plutôt la preuve que "l’Europe de l’électricité existe et fonctionne". Au moment où la France importait 5 100 MW, elle en exportait 3 500 vers l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne et la Belgique.

SUBTILS ARBITRAGES

Depuis le début de la semaine, les températures sont inférieures de 5 à 6 degrés aux normales saisonnières. Or une baisse de 1 degré entraîne un surcroît de consommation de 1 700 MW (deux fois les besoins de Marseille) dans l’Hexagone et de 3 000 MW en Europe. En période de grand froid, la France compte donc pour une bonne moitié de la consommation de pointe en raison d’un développement sans équivalent du chauffage électrique.

EDF et RTE ne sont pas inquiets, même si la disponibilité du parc nucléaire (83 %) n’est pas optimale et si le pays manque de capacités de pointe utilisables rapidement, comme les centrales à cycles combinés gaz. "Lundi, à la pointe de consommation, 54 réacteurs sur 58 étaient en fonctionnement", note EDF. Outre le nucléaire (65 % des capacités), EDF a 447 centrales hydroélectriques (21 %) et des unités fonctionnant au charbon ou au fioul (14 %). Ses capacités atteignent 96 400 MW, auxquelles s’ajoutent celles de Suez et d’Endesa.

EDF peut aussi faire jouer les contrats d’effacement, qui prévoient que des clients réduisent leur consommation en échange de tarifs plus intéressants. En outre, l’importation d’électricité ne signifie pas toujours que les centrales françaises sont incapables de répondre à la demande. Au terme de subtils arbitrages, la direction de l’optimisation amont-aval d’EDF peut juger financièrement plus intéressant de vendre aux pays où le courant est cher et d’en importer pour sa propre consommation ou d’en acheter sur le marché au jour le jour. "Il y a une mise en concurrence des moyens de production", note M. Maillard. Il n’en reste pas moins qu’en début de soirée, lundi, le prix du MWh a grimpé à 263 euros sur Powernext, trois fois son prix moyen de 2007 à cette heure.

L’électricité ne se stockant pas, RTE doit en permanence équilibrer l’offre et la demande depuis son centre national de dispatching de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Et pour éviter d’être pris de court, il fait des prévisions de consommation pour le lendemain et à une semaine.

La situation reste néanmoins tendue à certaines périodes. En 2006, Capgemini a prévenu que la marge de production (différentiel entre la pointe de demande et la capacité totale de production) est passée en Europe de 5,8 % en 2004 à 4,8 % en 2005 et que le Vieux Continent est menacé de délestages, voire de black out, en période de très forte consommation. Le groupe de conseil y évaluait l’investissement nécessaire (centrales, lignes...) à 700 milliards d’euros d’ici à 2030.

En France, RTE invite à privilégier sur les centrales mobilisables rapidement. "C’est la consommation à la pointe qui augmente le plus, c’est donc sur la production de pointe qu’il faut faire porter l’effort", résume M. Maillard. RTE prévoit que les pointes atteindront 95 000 MW en 2010 et même 103 000 MW en 2020. La sécurité d’approvisionnement semble néanmoins "assurée jusqu’en 2011". Et même jusqu’en 2014 compte tenu des nombreuses centrales en construction ou en projet (EDF, Gaz de France, Suez, Endesa, Poweo...). Elles seront d’autant plus nécessaires que la demande augmente plus vite que les capacités de production.

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