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Article de DIANE CAMBON. paru dans Le Figaro le 14 novembre 2006

La vigoureuse croissance n’empêche pas la pauvreté

jeudi 14 décembre 2006 par Diane Cambon
Aux normes européennes, près d’un Espagnol sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.

DANS UN PAYS, où depuis treize ans la croissance économique se maintient à un rythme soutenu, parler de pauvreté est presque ­incongru. L’étude publiée récemment par l’Institut national des statistiques (INE) vient pourtant de dessiner une ombre dans le paysage serein de l’économie espagnole. D’après cette enquête sur les conditions de vie, commandée par l’Union européenne, la pauvreté frapperait 20 % de la population espagnole, soit 8 millions de personnes, dont 47 % sont âgées de plus de 65 ans et vivent seules.

L’étude est d’autant plus surprenante qu’elle place l’Espagne dans le peloton de queue des pays européens, juste devant le Portugal (21 % de la population) et au même niveau que la Grèce. Un classement bien peu flatteur pour une nation qui, après avoir été le principal bénéficiaire des fonds européens depuis la fin des années 1980, devrait devenir contributeur net de l’UE dès l’an prochain. Considérée comme le bon ­élève de la région, avec une hausse annuelle de 3,8 % de son PIB et un taux de chômage divisé par deux en une décennie, l’Espagne a néanmoins vu des milliers de personnes défiler fin octobre dans les rues d’une quarantaine de villes pour clore la Semaine contre la pauvreté.

Le pays s’est aussi fait sermonner par Bruxelles, qui critique sa mauvaise répartition des richesses. Les contrastes historiques entre les régions espagnoles n’ont pas diminué ces dernières années. Ainsi, selon cette étude, le sud du pays reste la zone la plus pauvre. L’Estrémadure, suivie de Castille-La Manche et l’Andalousie sont les trois régions d’Espagne où le revenu annuel par foyer est le plus bas (environ 18 000 euros). En revanche, la Navarre, le Pays Basque, la Catalogne et Madrid accumulent toujours les plus grandes fortunes (la moyenne est de 27 000 euros de revenu par an et par foyer).

Peu représentative

Dès sa publication, l’enquête a été vivement critiquée par l’exécutif de gauche. Ils lui reprochent de se fonder sur une moyenne européenne trop élevée pour calculer le seuil de pauvreté espagnol. À leurs yeux, l’étude n’est donc que très peu représentative de la réalité sociale et économique du pays. Ainsi est considérée comme pauvre, selon les calculs de l’UE et de l’OCDE, toute personne vivant seule avec un revenu annuel inférieur à 60 % du revenu médian ­national, c’est-à-dire inférieur à 6 347 euros, ou des membres d’un foyer de deux personnes recevant un revenu inférieur à 9 520 euros à l’année. Tout individu touchant moins de 530 euros net par mois est donc catalogué comme pauvre. Or, en Espagne, cela revient à toucher un salaire minimum (le smic équivaut à 540 euros mensuel).

L’enquête ne tient pas compte non plus d’une autre réalité espagnole, laquelle peut expliquer en partie le peu de visibilité que l’on peut avoir sur la pauvreté espagnole. Il s’agit du poids considérable de l’économie souterraine, estimée à 21 % du PIB selon l’Institut d’études fiscales. Nombreux sont les Espagnols à cumuler les petits jobs, dont la plupart ne sont déclarés ni au fisc, ni à la Sécurité ­sociale. Sans cette réalité, il serait difficile d’expliquer comment la demande intérieure (+ 5 % en 2005) ne faiblit pas dans un pays dont les restaurants, bars et mégacentres commerciaux ne désemplissent jamais.

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