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Propos recueillis par Jean-Michel Bezat et Pascal Galinier parus dans Le Monde du 23 juin 2005

"La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire"

jeudi 23 juin 2005 par Jean-Michel Bezat, Pascal Galinier

Le prix du baril de pétrole frise désormais les 60 dollars (49,29 euros). Peut-on parler de choc pétrolier ?

Je crois qu’il faut plutôt parler de choc énergétique, pas seulement pétrolier. On suit, dollar par dollar, le cours du pétrole, on suit moins les cours du gaz ou du charbon, qui ont aussi explosé. Ce choc a été temporairement atténué par la force de l’euro, mais cet effet amortisseur se réduit avec la remontée du dollar. Je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense que la flambée ne sera pas temporaire. L’énergie est une denrée rare, qui va rester chère, dans un monde où de grands pays émergents, avec peu de sources d’énergie chez eux, ont des taux de croissance spectaculaires.

Les pays consommateurs ont-ils pris conscience de cela ?

Je n’en suis pas sûr. Je suis frappé de la différence avec le premier choc pétrolier, en 1973, après lequel les pays occidentaux avaient pris des mesures drastiques d’économie d’énergie. Aujourd’hui, il n’y a pas de mobilisation de l’opinion publique. Côté politique, la directive européenne sur l’efficacité énergétique tarde à venir. Or, l’Europe va être de plus en plus dépendante des importations pour ses approvisionnements en énergies fossiles. Au rythme actuel, il reste dix à quinze ans de consommation des réserves européennes de pétrole et de gaz, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Norvège.

Jusqu’à présent, en matière énergétique, la Commission européenne s’est plus préoccupée de concurrence que de sécurité des approvisionnements à long terme. La question de la dépendance énergétique doit être posée en Europe, dans une démarche collective, visant à nous doter de capacités de production et de transport de gaz et d’électricité. Je ne parle même pas de la dimension géostratégique du problème, mais simplement de compétitivité et d’efficacité de l’économie européenne. Si l’Europe doit importer la majorité de ses énergies fossiles aux prix du marché mondial ­ les plus élevés donc ­, et si l’on y ajoute le coût des taxes CO2 que nous nous imposons, de façon vertueuse, au sein de l’Union, l’industrie européenne pourra-t-elle rester compétitive avec une énergie et une main-d’oeuvre plus chères que dans les autres régions du monde ?

Quelles sont les alternatives au pétrole ?

Jusqu’ici, les énergies renouvelables (éolien, biomasse, solaire...) ne vivent que grâce aux subventions, mais les écarts de coûts avec les énergies fossiles se resserrent. Au train où montent les prix, il n’est pas exclu d’envisager un jour que l’éolien devienne rentable ! Tout cela restera cependant marginal par rapport aux besoins massifs d’énergie et à la croissance de la consommation à laquelle nous devons faire face.

La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire. C’est l’énergie la plus compétitive pour produire de l’électricité, celle qui apporte la contribution la plus massive à la réduction des gaz à effet de serre prévue par le protocole de Kyoto. Elle nous place en situation de moindre dépendance vis-à-vis des pays producteurs d’énergies fossiles.

Suez souhaite participer au programme EPR de réacteur nucléaire de troisième génération, dont le premier prototype sera construit par EDF à Flamanville. A quelles conditions ?

Electrabel -filiale électrique de Suez- est un partenaire d’EDF de longue date : nous avons des participations croisées dans des centrales nucléaires en France et en Belgique. Nous discutons donc naturellement de l’éventualité d’être partenaire d’EDF à Flamanville, voire dans d’autres réacteurs EPR d’EDF, à des conditions techniquement et financièrement attractives. Nous ne voulons rien faire dans l’urgence ­ on parle d’une mise en service à l’horizon 2012. Au-delà de 2015, sur notre marché domestique, la France et le Benelux, nous avons la volonté de disposer de nos propres capacités nucléaires de troisième génération, de nos propres réacteurs EPR, construits et exploités par nous-mêmes. Le cas échéant en partenariat, pourquoi pas avec EDF, comme c’est le cas à Tihange en Belgique ?

En attendant l’EPR, comment allez-vous accroître vos capacités de production d’électricité ?

La prise en compte des critères de Kyoto d’un côté, de la compétitivité de l’économie française de l’autre, doivent nous amener à regarder en priorité, outre le nucléaire, la question du gaz. Nous sommes aujourd’hui le premier exploitant au monde de centrales à turbines à gaz. C’est aujourd’hui l’énergie fossile qui croît le plus vite, et qui offre la meilleure flexibilité et qui est la moins polluante.

On retombe sur le problème de dépendance, à l’égard de la Russie notamment.

L’Occident a mis vingt ans à se remettre du premier choc pétrolier, par une politique vigoureuse d’investissements diversifiés, dont le parc nucléaire en France. Si l’Europe se mettait en position de dépendance extrême à l’égard de la Russie, il faudrait probablement à nouveau vingt ans pour en sortir. Dans l’intervalle, nous n’aurions pas d’autres solutions que de payer le prix voulu par les Russes. Avec des conséquences dramatiques pour la compétitivité de l’industrie européenne. Il existe d’autres pays producteurs de gaz, au Proche-Orient, en Afrique, en Amérique du Sud...

L’Europe doit se mettre en situation d’être en permanence en position d’arbitrage entre différentes sources d’approvisionnement, en investissant dans des infrastructures de transport maritime et de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL). C’est ce que nous faisons chez Suez, où nous disposons de terminaux, de stockages et d’une flotte de navires.

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