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Article de Anne Pélouas paru dans Le Monde du 24 octobre 2006

Le Canada veut abandonner le protocole de Kyoto en ménageant ses plus gros pollueurs

mardi 24 octobre 2006 par Anne Pélouas

"Il y a un besoin urgent de réglementation sur la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre... Nous allons poser des gestes concrets... prendre des mesures énergiques avec des objectifs contraignants." A entendre la ministre canadienne de l’environnement, Rona Ambrose, jeudi 19 octobre, on aurait pu croire en la volonté du gouvernement conservateur canadien, en place depuis février, de faire mieux que le protocole de Kyoto.

Chiffres

Le protocole de Kyoto.

Entré en vigueur en février 2005, il a été signé en décembre 1997 et ratifié par 166 pays.

Le texte engage les pays développés à réduire de 5 %, par rapport à 1990, leurs émissions de gaz à effet de serre en 2010.

Le Canada doit ainsi réduire ses émissions de 6 %, les Etats-Unis (qui ont signé mais pas ratifié le protocole) de 7 %, l’Europe de 8 %, le Japon de 6 %.

Le Canada émet 740 millions de tonnes de gaz à effet de serre équivalent CO2, les Etats-Unis 6 894, l’Union européenne 4 180, le Japon 1 339. [-] fermer

Mais son projet de loi sur la qualité de l’air, "pièce maîtresse" d’un nouveau plan vert, laisse plutôt un goût amer aux écologistes et aux partis d’opposition. Non seulement, affirment-ils à l’unisson, enterre-t-il Kyoto en balayant les engagements canadiens en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) (- 6 % d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990), mais encore ouvre-t-il grand la porte à une accélération des émissions (qui ont déjà augmenté de 32 %), pour ne pas freiner la croissance économique. Au banc des accusés : de grandes entreprises du secteur énergétique et deux provinces (Alberta et Ontario) responsables de 77 % des rejets.

"ABDICATION HONTEUSE"

L’"approche verte" du gouvernement se veut "intégrée et compréhensive" pour lutter sur deux fronts (pollution de l’air, changement climatique)... tout en ménageant les industries les plus polluantes. Le projet de loi sur la qualité de l’air ne prévoit aucune mesure importante d’ici à 2010. En matière de lutte contre le smog, le délai de conformité est fixé à fin 2010 et, dans plusieurs cas, les cibles courent jusqu’en 2025. L’industrie automobile bénéficie aussi d’un répit supplémentaire, jusqu’en 2011, avant de se voir imposer de nouvelles normes de consommation d’essence. Ottawa relance par ailleurs, pour trois ans, un processus de consultation avec les secteurs industriels les plus polluants. Objectif : négocier avec eux une réduction absolue des polluants responsables du smog, applicable en 2010.

En revanche, pour les GES, on vise, pour 2010-2015, des réductions plutôt basées sur l’"intensité" des émissions. En clair, Ottawa privilégiera jusqu’en 2015 une approche reconnaissant les efforts d’une usine, même si sa production a augmenté et qu’elle ait donc émis plus de GES. Les écologistes ont réagi, rappelant qu’avec la montée en puissance de l’industrie des sables bitumineux (qui doublera la production nationale de pétrole d’ici dix ans), une telle approche se traduira forcément par une hausse des émissions de GES. Pour 2020-2025, Ottawa revient à des réductions absolues - mais non chiffrées - et il faut attendre 2050 pour viser "une réduction absolue des émissions de GES entre 45 % et 65 % par rapport aux niveaux de 2003".

Au Parlement, on relève que le Canada, ex-champion de l’environnement, fait aujourd’hui piètre figure. Le chef libéral Bill Graham a dénoncé l’"enterrement" de Kyoto par un premier ministre qui "se contrefout de l’environnement" tandis que l’ancien ministre libéral de l’environnement, Stéphane Dion, parlait d’"abdication honteuse". Du côté des défenseurs de l’environnement, Matthew Bramley, de l’Institut Pembina, se désole de "l’abandon des cibles à court terme de Kyoto et (d’)une réduction fondée sur l’intensité des émissions qui invite quasiment ceux qui produisent plus à polluer davantage".

Les plus critiques ont l’espoir que le projet de loi ne passe pas la rampe au Parlement. Le bras de fer est déjà entamé. L’opposition a promis de voter rapidement en faveur d’une proposition de loi imposant au gouvernement, minoritaire, de respecter les objectifs de Kyoto et laisse planer la menace de le renverser s’il demande un vote de confiance sur son propre projet.

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