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Jean-Michel Bezat | Le Monde du 05.07.07.

Le Kremlin finalise la création d’un géant du nucléaire

jeudi 5 juillet 2007 par Jean-Michel Bezat
Un "gazprom de l’atome". La Russie a retrouvé ses ambitions passées dans le nucléaire civil et met la dernière main à un groupe intégré réunissant toutes les sociétés du secteur, de l’extraction de l’uranium et la fabrication du combustible à la construction et l’exploitation de centrales. Baptisé Atomenergoprom, il naîtra en janvier 2008 et sera un sérieux concurrent du français Areva, de l’américain General Electric et du japonais Toshiba-Westinghouse.

Annoncé en 2006 par Vladimir Poutine, ce holding d’Etat - dont les filiales seront ]ouvertes aux capitaux privés, russes ou étrangers - devra assurer la construction d’une cinquantaine de réacteurs en Russie d’ici à 2030 mais aussi être "actif" à l’étranger, a indiqué le président.

"La Russie doit participer à la renaissance de l’énergie atomique dans le monde", explique au Monde Sergueï Kirienko, patron de Rosatom, l’Agence fédérale de l’énergie atomique qui a remplacé le ministère ad hoc (Minatom). Le colosse absorbera, entre autres, Rosenergoatom (électricité), Tekhsnabexport (négoce d’uranium), TVEL (producteur de combustible), Atomenergomash (turbines) et Atomstroïexport (construction de centrales à l’étranger).

La menace de pénurie d’électricité a fait du développement du nucléaire une priorité. "Nous devons construire immédiatement de nouvelles capacités", explique le patron de Rosatom. Deux réacteurs par an doivent voir le jour d’ici à 2010 et au moins trois entre 2010 et 2030. Plus que sous l’ère soviétique ! Le Kremlin veut aussi mieux valoriser les réserves gazières du pays en produisant moins d’électricité à partir du gaz (50 % du courant aujourd’hui) pour en vendre plus à l’international, où il vaut cinq fois plus cher. "Notre objectif, conclut-il, est d’avoir 25 % à 30 % d’électricité nucléaire" (contre 16 %).

"NAÏVETÉ" DES EUROPÉENS

Avec Atomenergoprom, le Kremlin a fait le choix d’une société unique et intégrée "parce qu’elle sera en concurrence non seulement avec les producteurs d’électricité non nucléaire en Russie.

Cette ambition passe aussi par la création d’un réseau international de centres d’enrichissement sous contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique, où les pays en développement pourraient acheter du combustible sans faire courir au monde un risque de prolifération. Un accord a ainsi été récemment conclu avec le Kazakhstan.

Atomenergoprom est aussi "prêt à vendre des réacteurs à tous ceux qui respectent le traité de non-prolifération" (TNP), ajoute M. Kirienko. La Russie en construit déjà 2 en Chine, 2 en Bulgarie, 1 en Iran et 2 en Inde... non signataire du TNP. En Europe de l’Est, où il faudra remplacer les vieilles centrales de l’ère soviétique dans dix à quinze ans, "la plupart des pays sont intéressés par une intégration technologique avec les Européens de l’Ouest", concède-t-il. Atomenergoprom espère donc nouer "des partenariats" avec des groupes d’Europe occidentale. Ailleurs, prévient-il, il chassera sur leurs terres (Vietnam, Thaïlande, Turquie, Egypte, Algérie, Chili, Brésil...).

Avec Gazprom et quelques autres, le groupe sera un instrument du développement économique de la Russie autant qu’une pièce de sa stratégie de reconquête de l’influence russe. Le patron d’un grand groupe d’énergie s’étonne de la "naïveté" des Européens devant cette montée en puissance. Notamment celle des dirigeants allemands, qui ont renoncé au nucléaire et accru leur dépendance au gaz russe - un jeu dangereux qui menace l’indépendance du Vieux Continent.

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