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Le Medef va-t-en guerre ou alternativement le cahier de doléances du Medef

vendredi 26 janvier 2007 par Confédération Générale du Travail (CGT)
Le Medef vient de faire connaître son programme pour les dix prochaines années sous la forme d’un livre blanc intitulé « Besoin d’air ».

Le Medef organise un coup médiatique en rassemblant quelque 5 000 chefs d’entreprise à Bercy. L’objectif : peser dans la campagne électorale et imposer ses points de vue aux candidats à la présidence de la République, comme si jusqu’à présent ses revendications n’étaient pas suffisamment satisfaites.

Ces revendications, résumées dans un livre signé par sa présidente et intitulé « besoin d’aire », expriment en fait la soif insatiable du Medef pour éliminer les acquis sociaux et les droits des travailleurs afin de créer les conditions encore plus propices aux détenteurs de capitaux et particulièrement aux actionnaires. La liste présentée est une copie conforme des recommandations libérales de l’Institut de l’entreprise et du rapport Camdessus, livre de chevet d’un Nicolas Sarkozy : suppressions des 35 heures voire de la durée légale du travail, suppression des cotisations sociales, réduction du périmètre de l’intervention publique… Le tout est justifié, de façon démagogique, au nom de « liberté, prospérité et durabilité », la mondialisation et la concurrence, surtout celle des pays à bas salaires, servant de prétexte.

Le Medef prétend vouloir donner au travail la valeur qu’elle mérite. Et pourtant, il considère que ce n’est pas le travail qui crée de la richesse, mais l’entreprise. Et le propriétaire, quelle que soit sa personnalité juridique (personne physique, actionnaire) est présenté comme le représentant de l’entreprise et donc comme le garant de l’intérêt général.

La réalité est autre. Sans le travail des salariés, point de richesse créée. Au nom du travail, le Medef veut en fait augmenter la part des profits dans les richesses créées. Celle-ci a augmenté de 8 points au cours des années 1980 et cette injustice n’a jamais été supprimée. En 2005, pour chaque euro investi pour renouveler ou développer l’appareil productif, les entreprises ont versé 96 centimes d’euros aux propriétaires dont 75 centimes aux seuls actionnaires. En 1991, les dividendes versés aux actionnaires étaient de 48 milliards d’euros, l’investissement productif de 107 milliards. En 2005, les entreprises ont distribué pour 153 milliards d’euros de dividendes ; l’investissement était de 163 milliards d’euros. On est donc passé en l’espace de quinze ans d’un rapport de 2,2 à 1 à une situation de quasi parité entre l’investissement et les dividendes versés aux actionnaires.

La présidente du Medef ne cesse de comparer la France avec les autres pays. Des comparaisons internationales, parlons-en.

Le Medef prétend que les salariés français ne travaillent pas assez. D’où son hostilité aux 35 h et à la durée légale du travail. Or, la durée annuelle du travail est de 1 520 heures en France contre 1 443 heures en Allemagne. De plus, un salarié français produit en une heure de travail plus de richesses qu’un salarié allemand.

Le Medef prétend que la suppression des cotisations sociales permettrait d’accroître le pouvoir d’achat des salariés et de réduire les contraintes qui pèsent, selon lui, sur les entreprises. En réalité, ce qu’il vise est de mettre fin au système de protection sociale et de tout privatiser. Cela ne permettra en aucune manière d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés, car ils devraient cotiser aux structures privées pour assurer leur retraite et la santé et l’éducation de leur famille. En revanche, un tel système augmentera les injustices sociales ; les populations vivant dans les quartiers défavorisés, les salariés faiblement rémunérés, les chômeurs et les retraités à faible pension verront leur niveau de vie et de protection sociale diminué.

L’argument du Medef est aussi infondé s’agissant des contraintes qui pèseraient sur les entreprises. Au nom de l’apaisement de ces « contraintes », au des cours des 15 dernières années, les exonérations de cotisations sociales ont été multipliées par 25. Elles sont passées de moins d’un milliard d’euros en 1993 à plus de 25 milliards. Et pourtant, le chômage n’a pas diminué et l’emploi n’a pas augmenté. En revanche, ces exonérations ont créé une « trappe à bas salaires » et un déclassement des qualifications.

Le Medef prétend que les entreprises, en fait les revenus du capital, sont surtaxés en France. C’est faux. Le montant de l’impôt sur les sociétés est de 44 milliards, alors que l’ensemble des exonérations sociales et fiscales et des aides attribuées par la puissance publique sous diverses formes aux entreprises s’élève à 65 milliards d’euros. En plus, le Medef fait le silence total sur le fait que les cotisations sociales et les impôts permettent de financer les dépenses d’assurer la qualité de la force de travail et des infrastructures sans lesquelles aucune entreprise ne peut vivre. C’est la qualité de la force de travail et des infrastructures qui met la France en peloton de tête en ce qui concerne l’attraction de l’investissement étranger, réalité que met en sourdine le Medef.

Le Medef se veut le chantre du dialogue social. Et pourtant il faut tout pour réduire les droits des salariés et de leurs représentants. C’est ce qu’il fait lorsqu’il demande que les conditions de recrutement et de licenciement soient définies dans le contrat de travail au gré de l’employeur.

En clair, le mot d’ordre du Medef est le suivant : liberté pour les employeurs d’exploiter plus facilement les travailleurs ; prospérité pour les détenteurs de capitaux ; durabilité pour les profits et la hausse de leur part dans les richesses créées.

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