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Olivier Mayer | L’Humanité du 12.10.2009

Le « bien travailler » doit devenir la norme

dimanche 18 octobre 2009 par Pierre-Henri Lab, Olivier Mayer
Travail . Xavier Darcos demande que des négociations sur le stress au travail s’engagent dans toutes les entreprises de plus de mille salariés, avant le 1er février prochain.

Effet du choc de France Télécom ? Le gouvernement est en tout cas contraint de mettre la question du stress au travail sur le tapis. Vendredi dernier, lors de la réunion du conseil d’orientation des conditions de travail (COCT), où siègent les représentants des syndicats et du patronat, le ministre du Travail, Xavier Darcos, a demandé que, dans toutes les entreprises de plus de mille salariés, des négociations soient engagées sur la prévention du stress au travail avant le 1er février prochain.

appliquer l’accord du 2 juillet 2008

Une cellule de veille va être mise en place au sein du ministère du Travail pour coordonner et impulser les actions contre le stress. Ces dispositions pourraient accélérer la mise en oeuvre de l’accord national sur le stress au travail, signé par les organisations syndicales et patronales le 2 juillet 2008, dont l’objet est « d’augmenter la prise de conscience et la compréhension du stress au travail, par les employeurs, les travailleurs et leurs représentants ». Pour « prévenir, éliminer ou, à défaut, réduire les problèmes du stress au travail », l’accord préconise, notamment, « des mesures visant à améliorer l’organisation, les processus, les conditions et l’environnement du travail, (…) des mesures de gestion et de communication visant à clarifier les objectifs de l’entreprise et le rôle de chaque travailleur ».

Le sujet n’est plus tabou mais est-il considéré au niveau où il faut ? Les suicides de salariés ont contribué à faire bouger certaines directions d’entreprise, de grands groupes notamment. Chez PSA et EDF, des cellules de veille ont été instituées, des numéros verts d’écoute installés. On est allé plus loin chez Renault, qui a lancé, il y a deux ans, après les suicides au Technocentre, un plan auprès des 15 000 salariés des sites d’ingénierie et de recherche. Des responsables des « ressources humaines de proximité » ont été nommés, des formations pour détecter les personnes en détresse ont été engagées. Mais dans beaucoup d’autres entreprises, les alarmes des syndicats sont restées lettre morte. Si, en général, le patronat et les directions d’entreprise ou d’administration restent crispés dans leur dénégation ou leur refus de prendre en compte le mal-être au travail, c’est que ce mal met directement en question leurs finalités et leurs méthodes de gestion. Le patronat avoue lui-même « une pressurisation grandissante des salariés ». Pour les chercheurs qui étudient la souffrance au travail, la façon dont l’entreprise reconnaît le travail des salariés et le « sens du travail » lui-même sont les clés de la prévention. Pour Marie-Anne Dujarier, sociologue du travail et des organisations, maître de conférences à l’université Paris-III Sorbonne nouvelle et à l’École polytechnique, la souffrance au travail est le fruit de plusieurs causes : « Les plus communes sont l’intensification du travail conjuguée à une pression consumériste, la fragilité ou l’inexistence du collectif de travail, la marchandisation des services publics et la contrainte à bâcler le travail. »

le travail doit changer

Les syndicats ont donc « pris acte » des déclarations de Xavier Darcos. La CFDT comme la CGT regrettent que les mesures ne concernent que les très grandes entreprises. La CFDT demande que « le système des notations des entreprises et l’évaluation des dirigeants intègrent les critères sociaux et humains ». « Le travail doit changer, le "bien travailler" doit devenir la norme », exige la CGT, qui demande une extension des droits des salariés.

* Mission sénatoriale. La Commission des affaires sociales du Sénat a annoncé la création d’une mission d’enquête sur le mal-être au travail. Cette annonce fait suite à une demande des sénateurs communistes et du Parti de gauche.


Dépression et anxiété, premières pathologies professionnelles

Selon un rapport de l’AFSSET, les maladies psychosociales sont au premier rang des motifs de consultation auprès des médecins du travail.

Les pathologies psychosociales, comme la dépression ou l’anxiété, viennent au premier rang des maladies professionnelles pour lesquelles des personnes ont consulté en 2007 auprès de médecins experts en santé au travail, selon un rapport de l’AFSSET (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail) rendu public la semaine dernière.

Ce sont les conclusions tirées par le Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles, placé sous la coordination de l’AFSSET, qui rassemble 32 centres de consultation intégrés généralement dans les CHU. La base de données de ce réseau comporte plus de 100 000 consultations.

Pour la première fois en 2007, « les consultations pour risque psychosocial s’inscrivent à la première place des consultations pour pathologies professionnelles en France », représentant 27 % des causes de consultation, note l’AFSSET dans un communiqué. Ce qui, selon elle, « confirme une tendance lourde » depuis plusieurs années.

Dans 80 % des cas, ces pathologies sont imputables au travail, ont conclu les médecins responsables de ces consultations. Le secteur des services est le plus concerné, particulièrement les domaines de la finance, de l’immobilier, du commerce, des transports, des communications, de l’éducation et de la santé. Pour ces problèmes psychosociaux, les femmes consultent plus que les hommes (72 %, contre 28 %).

Les autres causes de consultation ne sont pas pour autant en baisse : pathologies respiratoires pour 19 % des patients, maladies de peau pour 15 %, maladies du système ostéo-articulaire (dont troubles musculo-squelettiques) pour 13 % et cancers pour 9 % - dont 72 % de consultations pour cancers broncho-pulmonaires, liés à l’amiante ou à d’autres substances chimiques.

L’AFSSET avait demandé au gouvernement, le mois dernier, d’abaisser « sans plus attendre » la valeur limite d’exposition à l’amiante en milieu professionnel, jugeant que le niveau de risque toléré était trop élevé. Pour l’agence, « ces résultats montrent l’urgence d’une politique toujours renforcée de prévention qui passe par la réduction de l’exposition aux substances toxiques et cancérogènes et la substitution des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques ».


Accompagner ou prévenir

SNCF . La CGT cheminot réclame une table ronde sur la souffrance au travail.

La direction de la SNCF n’a pas souhaité faire de commentaires sur le suicide d’un agent de la gare de Bourg-en-Bresse, mardi dernier, à son domicile (voir notre édition de samedi). « Nous ne savons rien des motifs qui ont pu conduire cet homme à un tel acte », a déclaré François Nogué, directeur des ressources. La direction attend les conclusions de l’enquête judiciaire et de celle du CHSCT. La SNCF assure « prendre très aux sérieux » la question de la souffrance au travail. Elle fait valoir que ses équipes médicales internes travaillent à identifier et à accompagner les salariés dépressifs. Vendredi, la direction envisageait une réunion rapide de « son observatoire national des conditions de vie au travail ». Une proposition qui ne satisfait pas pleinement la CGT qui revendique « une table ronde sur le contenu et la finalité du travail ». Interrogé par l’Humanité, son secrétaire général, Didier Le Reste, estime qu’on ne peut se contenter d’accompagner la souffrance au travail mais qu’il faut s’attaquer à ses causes. Dans un courrier adressé, vendredi, au président, Guillaume Pépy, le responsable syndical renouvelait sa dénonciation des « méthodes de management agressives et infantilisantes » et du « business et (de) la rentabilité financière (qui) prennent le pas sur tout autre considération ».

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