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Article de FRÉDÉRIC DE MONICAULT Publié dans le Figaro le 19 octobre 2006

Le casse-tête finlandais d’Areva

jeudi 19 octobre 2006 par Frédéric de Monicault
Face aux difficultés rencontrées dans la construction de l’EPR, Anne Lauvergeon va nommer un nouveau chef de projet.

LE CHANTIER de l’EPR en Finlande va-t-il faire des dégâts chez Areva ? Alors que la première pierre du réacteur de troisième génération a été posée il y a tout juste un an à 250 kilomètres d’Helsinki, le groupe français multiplie les alertes. Le délai tout d’abord : Areva a prévenu avant l’été que le projet avait déjà pris un an de retard. Autre mauvais signe : un résultat opérationnel semestriel en forte baisse, - 64,7 % à 115 millions d’euros, grevé par une provision que l’entreprise s’est abstenue de détailler. Toutefois, selon le consensus des analystes, elle pourrait grimper à 300 millions d’euros, voire plus. Nouvelle preuve des difficultés, l’annonce imminente d’un nouveau chef de projet. Cela dans une logique de « muscler les équipes et d’intensifier les efforts », dixit le groupe.

Face à ces difficultés, interrogée par Le Figaro, Anne Lauvergeon, la présidente du directoire d’Areva, se veut rassurante : « La construction de l’EPR finlandais est un challenge. Il s’agit d’un prototype, synonyme d’un formidable bond en avant. Le projet va se faire en cinq ans, au lieu de quatre initialement prévus. Cinq ans, c’est la durée moyenne de construction des centrales de la précédente génération hors prototype. »

Sur les facteurs de retard proprement dit, Areva rappelle que la certification du chantier en Finlande se fait pièce par pièce. Et non de manière globale comme en France. Autrement dit, c’est l’Autorité de sûreté finlandaise qui rythme le chantier, avec un certain nombre de lenteurs de procédures inhérentes. Le choix des fournisseurs a posé également problème : « Le client (l’électricien finlandais TVO) nous a demandé de travailler avec un certain nombre d’entreprises finlandaises, reprend Anne Lauvergeon. Malheureusement, celle chargée d’une partie du béton s’est révélée défaillante, ce qui nous a conduits à faire appel à Bouygues. »

Pour Patrice Lambert de Diesbach, analyste chez CM-CIC Securities, des questions sont en suspens, « nous n’avons pas pu obtenir de détail sur les pièces concernées, mais nous pensons possible que des pièces fabriquées par ou pour Areva soient en cause au-delà des problèmes de béton aux spécifications incomplètes ».

À l’arrivée, il n’en faut pas plus pour que certains, dans les milieux industriels français, stigmatisent la trop grande ambition d’Areva de vouloir être maître d’oeuvre du chantier qui a fait saliver tous les concurrents. L’EPR finlandais est un projet à trois milliards d’euros. La réponse d’Anne Lauvergeon est cinglante : « L’énergie déployée par certains pour dénigrer les copains ne laisse pas de me surprendre. Ne comptez pas sur moi pour entrer dans ces petits jeux. Mais par ailleurs, s’ils ont de bonnes idées, qu’ils ne se privent pas de nous en parler ! »

Meccano industriel

Anne Lauvergeon se défend avec d’autant plus de fermeté qu’Areva qui, depuis 2005, n’est pas sur la liste des groupes privatisables, est très courtisée. Or, la « reine du nucléaire » défend farouchement son indépendance, quitte à se faire quelques ennemis.

Les coups bas, qui fusent régulièrement, dépassent largement les seuls enjeux techniques de l’EPR. En toile de fond, il y a une grande partie de Meccano industriel, avec des protagonistes aux ambitions affirmées. Ainsi, ce n’est un mystère pour personne : Alstom, qui n’a pas digéré de ne pas être retenu pour fournir la partie turbo-alternateur de l’EPR finlandais (au détriment de Siemens), a longtemps milité pour un rapprochement avec Areva. Quant à Bouygues, il a aussi fait part de son intérêt pour Areva. Un double front qui n’en fait certainement plus qu’un seul depuis l’entrée de Bouygues dans Alstom.

Quoi qu’il en soit, Anne Lauvergeon, qui vient d’être reconduite à la tête du groupe, refuse d’être déstabilisée : « Notre transparence est totale : un point public est fait chaque mois sur l’avancement du chantier. Les visiteurs sont nombreux à constater par eux-mêmes ce qu’il en est. »

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