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Christelle Chabaud | L’Humanité du 30.05.2008

Le chantage à l’emploi, terreau des maladies professionnelles

dimanche 1er juin 2008 par Christelle Chabaud
Retour à Bosch Vénissieux et à Doux Locminé, deux usines où, depuis l’été 2004, les 35 heures hebdomadaires ne sont plus la règle.

Juillet 2004, déferlement médiatique aux portes de l’usine de l’équipementier Bosch, à Vénissieux. Pour la première fois en France, une entreprise propose un « chantage à l’emploi » à ses salariés sous la menace d’une délocalisation d’un projet d’activité en République tchèque, les 820 salariés du site sont contraints de renoncer à six jours de RTT, et donc d’accepter de travailler 36 heures par semaine payées 35 heures. La direction explique alors que c’est « le seul moyen de préserver durablement l’emploi ». Alors qu’en est-il aujourd’hui, près de quatre ans plus tard ?

« On a vraiment le sentiment de s’être fait flouer », résume Mohamed Brahmi, responsable CGT pour le groupe. En plus d’une heure de travail hebdomadaire supplémentaire sans modification de salaire, la direction avait également imposé la réduction de 10 % de la majoration des heures de nuit, l’exclusion du 13e mois dans le calcul des congés payés, le gel des salaires et de l’intéressement pendant trois ans, la suppression du pont de l’Ascension et une baisse drastique de la subvention au comité d’entreprise. « Les salariés ont accepté de rogner sur leurs droits afin que l’usine de Vénissieux obtienne la fabrication de pompe à haute tension pour Peugeot, cela devait s’accompagner d’un investissement de 23 millions d’euros. Or, d’ici à 2010, la moitié des systèmes d’injection que nous fabriquons va devenir obsolète et près de 300 personnes vont se retrouver sur le carreau. » Ironique, le seul « apport » se résume, selon lui, à un risque accru de développement des troubles musculo-squelletiques pour les salariés car ce chantage à l’emploi s’est accompagné d’une accélération sensible des cadences.

À l’usine Doux de Locminé, dans le Morbihan, le constat est le même : le recul sur la réduction du temps de travail a « surtout provoqué une explosion des maladies professionnelles, avec des salariés extrêmement fatigués et des licenciements de trentenaires pour inaptitude physique », témoigne le délégué CGT Michel Leguellaud. Durant l’été 2004, dans l’ombre de l’affaire de Bosch Vénissieux, le leader européen de production de volailles force ses salariés de Locminé à renoncer à leurs RTT et à passer aux « 35 heures effectives », c’est-à-dire en déduisant deux heures et demie de temps de pause par semaine à chaque salarié malgré 37 heures et demie de présence sur le lieu de travail. Là encore, le groupe Doux-Père Dodu explique que c’est une condition sine qua none pour maintenir l’emploi. Il étend même ce dispositif à 18 de ses sites en France, pour un total de 4 200 salariés. Mais les syndicats portent l’affaire devant les prud’hommes. Pour l’instant, la justice a considéré que la rémunération du temps de pause des salariés de Locminé constituait un avantage individuel acquis, obligeant la société à rémunérer rétroactivement à chaque salarié environ 3 000 euros. La Cour de cassation ne s’est pas encore prononcée.

Parallèlement, mardi dernier, les syndicats de Doux viennent de déclencher un droit d’alerte afin de « savoir où va le groupe ». Pour Michel Leguellaud, rien n’est logique : « La direction impose une flexibilité à outrance aux salariés sur la mobilité et le temps de travail mais l’activité est plus que basse. »

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