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Entretien réalisé par Vincent Defait | L’Humanité du 26 octobre 2006

.« Le charbon propre peut devenir une réalité »

jeudi 26 octobre 2006 par Vincent Defait
Les études sur le captage et le stockage du CO2 sont en voie d’industrialisation. Une condition indispensable à l’exploitation du charbon, émettrice de gaz à effet de serre.

Ingénieur chef des Mines, Antoine-Tristan Mocilnikar est le conseiller énergie du délégué interministériel au développement durable. Il a coordonné la rédaction, début 2006, du rapport « Charbon propre, mythe ou réalité ? »

’Rentable, le charbon n’en reste pas moins très émetteur de gaz à effet de serre. Que sait-on faire, aujourd’hui, pour diminuer, voire annuler ces émissions ?

Antoine-Tristan Mocilnikar. D’une part, le charbon est au coeur du sujet climatique. D’autre part, on n’imagine pas que la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Australie, la Russie, l’Allemagne, la Pologne ou le Danemark renoncent au charbon. Des structures de captage et stockage du CO2 (qui visent à capter le gaz, puis à l’injecter en profondeur, en vue d’un stockage définitif - NDLR) vont donc être mises en place. Ces techniques divisent par dix les rejets. Le charbon représente tout de même 40 % de la production électrique mondiale. Donc de nombreux pays investissent largement dans le captage et stockage. Pour l’heure, nous connaissons bien les maillons de la chaîne industrielle, mais la chaîne complète n’a jamais été mise en place à échelle industrielle. Plusieurs sites pilotes sont testés. Total a un projet à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. La France, via l’Agence de l’innovation industrielle, est prête à investir de l’ordre de 100 millions d’euros sur un site pilote. Les cinquième et sixième programmes cadres de recherche et développement de l’Union européenne avaient avancé sur le sujet, le septième prévoit de construire un autre site pilote en Europe. L’Union finance d’ailleurs un projet euro-chinois de centrale de captage et stockage, basée en Chine. Ensuite, la société suédoise électrique Vattenfall construit une usine de captage et stockage dans la banlieue de Berlin. Enfin, les États-Unis ont décidé de dépenser un milliard de dollars dans un projet de centrale au charbon, intitulé FutureGen. Ces projets doivent être opérationnels vers 2012-2015. ce qui permet d’espérer une commercialisation vers 2015-2020. Néanmoins, Alstom propose déjà des centrales dites « capture ready », c’est-à-dire qu’est intégrée à la construction d’une centrale la possibilité technique de faire ultérieurement du captage et du stockage. Ainsi, construire dès aujourd’hui une telle centrale n’implique pas d’émettre définitivement de larges quantités de CO2.

Ces techniques génèrent des coûts supplémentaires...

Antoine-Tristan Mocilnikar. Le surcoût comprend les machines et une consommation d’énergie supplémentaire, donc un rendement moindre. Actuellement, ces prototypes présentent un surcoût, entre 20 et 30 euros par mégawatt/heure, à comparer à un prix de marché actuel de l’électricité de l’ordre de 55 à 60 euros. On estime possible de baisser ce surcoût à 10 ou 20 euros par mégawatt/heure. Dans ce cas, les centrales à charbon restent largement compétitives.

Quid des pollutions locales ?

Antoine-Tristan Mocilnikar. On sait faire des centrales très propres au niveau local. Alstom est un leader mondial de dépollution de centrales thermiques. De plus, en Europe, la directive « grandes installations de combustion » renforce les objectifs environnementaux. Elle oblige les centrales existantes à s’y adapter à l’horizon 2015 et, pour les nouvelles centrales, à être dans ces normes dès la construction. Maintenant, du fait des règles européennes, les normes de la combustion de charbon sont très sévères.

Au final, le charbon propre, mythe ou réalité ?

Antoine-Tristan Mocilnikar. Cela restera un mythe sans cadre réglementaire, mais une réalité si on l’impose. C’est en l’imposant que les industriels sur secteur construiront des centrales moins chères, et le coût du captage et stockage deviendra raisonnable.


Dans le monde, le fossile redécolle

Moins cher et plus abondant que les hydrocarbures, le charbon est à l’origine de 40 % de la production d’électricité mondiale.

Vu de France, le charbon est une ressource dépassée. Vu du reste du monde, le charbon est une ressource d’avenir, voire du présent. Pour preuve, la consommation du fossile a été multipliée par 2,5 depuis 1950, avec une accélération ces dernières années. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), entre 2001 et 2004, cette consommation mondiale a bondi de 23 %, soit deux fois et demie la progression du gaz naturel et quatre fois celle du pétrole. Aujourd’hui, plus de 40 % de l’électricité mondiale est produite à partir du charbon. L’AIE prévoit même que la consommation de charbon pour produire de l’électricité atteindra 2 500 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2030, contre 1 500 millions TEP en 2000.

Il existe plusieurs raisons à ce phénomène. Le prix, d’abord, qui devient compétitif au côté d’un pétrole et d’un gaz chers et en voie d’épuisement. De plus, les réserves de charbon sont 3,5 fois plus grandes que celles des hydrocarbures. La géopolitique, ensuite. Le charbon est mieux réparti sur le globe que le pétrole et le gaz, s’affranchissant pour une part des guerres de l’énergie.

Parmi les champions de la consommation d’anthracite, on trouve les États-Unis, la Chine, l’Inde, l’Allemagne, le Japon, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Russie, la Pologne et le Royaume-Uni. Le charbon assure plus de 50 % de la production d’électricité en Chine, et en Inde plus de 70 %.

L’avenir des mines est donc assuré. Reste à rendre son exploitation plus propre.

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