Liste des auteurs

Article de ÉRIC DE LA CHESNAIS. Publié dans Le Figaro le 27 octobre 2006

Le chèque emploi qui dope les services à domicile

vendredi 27 octobre 2006 par Eric de La Chesnais
Le nouveau chèque emploi-service universel, le Cesu, connaît un franc succès dans les PME, mais il ne prend pas encore dans les grandes entreprises.

AVEC LES VACANCES de la Toussaint, c’est le premier bilan de l’année scolaire. Si celle-ci semble mal engagée dans une discipline ou une autre, pas de panique. De plus en plus de sociétés proposent des cours de soutien à domicile. D’autres peuvent prendre en charge les activités domestiques (ménage, repassage, bricolage...). Une manière pour les parents de dégager du temps pour leurs enfants. Autant de prestations qui peuvent désormais être réglées avec le nouveau chèque emploi-service universel (Cesu), préfinancé par les entreprises.

Depuis son lancement en début d’année, ce cousin du chèque restaurant connaît un développement très mesuré. En 2006, on estime qu’il permettra de financer environ 150 millions d’euros de prestations de services supplémentaires. « Le Cesu ne nous a pas amené véritablement d’activité supplémentaire, regrette cependant Philippe Coléon, directeur général d’Acadomia, entreprise de cours à domicile. Son développement mettra beaucoup plus de temps que prévu, notamment dans les grandes entreprises. Elles craignent que les avantages fiscaux et sociaux de ce produit ne soient remis en cause en cas d’alternance politique, alors que les salariés les considéreront comme un avantage acquis. »

« Moins cher que le travail au noir »

Dans les autres services aussi, l’effet est limité. « Il s’agit d’un bon support mais on ne voit pas encore l’utilisation flagrante du Cesu », constate Alain Puzenat, fondateur de Sweet Home, entreprise de repassage et de ménage en Ile-de-France. Même écho pour la société Maisons et Services (M et S), créée à Laval et qui couvre aujourd’hui tout le territoire national.

« Pour l’instant, on ne sent pas de décollage du Cesu mais le dispositif de réduction fiscale et de charges patronales ne peut que booster le marché, admet Patrice Deniau, responsable de M et S. Nous sommes au tout début du processus qui permet tout de même que le travail légal coûte moins cher que le travail au noir. Grâce au Cesu, une heure de ménage facturée en moyenne à 18 euros TTC revient à 6,75 euros pour le bénéficiaire, compte tenu de la réduction d’impôts sur le revenu et de la participation de l’employeur. » Ce dernier peut financer de 0 à 100 % du Cesu.

Airbus et ses salariés ont d’ailleurs compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de cet outil. À Toulouse, M et S réalise le tiers de son activité avec Airbus, depuis que celui-ci a adopté le Cesu. « Les gens qui travaillent nous confient de plus en plus les tâches de la maison, en moyenne 3 heures par semaine. Mais nos contrats peuvent aller de 2 à 15 heures hebdomadaires. Nous contrôlons la qualité de la prestation et la formation de nos employés, et remplaçons en cas de maladie ou de vacances », explique Patrice Deniau.

Les PME et le secteur public pionniers

Encore faut-il que les entreprises soient convaincues de l’utilité du système. Dans la réalité, le Cesu a surtout séduit les petites et moyennes entreprises. « Elles ont été les premières à tirer les bénéfices de la réforme, à un coût très faible pour elles », reconnaît Serge Ragozin, directeur général d’Accor Services, le deuxième émetteur de Cesu du marché, derrière Chèque Déjeuner (qui a 50 % de parts de marché). « Avec un titre de 42 euros, les PME octroient à leur salarié un pouvoir d’achat de 100 euros, charges sociales et déductions sociales comprises, explique Serge Ragozin. Les grands groupes et les comités d’entreprise ont été plus longs à démarrer, mais cela ne saurait tarder. » Pour le moment, le tableau de chasse auprès des grandes entreprises d’Accor Services est loin d’être fourni. Un accord de partenariat a été noué avec les personnels navigants commerciaux d’une grande compagnie d’aviation, ainsi qu’avec la fonction publique d’État, pour la garde d’enfants à domicile. Pour trouver nounous et baby-sitters, Accor Services a même créé une société conjointe avec la Caisse d’épargne, car le marché potentiel est énorme : cela concerne pas loin de 50 000 enfants. C’est d’ailleurs dans le secteur public que le Cesu est le plus répandu. Ainsi quinze conseils généraux l’utilisent, pour financer les allocations d’aide aux personnes âgées.

L’offre de services, elle, doit pouvoir suivre. « Dans l’assistance informatique par exemple, où la demande est forte, l’offre est très faible », reconnaît Guillaume Dubois du cabinet Ineum Consulting, spécialisé dans les services à la personne. La Fnac vient toutefois de mettre en place un nouveau service, confié à une société extérieure. Pour répondre aux besoins des particuliers et structurer l’offre des enseignes, comme Serena, ont vu le jour autour des banques et des assureurs. Reste que, si les entreprises sont sensibilisées sur le Cesu, il est encore trop peu connu des salariés.


Harbouet : ’’Nous dépasserons les 7 millions de titres en 2006’’

Bruno Harbouet est directeur général de l’Agence nationale des services à la personne. Cet organisme est chargé du bon fonctionnement du chèque emploi-service universel.

LE FIGARO. - Neuf mois après son lancement, comment est accueilli le chèque emploi-service universel ?

Bruno HARBOUET. - Cela va au-delà de nos espérances ! À la fin août, 6,1 millions de chèques emploi-service universel (Cesu) ont été émis par les six entreprises que nous avons agréées, soit deux fois plus qu’à la fin juin. Ce rythme de croissance très soutenu nous permet aujourd’hui de dire que nous dépasserons dès la première année de lancement l’objectif que nous nous étions fixé, soit 7 millions de titres émis à la fin de 2006.

Quel est le bilan ?

Globalement, ces Cesu permettront l’achat de 80 millions d’euros de prestations de services, soit une valeur moyenne du chèque de 13,11 euros avec, en tiercé de tête, les services aux personnes âgées, l’entretien de la maison et les gardes d’enfants. À la fin de l’année, ce seront 120 à 150 millions d’euros de services supplémentaires, soit l’équivalent de 9 millions de Cesu qui auront permis de financer des services chez les particuliers. À titre de comparaison, le chèque restaurant au bout de quarante ans draine aujourd’hui 3,5 milliards d’euros. Nous avons donc encore du chemin à parcourir et n’avons pas gagné la bataille.

Quelles sont les entreprises ou les collectivités qui sont intéressées par le Cesu ?

Nous avions tous pensé que la cible facile aurait été les grandes entreprises, or ce sont d’abord les petites entreprises qui se sont saisies du Cesu. Outre l’avantage fiscal et social important qu’elles y trouvent - je rappelle que le Cesu est exonéré de charges sociales et est déductible de l’impôt à hauteur de 1 830 euros par an et par salarié -, il représente un outil de management efficace. Tant et si bien que ces entreprises financent souvent le Cesu à 100 %. Les circuits de décision dans les PME sont en effet plus courts. Dans les grosses entreprises, on constate un large consensus des partenaires sociaux sur le dispositif, mais cela prend plus de temps. Toutefois, depuis la rentrée, les grands groupes se lancent, comme par exemple La Poste, qui proposera le Cesu à ses 300 000 salariés. On note aussi que de plus en plus de conseils généraux ont choisi d’adopter le Cesu.

Le Cesu a-t-il créé des emplois ?

Le nombre de structures créées dans le secteur des services à la personne depuis le lancement du plan Borloo a doublé ! Le cap des 10 000 entreprises ou associations proposant ces services a été franchi. Nous sommes sur une tendance de 60 000 à 70 000 créations d’emplois sur le premier semestre 2006, soit le chiffre pour toute l’année 2005. Notre objectif pour 2006 est de créer 130 000 emplois.

Quelles sont les perspectives de développement du Cesu ?

Nous allons poursuivre l’effort de la distribution du chèque emploi-service universel, notamment auprès des grandes entreprises et des très petites entreprises. Par ailleurs, il faut assurer la pérennité de ce secteur, en confortant la professionnalisation des salariés exerçant ces métiers de services.

Pourquoi un tel retard de la France dans ce secteur notamment par rapport aux Etats-Unis ?

Ce retard est à la fois culturel et historique, en particulier concernant les services de type conciergerie d’entreprise. Toutefois une étude récente permet de démontrer qu’en Europe, la France et la Grande-Bretagne connaissent une réelle avance.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !