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Le conflit de la SNCM plonge le port de Marseille dans la violence

mercredi 28 septembre 2005 par Alexandre Nasri
TRANSPORTS La confirmation de la reprise de la compagnie par Butler Capital Partner a provoqué des incidents et de nombreux troubles dès lundi soir

C’est l’action la plus spectaculaire des marins de la Société nationale Corse-Méditerranée contre la privatisation de leur entreprise. Des militants du Syndicat des travailleurs corses (STC) ont détourné le navire Pascal Paoli. Hier vers 11 h 30, la rumeur a rapidement couru sur le port que des militants du syndicat nationaliste avaient pris le contrôle d’un bateau. Ils ont également contraint les officiers du bord à appareiller vers la Corse. Faisant fi des procédures de sécurité habituelles, les révoltés du Pascal Paoli ont réussi à sortir des bassins du port en prenant de vitesse les remorqueurs envoyés à leur rencontre pour leur barrer la route. « Nous avons récupéré un outil de travail qui appartient à la Corse et nous le rendons à la Corse », a déclaré, goguenard, le secrétaire général du STC, Alain Mosconi, à bord du Pascal Paoli. Le navire faisait route hier soir vers l’île de Beauté, mais il n’a pas accosté à son arrivée à Bastia et les marins sont restés à bord. Sur place des heurts violents ont opposé gendarmes mobiles et sympathisants du STC.

Le parquet de Marseille a ouvert une information judiciaire pour « détournement de navire » et confié l’enquête à la gendarmerie maritime. Assimilée, de source judiciaire, « à un détournement d’avion par des pirates de l’air », cette action est passible de vingt ans de réclusion criminelle.

Ce coup de main a donc été le point d’orgue de 24 heures de trouble depuis que l’Etat a confirmé, lundi, sa volonté de céder la SNCM à Butler Capital Partners. Dès la fin de la réunion au cours de laquelle la privatisation a été confirmée, les incidents se sont multipliés. Dès lundi soir : les marins de la compagnie, épaulés par des personnels du port autonome, incendient des engins de levage et tentent de prendre le contrôle du navire le Kallisté. Les affrontements avec les forces de l’ordre sont violents. Les manifestants utilisent des fusées de détresse pour pilonner les CRS. Au terme de la bagarre, deux employés du port, membres de la CGT, sont interpellés et placés en garde à vue pour violences et dégradations sous l’oeil du préfet, venu observer les opérations.

Hier matin, groggy après les événements de la nuit, les grévistes de la SNCM se sont retrouvés en assemblée générale dans leur forteresse, le Méditerranée, premier navire de la flotte à avoir été occupé au début de la semaine dernière. A quelques mètres de là, dans les locaux de la police de l’air et des frontières, la tension est palpable. Les rangs des grévistes n’étaient encore composés que de marins et de sédentaires inscrits à la CGT ou au Syndicat des travailleurs corses (STC). Cette fois, le mouvement semble désormais ratisser beaucoup plus large. La privatisation de la SNCM a tout de l’électrochoc pour l’ensemble des salariés de la SNCM, qui pensaient qu’une solution médiane serait trouvée entre le maintien de l’Etat dans le capital et la privatisation totale : « Aujourd’hui, c’est fini, explique un marin syndiqué à la CFTC. Ils ne nous laisseront rien. On nous avait dit qu’il faudrait peut-être amputer la compagnie pour qu’elle survive, mais, aujourd’hui, on nous dit qu’on va nous couper les deux jambes. On n’a plus rien à perdre. »

Comme on le pressentait depuis le début du conflit, dès le printemps dernier, les marins grévistes CGT de la SNCM ont finalement pu rallier à leur cause d’autres professions du port : ainsi, hier matin, le syndicat CGT du port autonome déclenche à son tour un mouvement de grève de vingt-quatre heures, reconduit pour aujourd’hui. Tous les terminaux sont paralysés, ceux de Marseille comme ceux de Fos et Lavéra, où sont installés les activités pétrolières et les conteneurs minéraliers. Quelques dockers ont rejoint le mouvement. Conséquence immédiate : neufs navires de fret et sept navires de passagers étaient bloqués. Dix-huit autres navires - pétroliers, gaziers, chimiquiers, minéraliers et porte-conteneurs - étaient retenus à quai. La grève des employés du port était motivée par l’arrestation de deux manifestants, la veille, lors des incidents avec la police. Les deux fautifs seront déférés au Parquet aujourd’hui, ils risquent une peine maximale d’un an de prison et 15 000 euros d’amende.

Dans l’après-midi, près de deux cents militants de la CGT sont venus réclamer leur libération devant l’hôtel de police de Marseille. « La place des syndicalistes n’est pas en prison », s’est emporté Raymond Maldacena, secrétaire général de la CGT du port autonome. Dans la journée, les salariés de la SNCM ont même reçu un soutien de poids : celui du sénateur-maire de Marseille et vice-président de l’UMP, Jean-Claude Gaudin. « Il est essentiel que l’Etat reste partie prenante au capital en conservant une participation significative dans la SNCM », a-t-il exprimé au premier ministre et au ministre des Transports. Il a été entendu. Hier, en fin d’après-midi, Dominique Perben annonçait que l’Etat resterait actionnaire de l’entreprise. Cela n’a pas suffi pour que les mutins du Pascal Paoli fassent demi-tour.

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