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Bruno Odent | L’Humanité du 5 janvier 2007

Le débat sur les salaires s’installe en haut de la chronique germanique

vendredi 5 janvier 2007 par Bruno Odent
Un débat s’est instauré outre-Rhin autour de la nécessité d’augmenter les salaires au moment où les firmes qui bénéficient de l’actuel regain de croissance, annoncent des profits record.

Les augmentations de salaire s’imposent comme l’un des tout premiers sujets des débats publics germaniques aujourd’hui. Les salariés allemands sont en effet ceux qui, parmi les pays phare de l’Union Européenne ont perdu le plus de pouvoir d’achat ces dix dernières années. Le phénomène qui a été encouragé par de multiples accords de « modération salariale », renouvelés d’année en année, s’est brusquement accéléré dans la dernière période. On se souvient du travail de « pionnier » de filiales de plusieurs grands groupes, dont Siemens ou Daimler Benz, exerçant un chantage à la délocalisation pour arracher des allongements du temps de travail de 35 à 40 heures sans compensation salariale. Entre-temps ces entorses aux accords tarifaires sont devenues souvent la règle.

Cette entreprise d’écrasement des rémunérations des salariés semble être devenue totalement insupportable aujourd’hui, l’augmentation de la TVA de 16 % à 19 % à partir de ce mois, promettant d’amputer encore un peu plus le pouvoir d’achat. D’où l’émergence du débat et sa virulence. Les syndicats qui avaient jusqu’alors fait preuve pour le moins de retenue sur cette question des salaires sont montés au créneau affichant une rare détermination. Et pas seulement les habituelles fédérations les plus combatives de la métallurgie (IG Metall) ou des services (Ver.di). Dans les négociations tarifaires qui s’annoncent on revendique déjà dans la plupart des branches des augmentations très conséquentes, entre 5 % et 7 %.

Le débat a été encore avivé par l’annonce des niveaux de profits record réalisés par les grandes entreprises à la fin de l’année et, dans les industries fortement tournées vers l’export, par le maintien des fortes performances des firmes allemandes sur les marchés extérieurs. « Depuis des années, les déréglementations successives et le travail de sape des accords tarifaires ont débouché sur une véritable redistribution de la richesse du bas vers le haut », souligne Walter Weingarten, économiste du syndicat IG Metall, depuis le siège de l’organisation à Francfort. Il ajoute : « La coupe est pleine et les salariés le font savoir. »

La pression est si forte que jusque dans les rangs des deux partis de la grande coalition certains se sont exprimés pour souhaiter ouvertement des hausses de salaire. Et même la réputée très intransigeante fédération patronale de la métallurgie (Gesamtmetall) a cru bon d’annoncer qu’il était sans doute temps de lâcher un peu de lest. Martin Kannegiesser, le patron de Gesamtmetall a ainsi déclaré : « Le climat économique s’est beaucoup amélioré et nos employés devraient recevoir une part appropriée de la croissance et du succès. »

L’expansion d’une ambiance de cette sorte outre-Rhin suscite naturellement l’inquiétude des marchés financiers soucieux de voir quelque peu entravé précisément ce processus de redistribution de la richesse du bas vers le haut évoqué ci-dessus. Et, en la circonstance, le débat d’outre Rhin a contribué à clarifier, de façon éclatante, le véritable rôle dévolu à la Banque centrale européenne.

Quand la BCE prétend lutter contre « les tendances inflationnistes », elle ne pointe pas la frénésie spéculative des marchés des actions ou de l’immobilier, ni les conséquences de la hausse la TVA sur les prix dans la première économie de la zone euro. Non ce sont bien les salaires qui se trouvent dans son collimateur. Jean Claude Trichet, le président de la BCE, n’en avait pas fait mystère au lendemain de la décision de l’institut d’émission européen de relever une nouvelle fois ses taux d’intérêts en pointant les pressions « à la hausse salariale dans certains pays » comme... « facteur de risque ».

Le patron de la BCE craint d’évidence la contagion à toute la zone euro d’une éventuelle hausse des salaires en Allemagne. Cette contagion-là serait pourtant la bienvenue si l’on veut réellement retrouver une dynamique européenne en terme d’emplois et de croissance. Elle devrait être encouragée, moyennant une politique monétaire non plus restrictive mais expansive favorisant les crédits quand ils sont créateurs d’emploi. Ce n’est pas le moindre des mérites de l’irruption du débat sur les salaires en Allemagne que de mettre en lumière cette nécessité d’un renversement copernicien du rôle de la BCE.

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