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Un article de Sébastien Ganet paru dans L’Humanité du 12 avril 2006

Le déficit commercial s’installe dans la durée

mercredi 12 avril 2006 par Sébastien Ganet
Économie . Déficit commercial important, production et emplois industriels en baisse sont les symptômes d’une activité laminée par la rentabilité financière.

La tendance est là et se confirme. La France achète plus qu’elle ne vend. Le solde du commerce extérieur français publié hier par les services des douanes s’établit à - 2 milliards d’euros en février. La tendance devient lourde et pèse sur l’emploi et la croissance. La France s’oriente tout droit vers une troisième année de déficit commercial, après 26,5 milliards en 2005 et 8,3 milliards en 2004. Pour l’économiste de Natexis Banques Populaires Marc Touati, il « faut bien se rendre à l’évidence : nous sommes en train de nous satisfaire d’un déficit extérieur français qui est bien devenu structurel ». Outre la mauvaise spécialisation sectorielle régulièrement avancée pour expliquer les mauvais chiffres du commerce extérieur, peut-être faut-il y voir l’un des effets d’une recherche effrénée de rentabilité financière par les groupes industriels. Prise à la gorge par les fonds d’investissement, l’industrie française s’est orientée progressivement vers ce qui coûte le moins cher à produire et ce qui rapporte le plus et le plus vite. En conséquence de quoi, l’industrie française a de plus en plus de mal à tenir son rang dans les enquêtes de « qualité produit », contrairement à l’Allemagne par exemple.

Contraste avec les propos du ministre

Le mal est général et touche l’ensemble de l’industrie, même si la dégradation du solde commercial est particulièrement sévère pour certains secteurs comme les biens de consommation (- 8,8 milliards d’euros en 2005) et les biens intermédiaires (- 7,7 milliards). L’automobile, qui pourtant reste exportatrice, connaît une dégradation de son solde. Même l’industrie des biens d’équipement a vu ses importations progresser plus vite que ses exportations entre 2004 et 2005, y compris pour les différents matériels de transport (avions, trains, bateaux) malgré des ventes exceptionnelles d’Airbus en 2005. Les mauvais chiffres du commerce extérieur se recoupent par ailleurs avec l’indice de la production industrielle publié lundi, en baisse générale de 0,9 %. La diminution touche l’ensemble des secteurs (excepté l’agroalimentaire) et s’établit sur un an à - 0,4 %.

La réalité économique de la France contraste sévèrement avec les propos de Thierry Breton. Le ministre de l’Économie tente de faire croire que « la politique économique du gouvernement (permet à) la France de retrouver une croissance saine et équilibrée qui a fait baisser le chômage ». En réalité, la croissance française reste très faible (1,4 % en 2005) quand le reste du monde tourne à 4 % par an. Hormis les directeurs de l’INSEE et de la Banque de France, il n’est guère d’économistes aujourd’hui en France pour estimer que la situation économique est bonne. « Depuis 2004, l’industrie française est au point mort », déplore Nicolas Bouzou (Xerfi). L’économie française est « en chute libre », estime Marc Touati. La belle assurance de Thierry Breton risque de se lézarder alors que le consensus des économistes prévoit une très faible croissance en 2006 (1,9 %).

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