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Christelle Chabaud | L’Humanité du 22.12.2007

« Le dimanche, un jour différent »

mercredi 26 décembre 2007 par Christelle Chabaud

Commerce . Sénateurs et députés de l’UMP ont voté la banalisation du travail dominical dans les magasins d’ameublement, alors que le Conseil économique et social vient de battre en brèche plusieurs argumentaires de la droite sur le sujet.

« Ni catho, ni réac. Ni flemmarde, ni nantie… Juste envie de faire des balades avec mes amis. » Vendeuse pour une enseigne d’ameublement dans une zone commerciale, Sophie en a marre de justifier son refus de bosser le dimanche, marre d’expliquer pourquoi elle refuse de « travailler plus pour gagner plus », comme dit l’autre. « En imaginant que mon salaire soit majoré, je vais au max gagner 150 euros de plus par mois… Ça ne va pas révolutionner ma vie », confie cette Marseillaise bientôt trentenaire qui vit toujours chez ses parents.

une convention collective protectrice

Sauf que, bientôt, Sophie risque de ne plus avoir le choix car le Parlement a confirmé jeudi la décision prise par le Sénat de banaliser le travail dominical pour les magasins d’ameublement. Voté dans la nuit du 13 décembre, en première lecture, par la Haute Assemblée, cet amendement au projet de loi « pour le développement de la concurrence au service des consommateurs » a été proposé par la sénatrice (UMP) Isabelle Debré, « car le secteur bénéficie d’une convention collective protectrice » avec garantie théorique du volontariat pour les salariés. Un leurre, estiment FO et la CGT, qui respectivement affirment que « les salariés ne sont jamais volontaires car ils sont toujours contraints économiquement » et que « le volontariat est une illusion tant le rapport salarié-employeur est inégalitaire ».

De son côté, le Conseil économique et social (CES) juge totalement inappropriée cette première tentative d’application de la volonté de Nicolas Sarkozy de « ne pas empêcher ceux qui le souhaitent de travailler le dimanche ». « Si on autorise l’ouverture dominicale des enseignes d’ameublement, qui proposent aussi souvent de l’électroménager, comment va-t-on justifier de ne pas franchir le pas pour les magasins d’électroménager ou les grandes surfaces qui en font 18 % de leur chiffre d’affaires ? » s’interroge Léon Salto, président d’une commission ad hoc qui a élaboré une étude sur « les mutations de la société et les activités dominicales ». Pour ce faire, le CES a auditionné sociologues, économistes, politiques locaux et nationaux, associations de consommateurs afin d’être le plus complet possible.

Présentées cette semaine, les conclusions de ce rapport sont sans appel : « Le dimanche doit rester un jour différent des autres » car il reste un « repère » social. Contrairement aux réglementations pour les restaurants, les musées ou les hôpitaux, « aucune nouvelle dérogation de plein droit n’est à envisager », soutient la commission, condamnant implicitement l’amendement sénatorial. Et alors que Laurence Parisot - qui demande d’élever à 15 le nombre annuel d’ouvertures dominicales autorisées - a argumenté sur les bénéfices pour la croissance, le Conseil économique et social a souligné qu’« aucun économiste ne s’est engagé à parler de surcroît d’activité » grâce à une banalisation des ouvertures le dimanche, le pouvoir d’achat des Français n’étant pas extensible… S’il y a assouplissement de la loi, les décisions doivent être prises « au plus près des territoires » pour assurer leur cohérence, ne pas fragiliser le tissu existant des petits commerces et « assurer l’intérêt manifeste du consommateur ». Le CES se montre ainsi prêt à accepter jusqu’à huit ouvertures dominicales par an dans le cas où l’impact sur l’activité est « positif » et où cela favorise l’idée de « faire société ensemble », notamment en période de fêtes. À condition que l’employeur respecte le volontariat de ses salariés, par exemple dans le cadre d’un accord d’entreprise.

intégrer les primes du dimanche dans la rémunération

Ne pas pénaliser le consommateur tout en protégeant le salarié pressurisé par une rémunération à trois chiffres… Une délicate alchimie qui était en passe d’être réalisée à Franconville, dans le Val-d’Oise, à en croire le syndicat FO en négociation avec Ikea. « Nous avions obtenu d’intégrer les primes du dimanche dans la rémunération pour que les salariés amenés à ne pas travailler le dimanche n’y perdent pas », a relaté Serge Legagnoa, secrétaire général de la fédération FO du commerce. « En échange, nous nous engagions à abandonner les astreintes » qu’Ikea était condamné à payer pour avoir ouvert de nombreuses fois ses magasins sans autorisation. « Tout a capoté » avec l’adoption au Sénat de l’amendement sur les ouvertures dans l’ameublement.


Les parlementaires PCF : « Un cadeau indécent »

Le Sénat a ouvert la brèche, l’Assemblée nationale a suivi, avec la bénédiction du gouvernement. Non sans l’hostilité unanime de la gauche, l’ouverture le dimanche des commerces d’ameublement a été incluse dans la rédaction finale de la loi Chatel sur la concurrence, votée définitivement jeudi par le Parlement. Seul le gouvernement pouvait encore amender le texte, mais il n’en a rien fait. « L’objectif est toujours de doper les profits de la grande distribution », a regretté le député André Chassaigne (PCF), dénonçant « un cadeau indécent ». « Au lieu de remédier à la faiblesse des rémunérations des salariés, vous institutionnalisez tant la concurrence déloyale des grandes surfaces à l’égard du petit commerce que le racket de la grande distribution sur les petits producteurs », a-t-il dit. Pour la sénatrice Odette Terrade (PCF), cet « amendement Ikea-Conforama-Leroy Merlin » fait « droit aux attentes de patrons voyous qui, depuis des années, violent la loi sur le repos dominical ». Le groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) au Sénat a dénoncé une disposition qui va « renforcer la précarité du travail dans un secteur où les salaires sont particulièrement faibles et où un grand nombre de travailleurs ne bénéficient pas de contrat à temps plein. (…) L’alternative, c’est l’augmentation des salaires et le droit au repos des salariés, c’est la mise en commun des richesses produites ».

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