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un article de Grégoire BISEAU paru dans Libération le 30 janvier 2006

Le forum économique mondial de Davos : L’avenir de l’énergie provoque des courts-circuits

lundi 30 janvier 2006 par Grégoire BISEAU
Demain, la crise énergétique ? Certains rassurent, d’autres s’alarment.

De Davos, il est de bon ton de ramener une idée de business. Cette année, c’est Daniel Yergin, président du Cambridge Energy Research Associates et spécialiste des questions énergétiques, qui donne le filon. « Je vous recommande de vite écrire un thriller diplomatique pour raconter la bataille entre les Etats-Unis et la Chine pour la maîtrise du pétrole » , dit-il. L’appétit de la Chine et de l’Inde en énergie, la crise du gaz en Ukraine, la nouvelle diplomatie pétrolière de Chavez, et bien sûr le cas iranien n’ont cessé d’alimenter les discussions de couloir de cette édition 2006. Pour souvent retomber sur cette question : est-on à la veille d’une crise énergétique mondiale, voire d’une guerre ?

« Cyclones » . Dans une table ronde, plusieurs experts se sont même amusés à se faire peur en imaginant une attaque terroriste sur plusieurs installations pétrolières et gazières du globe pendant l’hiver, le prix du baril s’envolant à 120 dollars (contre un peu moins de 70 aujourd’hui). Un scénario qui ne fait pas franchement rigoler Edward Markey, parlementaire démocrate américain. « Avec la multiplication de cyclones dus au réchauffement climatique et le risque terroriste, il est probable qu’on ait à faire face demain à une crise énergétique de la plus grande ampleur » , dit-il. Or « aucun acteur du secteur ne veut reconnaître l’urgence de la situation » , poursuit le président d’un think tank de Washington.

La délégation chinoise joue l’apaisement. « Même si nous allons continuer à procéder à des acquisitions dans le secteur de l’énergie dans les deux années à venir, cela va avoir un effet positif sur les prix du pétrole. Une meilleure sécurisation de nos approvisionnements fera baisser la spéculation » , affirme un industriel chinois. Les pétroliers, comme Shell, affirment, eux, « avoir des années de capacité disponible » devant eux, assurant qu’« ils investissent dans la production aussi rapidement que possible » . Enfin, les pays producteurs ­ Opep(Organisation des pays exportateurs de pé trole) ­ et les pays grands consommateurs de pé trole ­ IEA (Agence internationale de l’énergie) ­ jurent qu’il n’y a pas d’urgence à changer de mode de régulation puisqu’ils ont la situation en main. Ce qui fait bondir cet universitaire américain : « Comment peuvent-ils dire que ce système, né dans les années 70, fonctionne bien alors que la Chine et l’Inde, les deux locomotives de l’économie mondiale ; ne sont pas membres de l’IEA ? » Pour le Français Claude Mandil, président de l’IEA, ce n’est pas grave puisqu’il entretient avec ces deux pays « de très bonnes relations de travail » ...

De passage à Davos, Thierry Breton, le ministre de l’Economie, a répété que la politique de fixation des prix de l’Opep manquait cruellement de « transparence » . Lui aussi présent dans la station suisse, le nouveau président de l’Opep, le Nigérian Edmund Daukoru, a répliqué que « si l’Opep n’existait pas aujourd’hui, il faudrait l’inventer » . Mais reconnaît que son cartel est moins puissant que naguère [1] : « Nous n’avons plus la même influence. Aujourd’hui c’est le marché qui fixe les prix. » Seule concession de Claude Mandil : « Il manque un cadre, à côté du G8, où les Etats puissent parler de ces sujets et s’échanger les bonnes pratiques des uns et des autres. »

Retard. Certains gros industriels présents à Davos ont exprimé , en public ou en privé , leur agacement sur le retard à l’allumage des politiques. « Il y a une effrayante naïveté à redécouvrir d’un coup que la question énergétique est fondamentale » , se désespère un patron européen. Andrew Liveris, le boss américain, de Dow Chemical, géant mondial de la chimie, a même déclaré « passer beaucoup de temps à essayer de convaincre les politiques américains de définir une politique énergétique plus économe et moins dépendante du pétrole » . Seul petit signe encourageant, « la question du prix de l’énergie est devenue la première préoccupation des ménages américains, ça devrait donc bouger » , dit un Américain.

[1] L’Opep assure environ 50 % des exportations mondiales de pétrole.

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