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Le Monde | Jean-Michel Bezat - Le 6 février 2007

Le futur patron de Total envisage de se diversifier dans le nucléaire

mardi 6 février 2007 par Jean-Michel Bezat

A dix jours du retrait de Thierry Desmarest, qui deviendra président non-exécutif du conseil d’administration de Total le 14 février, son successeur à la direction générale, Christophe de Margerie, imprime sa marque en confirmant l’intérêt du 5e groupe pétrolier mondial pour le secteur nucléaire.

Dans un entretien publié par le Financial Times du 5 février, il indique qu’"un jour, nous participerons certainement à cette aventure". Pourquoi ce choix ? Parce que "nous ne considérons pas seulement l’énergie comme notre business mais aussi comme une responsabilité vis-à-vis des consommateurs", répond-t-il. Et parce que les réserves de pétrole et de gaz, contrôlées à plus de 80 % par les Etats producteurs et leurs compagnies nationales, sont difficilement accessibles aux "majors" internationales.

Que peut faire Total dans un secteur dominé par les groupes exploitant des centrales (EDF, E.ON...) et les fabricants de réacteurs nucléaires (Framatome-Siemens, General Electric, Toshiba-Westinghouse...) ? Il ne détient que 1 % du capital du groupe français Areva et M. Desmarest a toujours assuré qu’il n’a pas l’intention de monter dans le capital du numéro un mondial du nucléaire à la faveur d’une ouverture de son capital. Il n’en est toutefois pas moins administrateur du groupe dirigé par Anne Lauvergeon.

AU-DELÀ DU PÉTROLE

Rompu aux investissements dans l’amont pétrolier, le groupe pourrait investir dans les mines d’uranium. Il pourrait aussi se lancer dans l’exploitation de centrales nucléaires. La réflexion des experts de Total est ancienne, mais encore à un stade préliminaire, souligne une de ses porte-parole.

La compagnie a déjà étudié la possibilité de faire construire une centrale au Canada, dans la province de l’Alberta, pour fournir l’énergie nécessaire à l’extraction des sables bitumineux de ses gisements dans la région de l’Athabasca en remplacement du gaz devenu très coûteux. Des études ont été récemment relancées par les autorités canadiennes.

Total accumule les bénéfices - 12 milliards d’euros de résultats nets en 2005, sans doute plus en 2006 - et dispose des moyens de sa diversification. Comme la plupart de ses rivaux, le groupe se développe dans les énergies renouvelables, notamment l’éolien. Mais M. de Margerie pense que ces énergies "vertes" ne représenteront qu’une part limitée du "mixte énergétique" des compagnies et des pays dans les années à venir.

Dans le monde très secret des grands pétroliers, le nouveau patron de Total tranche par son franc-parler. S’il croit aux promesses des percées technologiques pour repousser toujours plus loin les contraintes physiques de l’extraction des hydrocarbures, il juge bien audacieux ceux qui pensent que l’on pourra pousser la production pétrolière jusqu’à 120 000 barils par jour (contre 85 000 actuellement), comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Les grandes compagnies comme ExxonMobil, Royal Dutch Shell, Chevron ou BP (acronyme de beyond petroleum, au-delà du pétrole) pensent déjà à un futur plus ou moins proche où la production et le raffinage de l’or noir ne sera plus le coeur de leur métier. Total est de ces groupes à la recherche de nouveaux horizons énergétiques.

Les pétroliers doivent donc avoir une vision politico-stratégique du futur, pas seulement économique. L’avenir est plein d’incertitudes. En 2020-2030, les hydrocarbures seront plus difficiles d’accès et plus coûteux à extraire. Les géologues de Total estiment qu’au rythme actuel de la consommation, le pic de production pourrait être atteint dans les années 2020.

De plus, le regain de nationalisme pétrolier consécutif à la remontée des cours de l’or noir ne peut qu’exacerber les craintes sur une éventuelle rupture des approvisionnements énergétiques. En difficultés au Venezuela, en Bolivie et en Russie, Total est bien placé pour le savoir.

Les mines d’uranium sont moins concentrées dans les zones à risques. Selon l’Agence de l’énergie nucléaire (dépendant de l’OCDE), "les ressources sont suffisamment abondantes pour soutenir la croissance" de cette énergie.

Mais peu de "majors" s’y intéressent, publiquement du moins. ExxonMobil et l’Inde.


CHIFFRES

Total est la 5e compagnie pétrolière mondiale par sa production, derrière ExxonMobil, Shell, BP et Chevron.

RÉSULTATS FINANCIERS. En 2005, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 143 milliards d’euros. Son résultat net a atteint 12 milliards. Le groupe a fait 11,1 milliards d’euros d’investissements.

PRODUCTION. Total produit chaque jour 2,5 millions de barils (équivalent pétrole), raffine 2,7 millions de barils et vend 3,8 millions de barils de produits raffinés dans ses stations-service. Il estime que la production de gaz représentera 40 % de son activité à l’horizon 2010.

RÉSERVES PROUVÉES. Elles s’élèvent pour le groupe à 11,1 milliards de tonnes de pétrole et de gaz.

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