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Un article de François MUSSEAU paru dans Libération du 7 septembre 2005

Le gaz espagnol lorgne le courant

jeudi 8 septembre 2005 par François MUSSEAU
L’OPA hostile de Gas Natural sur l’électricien Endesa bouleverserait le secteur énergétique.

Séisme dans le marché énergétique espagnol. Sur fond de querelles politiques, le groupe Gas Natural a lancé une OPA sur le premier groupe électricien du pays, Endesa (deux fois plus gros que lui), au prix de 21,3 euros par action, ce qui valorise Endesa à 22,5 milliards. Réunis hier en conseil d’administration, les dirigeants de l’électricien ont, comme on s’y attendait, qualifié l’offre d’« hostile ». Si l’opération était menée à son terme ­ au printemps 2006 dans le meilleur des cas ­, cela donnerait naissance à un géant. Avec 30 millions de clients et une capitalisation boursière de 31 milliards d’euros, la nouvelle entité occuperait la quatrième place en Europe (1) ­ derrière les allemands E.On et RWE, et l’italien Enel ­ et la première en Amérique latine. Il s’agirait aussi de la plus grosse acquisition jamais réalisée en Espagne.

Blocages. Même si cette OPA a créé la surprise, les signes annonciateurs d’un tel chambardement ne manquaient pas dans un marché national totalement privatisé. Depuis la fin des années 90, on ne recense pas moins de six tentatives d’OPA d’envergure dans ce secteur, chaque fois bloquées par l’organe de régulation du marché énergétique espagnol. La dernière en date, en 2003, fut l’offre frustrée de Gas Natural sur Iberdrola, deuxième électricien du pays. Ces blocages à répétition portaient la marque des conservateurs du Parti Populaire (PP) et de son grand manitou économique, l’ex-ministre des Finances Rodrigo Rato, aujourd’hui à la tête du FMI. Leur credo : au nom de la libre concurrence, pas question de toucher au secteur énergétique. Avec l’arrivée au pouvoir, en avril 2004, du socialiste José Luis Zapatero, la donne a changé : le nouveau gouvernement est partisan d’appuyer des « champions nationaux », capables de s’implanter au niveau mondial. Conscient que le nouvel exécutif ne s’opposerait pas à l’OPA, le patron de Gas Natural, Salvador Gabarro, prépare son coup depuis l’an dernier, les derniers préparatifs ayant été minutieusement mis au point cet été.

Rien n’est encore acquis, bien sûr, puisque, outre le nécessaire feu vert de l’organisme de régulation et du Tribunal de la concurrence, la réussite de l’OPA dépend de l’acceptation des actionnaires d’Endesa. Mais la partie semble bien engagée. D’abord parce que cela va dans le sens d’une plus forte intégration entre les secteurs gazier et électrique. De plus, afin d’éviter un veto de l’UE, le nouveau groupe pourrait céder 9 milliards de dollars d’actifs à Iberdrola, le grand rival du secteur électrique, dont le français Snet (détenu à 65 % par Endesa) ou des centrales en Italie.

« Danger ». Si l’OPA réussissait, la Caixa ­ banque catalane à demi-publique ­ deviendrait l’actionnaire majoritaire des leaders de trois secteurs stratégique, Repsol (pétrole), Gas Natural-Endesa (gaz et électricité). Ce qui fait dire à Miguel Arias Cañete, du PP : « Cette opération met en danger la libre concurrence, car les trois grands opérateurs énergétiques seraient entre les mains d’un unique centre de décision. »

(1) Sans compter EDF, non cotée.
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