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Un article de Madeleine Vatel paru dans LE MONDE du 29 avril 2006

Le gaz russe cherche d’"autres débouchés" que l’Europe

samedi 29 avril 2006 par Madeleine Vatel

D’un sommet Russie-Allemagne, le président Vladimir Poutine aura fait un avertissement adressé à l’Europe entière. Alors qu’il recevait à Tomsk, en Sibérie, jeudi 27 avril la chancelière Angela Merkel, il s’est posé en ferme avocat des intérêts commerciaux russes en Occident. "Cela ne va pas du tout, a-t-il déclaré. On parle de globalisation, du marché libre, mais quand on vient chez nous, c’est la globalisation, et quand c’est nous qui voulons des débouchés, c’est l’expansion", a-t-il dit en réclamant des "règles générales de conduite". M. Poutine faisait allusion à la difficulté d’accéder au marché de la distribution du gaz, point sur lequel Gazprom, le géant russe, fait porter ses efforts hors de Russie.

Mais l’arrivée de ce mastodonte sur le marché européen, où il cherche à acquérir des actifs, a fait l’effet d’un "éléphant dans un magasin de porcelaine", selon un analyste russe, Aron Tsypine. Le Financial Times a révélé le récent projet de la Grande-Bretagne demandant de réviser une loi sur les fusions afin de contrer une éventuelle acquisition de Centrica - principal distributeur de gaz - par Gazprom.

Le président de la Russie estime que la possibilité d’investir dans la distribution énergétique occidentale doit venir naturellement récompenser l’ouverture de sa production gazière et pétrolière aux étrangers. Les Européens considèrent, eux, qu’ils n’ont pas actuellement la possibilité d’investir en amont du secteur énergétique russe. Dès lors, pourrait-on voir apparaître un lobby russe en Europe, comme aux Etats-Unis où les proches du président Poutine ont souhaité avancer sur les questions relatives à l’Organisation mondiale du commerce, l’Iran, le Proche-Orient ?

"L’égoïsme en matière énergétique ne conduit nulle part dans un monde moderne où les pays sont interdépendants", avait déjà écrit le président russe, le 28 février, dans une lettre au quotidien Wall Street Journal. L’Europe, qui reçoit un quart de son gaz de la Russie, pourrait en attendre 80 % d’ici à 2030, selon certaines prévisions. L’inquiétude des Européens vient de la dépendance à l’égard d’un seul et unique interlocuteur, monopole et étatiste qui plus est. A défaut de pouvoir traiter avec plusieurs fournisseurs russes, l’Europe craint qu’une société publique comme Gazprom soit susceptible de subir des pressions d’ordre politique.

"PAS D’ALTERNATIVE"

"Nous commençons à chercher d’autres débouchés", a déclaré jeudi M. Poutine en réponse à la prudence européenne. La Russie prévoit de "réorienter" ses exportations de gaz vers l’Amérique du Nord ou l’Asie, notamment à travers l’exploitation du gisement de Sakhaline, destiné à fournir du gaz liquéfié. "Gazprom n’est pas en mesure de mettre sa menace à exécution pour la simple raison qu’il n’a, à l’heure actuelle, pas d’autre alternative que livrer son gaz à l’Europe, explique Evgeni Doronine du Centre d’études stratégiques de Moscou. Il devrait investir davantage en Russie elle-même, plutôt que de simplement profiter de la conjoncture. Car la plupart de ses projets sur le marché intérieur mériteraient son attention." 30 % seulement de la population russe a accès au gaz mais Gazprom est entré, mercredi, dans le club des quatre plus grandes entreprises au monde en valeur boursière.

Pour le conseiller du président russe, Igor Chouvalov, sherpa de la Russie pour le G8, la réaction de M. Poutine est le signe de la puissance retrouvée de la Russie, que l’Occident avait traitée comme "un petit enfant" ces dernières années. L’Allemagne au final a tiré son épingle du jeu. Le géant de la chimie BASF et Gazprom ont entériné, jeudi, un accord d’échange d’actifs. BASF pourra exploiter un gisement russe majeur de Sibérie contre un meilleur accès au marché allemand pour Gazprom.


M. Poutine décide d’éloigner du lac Baïkal un futur oléoduc

Il a suffi que le président russe, Vladimir Poutine, promène son crayon sur une carte murale de la Russie pour que le nouveau tracé d’un oléoduc soit adopté. Désormais, ce pipeline qui traversera la Sibérie pour atteindre le Pacifique et desservir les pays d’Asie ne passera plus à 800 mètres du lac Baïkal, mais à 40 kilomètres. C’est ce que demandaient depuis plusieurs mois écologistes et habitants, qui contestaient la trop grande proximité du pipeline avec l’un des lacs les plus purs du monde, classé au Patrimoine mondial de l’humanité.

"L’oléoduc doit passer plus au nord de cette zone" afin d’éviter une pollution du lac en cas de rupture du conduit, a déclaré le président russe lors d’une réunion avec l’administration de la région de Tomsk (Sibérie), mercredi 26 avril. Les écologistes et l’Unesco avaient mis en garde contre les dangers de cette zone sismique pour l’écosystème du Baïkal, première réserve d’eau douce au monde. De fait, les responsables du projet ont récemment reconnu qu’une rupture aurait pu engendrer une fuite de 4 000 tonnes de pétrole dans le lac.

Cette décision inattendue semble mettre fin à plusieurs mois de querelles. A deux jours du début des travaux, en plein coeur de la Sibérie et peu avant l’arrivée de la chancelière allemande Angela Merkel, l’oukase du président est une belle opération de relations publiques auprès des Russes et à quelques mois du sommet du G8. Reste à résoudre les problèmes financiers et techniques que pose le nouveau tracé. Polina Malycheva, la porte-parole du mouvement Greenpeace, s’est réjouie tout en émettant des doutes sur la faisabilité du projet dans une région au relief montagneux. Les responsables de Transneft, monopole d’Etat des oléoducs russes, n’ont pas encore chiffré le surcoût de ce rallongement.

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