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Un article de Frédéric de Monicault paru dans le Figaro du 24 juin 2006

Le géant russe Gazprom voit loin en Grande-Bretagne

samedi 24 juin 2006 par Frédéric de Monicault
L’acquisition du distributeur PNG est une première étape dans le cadre d’une offensive plus vaste.

Le rachat, annoncé avant-hier, est modeste, mais il apparaît stratégique. En prenant le contrôle du distributeur de gaz Pennine Natural Gas (PNG), le géant russe Gazprom pousse enfin ses pions en Grande-Bretagne. Un pays cible, où sa filiale Gazprom Marketing and Trading met ainsi la main sur un portefeuille de quelque 600 clients industriels et commerciaux (pour des ventes annuelles d’environ 700 millions de mètres cubes).

Au cours des dernières semaines, on évoquait plutôt l’intérêt de Gazprom pour Centrica, un autre distributeur d’énergie, mais beaucoup plus gros, avec 5 millions de clients revendiqués dans l’électricité et une capitalisation proche de 16 milliards d’euros. Autrement dit, une transaction tellement sensible que Londres aurait eu son mot à dire. « Apparemment, le gouvernement ne s’est pas opposé à l’acquisition de PNG, on se demande donc maintenant quelle est l’étape suivante, la vraie celle-là », souligne Patrice Lambert de Diesbach, analyste chez CM-CIC Securities. Et d’ajouter que Centrica, aux réserves déclinantes en plus d’arrêts techniques récurrents sur son site (de stockage) de Rough, serait une proie rêvée, car aussi centrale qu’emblématique au Royaume-Uni.

Toutefois, le secteur de la distribution, même s’il devient crucial avec la libéralisation du marché européen de l’énergie, n’est pas le plus porteur pour Gazprom. « Ce dernier vise d’abord et avant tout les réseaux de transports, les tuyaux constituant un élément majeur dans sa stratégie de conquête et de contrôle du gaz en Europe », poursuit Patrice Lambert de Diesbach.

Étendre son influence

Parallèlement, les marges dans l’amont (production) sont beaucoup plus importantes que dans l’aval (distribution), surtout à l’heure où les cours des hydrocarbures flambent sans discontinuer. Même si, via des positions dans la distribution, les groupes trouvent un bon moyen de sécuriser leurs ventes.

Dans le cas de PNG, Gazprom sera de toute façon présent tout au long de la chaîne puisqu’il a également passé un accord avec Natural Gas Shipping Services, la compagnie en charge de l’approvisionnement de PNG. Il est ainsi stipulé que le groupe russe s’occupera aussi de la fourniture de PNG en gaz. Quoi qu’il en soit, une offensive plus net dans le transport ne sera pas une sinécure. Toujours en Grande-Bretagne, au début de l’année, de rumeurs récurrentes avaient fait part de l’intérêt de Gazprom pour le transport de British Gaz, avant que Londres ne déclare par l’intermédiaire du ministère britannique du Commerce et de l’Industrie (DTI), que « la sécurité de l’approvisionnement des consommateurs britanniques en énergie est de la plus haute importance ». Une autre façon de faire part de son intention de garder la main sur ce secteur clé.

La France fait partie des autres pays en Europe où Gazprom veut desservir directement ses clients. Avec des ambitions déjà officiellement affichées : prendre à terme 10% du marché ouvert à la concurrence. Producteur incontournable dans l’Hexagone - il pèse 25% des approvisionnements de Gaz de France -, Gazprom confirme donc qu’il veut étendre son influence à la distribution.

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