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Un article de Cécile Chambraud et Adrien de Tricornot paru dans Le Monde le 23 février 2006

Le gouvernement espagnol est hostile au rachat d’Endesa par l’allemand E.ON

jeudi 23 février 2006 par Adrien de Tricornot , Cécile Chambraud

Convoité par l’électricien allemand E.ON, le numéro un de l’électricité en Espagne, Endesa, trouve un peu juste le prix offert, mais n’est pas hostile à l’opération. Réuni mardi 21 février, son conseil d’administration a estimé que l’offre (27,50 euros par action, soit 29,1 milliards d’euros) "ne reflète pas de manière adéquate la valeur réelle d’Endesa". Il a cependant évalué "positivement" le fait qu’E.ON propose de maintenir "dans son intégrité le projet industriel d’Endesa, sans vente d’actifs".

L’entreprise espagnole, qui se dépense sans compter, depuis le 5 septembre 2005, pour faire échec à l’offre publique d’achat (OPA) hostile lancée contre elle par la première entreprise gazière d’Espagne, Gas Natural (pour 22,5 milliards d’euros), a mené des discussions avec la direction d’E.ON depuis le 1er décembre 2005, dans une atmosphère qualifiée d’"amicale" par le patron allemand, Wulf Bernotat.

Gas Natural a annoncé, mardi, qu’elle poursuivra son OPA, "occasion unique" pour les actionnaires et "pour tous les Espagnols" de créer une compagnie susceptible "de faire face à la concurrence au niveau mondial et européen" et de "maintenir son centre de décision en Espagne".

L’opération de Gas Natural a reçu l’approbation sous condition du conseil des ministres espagnol, le 3 février, décidé à susciter une grande entreprise énergétique pouvant rivaliser avec E.ON ou EDF. L’offre de la firme allemande constitue un revers pour le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero, prévenu la veille par la chancelière Angela Merkel.

M. Zapatero a reçu M. Bernotat, mardi, pour lui indiquer, selon la presse espagnole, son rejet de l’opération. Le gouvernement a indiqué qu’il étudiera l’opération à la lumière du respect des règles du marché, de l’intérêt général de l’Espagne et du caractère stratégique de l’énergie.

"Nous sommes convaincus que, dans un secteur aussi stratégique que celui de l’énergie, l’intérêt général du pays est d’avoir une entreprise espagnole", a affirmé le secrétaire d’Etat chargé de la communication, Fernando Moraleda. Le gouvernement espagnol détient dans Endesa, ancien monopole public privatisé, une action spécifique ("golden share") qui lui permet, théoriquement, de s’opposer à l’opération. Cette action expire en juin 2007. Sur ce sujet, M. Bernotat a affirmé : "50 % des actionnaires sont étrangers, Endesa est aussi cotée à la Bourse de New York et, eux aussi, il faudra les écouter."

"APPRENTI SORCIER"

L’opposition conservatrice, qui, depuis le début, critique l’engagement du gouvernement en faveur de Gas Natural, a affirmé que l’OPA d’E.ON était la conséquence de l’appui donné par l’exécutif au groupe gazier. "Le gouvernement a politisé une opération entrepreneuriale" et il a agi en "apprenti sorcier", a affirmé Mariano Rajoy, président du Parti populaire.

La direction du premier producteur de gaz et d’électricité allemand s’est attachée à démontrer que son offre permettrait de créer sans heurts le numéro un mondial du secteur. E.ON-Endesa réaliserait un chiffre d’affaires de 74,6 milliards d’euros, alors que celui d’EDF se monte à 51 milliards d’euros.

La transaction "ne crée pas seulement de la valeur pour les actionnaires mais toutes les parties prenantes vont en profiter", a estimé M. Bernotat, lors d’une conférence téléphonique avec les analystes. La nouvelle entité serait en effet "dans une position encore meilleure pour investir dans les infrastructures européennes", a-t-il estimé.

Son groupe est surtout présent en Europe du Nord, centrale et de l’Est, ainsi qu’en Amérique du Nord. De son côté, Endesa est principalement implanté en Europe du Sud et en Amérique latine. Le nouvel ensemble réaliserait 40 % de son résultat opérationnel hors d’Europe du Nord. Les débouchés espagnol et latino-américains offrent, de plus, un relais de croissance appréciable, le marché progressant d’environ 5 % par an.

Les contours dessinés par M. Bernotat pour le nouvel ensemble semblent rassurants : "La réunion d’E.ON et d’Endesa ne conduira pas à des licenciements. Les activités actuelles seront non seulement entièrement conservées, mais il leur sera garanti une autonomie opérationnelle dans une large mesure." Endesa prendrait la responsabilité de toutes les activités en Europe du Sud et en Amérique latine. De plus, son centre de distribution d’électricité de Barcelone récupérerait ce rôle pour l’ensemble du groupe.


La Commission européenne n’est pas certaine d’étudier le dossier

La Commission européenne est restée très prudente, mardi 21 février, à l’égard de l’offre de l’allemand E.ON sur l’espagnol Endesa. "Il n’est pas certain que nous soyons en mesure de traiter l’affaire", a indiqué le porte-parole de Neelie Kroes, la commissaire chargée de la concurrence. Bien que cette bataille implique deux entreprises implantées au sein de l’Union, cette opération de concentration n’a pas nécessairement une "dimension communautaire" : Bruxelles ne pourra être saisi que si les deux entités réalisent plus des deux tiers de leur chiffre d’affaires hors de leur marché domestique.

Nombre d’experts estiment que la Commission, qui soupçonne les opérateurs historiques comme E.ON et EDF d’entraver la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz, et qui veut stimuler la concurrence en Espagne comme ailleurs, aurait été moins conciliante que le gouvernement Zapatero face à l’offre de Gas Natural sur Endesa.

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