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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 24 novembre 2006

Le gouvernement somme Gaz de France de tout faire pour conclure son mariage avec Suez

vendredi 24 novembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Haro sur Gaz de France (GDF) et sur son PDG ! A peine la cour d’appel de Paris avait-elle rendu un arrêt sévère sur sa gestion avec les syndicats du processus de fusion avec Suez (Le Monde du 23 novembre) que certains membres du gouvernement se sont trouvés un coupable idéal : Jean-François Cirelli, implicitement accusé d’avoir compromis l’avenir d’un mariage annoncé le 25 février par le premier ministre, Dominique de Villepin, pour contrer une éventuelle OPA de l’italien Enel sur Suez.

Un échec serait préjudiciable à beaucoup. Au gouvernement, dont la politique industrielle serait mise sur la sellette alors qu’il fait déjà face à des crises chez EADS et Safran (Snecma-Sagem). A GDF, qui se retrouverait seul dans une Europe de l’énergie en pleine concentration. A Suez, qui redeviendrait une proie, même si Enel fait savoir qu’il ne lancera pas de raid hostile contre le groupe.

Le gouvernement a donc choisi de sauver une fois de plus le mariage GDF-Suez, tout en sommant M. Cirelli de respecter toutes les règles du droit social. Avec des nuances. A Matignon, un conseiller de M. de Villepin tempère. "Ce n’est pas le moment de chercher des boucs émissaires, dit-il. C’est une affaire de corne-cul, une affaire de calendrier qui doit être réglée en quelques semaines."

Le ton du ministre de l’économie est moins amène. "Le gouvernement attend et entend que Gaz de France poursuive désormais dans l’intérêt de tous ses actionnaires, de tous ses clients et de tous ses salariés le ou les projets qu’il convient de mettre en place en respectant évidemment scrupuleusement les règles de droit", a lancé, non sans ambiguïté, Thierry Breton, mercredi à l’Assemblée nationale.

BERCY SE PROTÈGE

A Bercy, son entourage se dit même "consterné qu’une entreprise, publique de surcroît, ait pu faire un raté social qui compromet une opération à 70 milliards d’euros". M. Breton tient à dégager sa responsabilité dans l’éventuel échec de la fusion. Il rappelle qu’il avait au départ plaidé pour un simple échange d’actions entre les deux groupes - avant de se plier à la décision de M. de Villepin, puis de "mouiller sa chemise" pour convaincre les nombreux parlementaires UMP hostiles au projet de voter la privatisation de GDF.

Sa mission, juge-t-il, était de privatiser GDF pour lui permettre de nouer des alliances européennes. Si le Conseil constitutionnel valide la loi de privatisation de GDF le 30 novembre, il estime qu’il l’aura remplie.

Plus modérés dans l’expression, les dirigeants de Suez n’en sont pas moins irrités des retards accumulés par son partenaire. A l’issue de sa réunion, le conseil d’administration du groupe de Gérard Mestrallet a réaffirmé, mercredi, la "pertinence du projet" et sa "volonté de voir l’opération se réaliser". Tout en concluant, laconique : "Le conseil attend les propositions que fera Gaz de France." Ce retard a alourdi le climat - déjà dégradé depuis plusieurs semaines - entre les dirigeants des deux groupes.

A la demande de l’Etat, actionnaire de GDF à 80 %, M. Cirelli a convoqué dans l’urgence, mercredi après-midi, un conseil d’administration pour examiner la situation et envisager un nouveau calendrier. Le PDG de GDF a indiqué qu’il souhaite boucler l’opération "dès février". L’ex-directeur adjoint du cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon sait qu’après la France sera entrée dans la phase finale de la campagne présidentielle et que la fusion y sombrera corps et biens.

Il récuse néanmoins le procès en déficit social intenté par le gouvernement et les syndicats. "La justice elle-même reconnaît qu’on a donné tout ce qu’il fallait donner", dit-il. Il rappelle que GDF a le même avocat que Suez en matière sociale, Me Gilles Bélier, que les dossiers ont été menés en parallèle et que les syndicats disposent de sept études du cabinet Secafi-Alpha sur les conséquences sociales d’une fusion qui ne doit entraîner, selon M. Cirelli, "aucune suppression d’emplois".

Mais les dirigeants de GDF ne sont pas dupes. Ils savent qu’à travers cette demande réitérée d’études d’impact social, les syndicats cherchent à retarder le bouclage du projet, jouant la montre. Quelles que soient les informations données aux syndicats, ceux-ci peuvent encore saisir la justice. D’où la prudence de M. Cirelli sur le calendrier.

Cet imbroglio juridico-politique a relégué au second plan les tensions sur la parité de fusion entre les deux groupes. Il est acquis que les actionnaires de Suez auront plus que le 1 euro de dividende supplémentaire initialement promis. Il devient urgent de fixer la parité : plus la perspective de fusion s’éloigne, plus le cours de Suez redevenu la proie d’un concurrent risque de progresser, ce qui creuserait l’écart avec celui de GDF et condamnerait définitivement le mariage.

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