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Marc Roche | Le Monde du 08.06.08.

Le groupe BP est menacé de perdre le contrôle de sa filiale russe

lundi 9 juin 2008 par Marc Roche

Manigances du Kremlin, accusations de fraude fiscale, harcèlement des dirigeants : la compagnie pétrolière britannique BP fait à son tour l’apprentissage du monde impitoyable du pétrole russe. TNK-BP, sa filiale russe à 50 %, est aujourd’hui dans le collimateur du pouvoir, comme l’atteste la convocation, le 5 juin, par le ministère de l’intérieur de son directeur-général, Robert Dudley, concernant des "questions fiscales".

Un désaccord survenu entre BP et les trois principaux actionnaires russes de TNK-BP empêche la publication du budget 2008 et l’approbation des comptes 2007. Les oligarques en question, Viktor Vekselberg, Mikhaïl Fridman et Len Blavatnik, exigent la démission de Robert Dudley, qu’ils accusent de favoriser BP. Les hommes d’affaires réclament aussi une hausse du dividende et une diminution du nombre de cadres étrangers au sein de l’état-major.

La multinationale britannique refuse ce "diktat". Inquiet de la stagnation de la production depuis 2006, BP privilégie l’augmentation des investissements dans TNK-BP au lieu de choyer ses actionnaires. Enfin, la major refuse la requête du trio de permettre à la compagnie russe de se développer à l’international avec des associés russes.

12 % DES BÉNÉFICES

"Je vous l’avais bien dit" : voilà des semaines que Dudley clame que les trois actionnaires russes, sous la pression du Kremlin, entendent vendre leur part aux géants Gazprom ou Rosneft. TNK-BP, qui produit en moyenne 1,6 million de barils/jour et emploie 65 000 personnes, représente 18 % de la production russe. Dans le cadre de sa stratégie de renationalisation du pétrole, le Kremlin aimerait mettre la main sur la majorité du capital du troisième groupe pétrolier du pays, sans doute via Rosneft : lors de l’entrée en Bourse en 2006 de ce groupe, BP y avait investi 1 milliard de livres. Ses déconvenues actuelles rappellent les revers récents de Shell, contraint de céder à Gazprom la majorité des parts dans l’énorme projet de Sakhaline II, dans l’Extrême-Orient russe.

Cette affaire agite les imaginations de la City parce qu’elle met à nu une vérité qui fait mal : TNK-BP a sans doute vécu dans sa forme actuelle. Déjà affaiblie par une série de déboires, BP risque de se retrouver à nu. TNK-BP a représenté 12 % des bénéfices de la compagnie britannique en 2007 et 24 % de sa production. Surtout, la coentreprise russe constitue 19 % de ses réserves. Sans cet apport, le pourcentage de renouvellement par BP de ses réserves prouvées de pétrole et de gaz, indicateur-clé de la bonne santé d’une société d’hydrocarbures, tomberait sous la barre des 100 %.

Responsable de l’exploration-production sous Lord Browne, son illustre prédécesseur, Tony Hayward, directeur général depuis mai 2007, entend préserver cette association entre BP et trois oligarques à la réputation pourtant sulfureuse. Le trio a fait l’objet d’innombrables actions en justice intentées par des partenaires étrangers.

TNK-BP a été créée dans le cadre de l’accord énergétique bilatéral signé à l’été 2003 par Tony Blair et Vladimir Poutine. Tony Hayward n’a rien du brillant trapéziste que fut Browne, habité de desseins géopolitiques ambitieux, d’initiatives diplomatiques déconcertantes. Il travaille dans le réel, pilotant en simple praticien une entreprise tombée de son piédestal mais conservant de brillants atouts. En particulier ses gisements prometteurs en Angola, dans les Antilles et en Libye, qui devraient compenser la maturité de ses champs nord-américains et de la mer du Nord.

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