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Un article de Marc Roche paru dans Le Monde du 4 février 2006

Le groupe gazier britannique Centrica, malmené sur son marché intérieur, intéresse Gazprom

samedi 4 février 2006 par Marc Roche

Un quotidien britannique a décrit la journée du 2 février à la Bourse de Londres comme ayant été un "jeudi fou". Fou en effet, ce jour où le cours de l’action Centrica, le premier distributeur de gaz britannique, a bondi de 11,11 % en clôture, après avoir grimpé de 25 % dans la journée sur des rumeurs d’un projet d’acquisition par le géant gazier russe Gazprom.

Dans un premier temps, Alexandre Chouka, directeur général adjoint de Gazexport, la filiale d’exportation de Gazprom, a confirmé l’intérêt de cette dernière pour le groupe britannique de distribution d’énergie, aux particuliers et aux entreprises. "Cette question est en train d’être analysée et étudiée", a-t-il déclaré, tout en précisant qu’" aucune décision n’a été prise".

Mais, un peu plus tard, la direction de Gazprom a assuré n’avoir "aucun contact concernant cet actif". Selon elle, les propos de M. Chouka ne concernaient "pas la compagnie Centrica, mais tous les actifs du secteur de l’énergie accessibles en Grande-Bretagne". Centrica a affirmé n’être au courant d’aucune approche.

UNE ENTREPRISE JUGÉE "OPÉABLE" Le 18 janvier, un haut responsable de Gazprom avait fait part de la volonté du conglomérat parapublic de fournir 20 % du gaz consommé en Grande-Bretagne d’ici à 2015 via une acquisition dans ce pays.

Né en 1997 de la scission de British Gaz, privatisée onze ans plus tôt, Centrica est jugée "opéable". Tout d’abord, le groupe gazier est dépourvu de la masse critique nécessaire pour sécuriser ses approvisionnements. Morecambe Bay, son gros champ gazier de la mer du Nord, est en voie d’épuisement.

Depuis 1998, la société a su tirer profit de la déréglementation du secteur de l’électricité. Centrica contrôle aujourd’hui 65 % du marché du gaz britannique et fournit aussi l’électricité à près de six millions de foyers. Mais, sur ce marché très concurrentiel, le distributeur a perdu 1,8 million d’abonnés au cours des deux dernières années en raison de tarifs trop élevés, conséquence de l’insuffisance des réserves propres.

Par ailleurs, pour réduire ses coûts jugés trop élevés par la City, Centrica a été obligé de délocaliser 2 000 emplois administratifs en Inde.

Surtout, l’ex-monopole gazier est sur la sellette : il est considéré en partie responsable des tensions apparues récemment sur le marché britannique du gaz avec une envolée spectaculaire des prix. Cette crise est intervenue tandis que le royaume est devenu importateur net de gaz en 2004. La majorité des observateurs expliquent cette pénurie par le sous-investissement dans les infrastructures par Centrica.

Après la cession progressive d’activités annexes (téléphone, assurance, Internet, dépannage automobile), l’entreprise s’est recentrée sur l’énergie. Son directeur général à l’origine de la diversification ratée, Sir Roy Gardner, vient de rendre son tablier. Le favori à sa succession est Tony Hayward, le patron de la production-exploration chez BP, qui fut l’un des architectes de l’accord avec le russe TNK. A ses yeux, le mariage avec Gazprom serait bienvenu.

Parmi les autres prétendants possibles figurent Gaz de France, déjà lié à Centrica dans une joint-venture en Belgique, et le Norvégien Horsk Hydro. Le long processus de privatisation incite le premier à la prudence en matière d’achats à l’étranger. Le second se heurte à l’opposition du gouvernement norvégien à voir diluer sa participation.

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