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Pierre Le Hir | Le Monde du 31.07.07.

Le lent démantèlement de Superphénix continue en Isère

jeudi 2 août 2007 par Pierre Le Hir
Le 31 juillet 1977, plusieurs dizaines de milliers d’antinucléaires convergeaient sous la pluie, au milieu des champs de maïs, vers le site de Malville, en Isère. Ils voulaient s’opposer à la construction, commencée l’année précédente, de ce qui devait être le fleuron de la technologie électronucléaire française : le surgénérateur Superphénix. Au cours des affrontements avec les forces de l’ordre, un manifestant, Vital Michalon, était blessé mortellement par l’explosion d’une grenade offensive et deux autres étaient blessés. Pour commémorer ce drame, un rassemblement, auquel appelle le réseau Sortir du nucléaire, doit avoir lieu, mardi 31 juillet à 15 heures, dans la commune voisine de Faverges.

Trente ans après, l’ombre de Superphénix plane toujours sur le nucléaire français. Couplé au réseau électrique en janvier 1986, le réacteur prototype à neutrons rapides, victime d’incidents à répétition, n’aura été en service qu’un peu plus de dix mois en neuf ans, avant de finir par fonctionner de façon à peu près satisfaisante en 1996. L’année suivante, le gouvernement de Lionel Jospin - dont Dominique Voynet était ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement - décidait de mettre fin à l’expérience.

Depuis le décret de mise à l’arrêt, le site de Creys-Malville s’est transformé en chantier pilote de démantèlement. Car, par rapport aux réacteurs nucléaires classiques, dont huit sont également en cours de déconstruction (à Bugey, Brennilis, Chinon, Chooz et Saint-Laurent), celle d’un surgénérateur pose des problèmes particuliers, liés à la nature du combustible, contenant du plutonium, et à celle du liquide de refroidissement, constitué de sodium.

Dans un premier temps, les éléments combustibles, soit 364 assemblages fissiles comportant 4,8 tonnes de plutonium et 233 assemblages fertiles d’uranium, ainsi que diverses pièces de protection et barres de commande, ont été retirés du réacteur. Ils ont été mis à "refroidir" en piscine, sur le site, dans un Atelier pour l’évacuation du combustible (APEC) qu’EDF a été autorisée à exploiter pour trente ans. Y est également entreposé un deuxième coeur tout neuf, non brûlé, qui avait été commandé avant la fermeture.

La destination finale de ces combustibles n’est pas encore arrêtée, indique Serge Klaeylé, directeur du Centre d’ingénierie, déconstruction et environnement d’EDF. Il avait été envisagé de les retraiter dans les usines de la Hague (Manche) d’Areva. Mais EDF considère aujourd’hui ces éléments non comme des déchets, mais comme "des réserves de combustible susceptibles d’être valorisées", soit dans les filières MOX (mélange d’uranium et de plutonium), soit dans les futures centrales.

Ne subsistent dans la cuve du réacteur que des éléments ne présentant pas de risque de "criticité", c’est-à-dire de déclenchement de réaction nucléaire. Ils sont eux aussi en cours d’extraction et rejoindront la piscine. Dans le même temps, la salle des machines a été vidée de ses turbines et de ses pompes, soit 150 000 tonnes de déchets non radioactifs.

Reste l’épineux problème du sodium fondu, dont le circuit primaire de refroidissement, les boucles secondaires et diverses installations recelaient 5 500 tonnes. La difficulté vient de ce que ce matériau s’enflamme à l’air et détone au contact de l’eau. Une unité spéciale de traitement, composé de deux réacteurs chimiques, est en cours d’installation sur le site et devrait démarrer en 2008.

Le principe, expérimenté sur la centrale de Dounreay, en Ecosse, et validé par les ingénieurs du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), consiste à faire tomber au goutte-à-goutte le sodium liquide dans de l’eau, dans un environnement neutre d’azote. Le produit de cette réaction est de la soude, qui sera incorporée à du béton. Quatre à cinq années seront nécessaires pour neutraliser la totalité du sodium et il faudra attendre vingt ans pour que les 70 000 tonnes de béton accumulés sur le site, dont la radioactivité "sera comparable à celle du granit", précise Serge Klaeylé.

Entre 2013 et 2023 devrait alors être réalisée la dernière partie de la déconstruction : la démolition du bâtiment réacteur, où la cuve et certaines structures métalliques, chargées en cobalt 60, restent très irradiantes. EDF, dont le scénario de démantèlement prévoyait au départ de laisser la radioactivité décroître pendant un demi-siècle, a finalement décidé, pour toutes ses centrales fermées, de les raser au plus vite, afin de rendre le site "à l’herbe".

Alors seulement, à l’issue de un milliard d’euros de travaux, sera tournée la page de ce qui demeurera dans les mémoires comme l’un des épisodes les moins glorieux de l’aventure nucléaire nationale.


Les réacteurs du futur seront, eux aussi, des surgénérateurs

L’EPR (European Pressurised Reactor), réacteur de 3e génération qui doit succéder aux centrales actuelles, n’est jamais qu’une version améliorée de ces dernières. Les installations de 4e génération, dont l’exploitation est prévue à partir de 2040, marqueront en revanche une rupture, en reprenant la technologie de la surgénération expérimentée avec Superphénix. Le CEA concentre ses recherches actuelles sur deux filières à neutrons rapides, refroidies par du sodium ou par du gaz.

L’intérêt de la surgénération est de brûler non seulement l’uranium 235 (fissile), mais aussi l’uranium 238, dont est composé à 99,3 % le minerai naturel. Ce qui, avec les réserves mondiales connues à ce jour, assurerait plusieurs milliers d’années de fonctionnement du parc, contre 250 années avec les centrales actuelles. Autre avantage : ces réacteurs, à cycle fermé, sont conçus pour brûler une partie de leurs propres déchets : les actinides mineurs, très radiotoxiques, sont recyclés, les résidus ultimes se limitant aux produits de fission.

Le CEA assure que ces nouvelles centrales bénéficieront, par rapport à Superphénix, de "progrès déterminants".

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