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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 16,04,2008

Le niveau de la production pétrolière russe inquiète

mercredi 16 avril 2008 par Jean-Michel Bezat

Les prix du pétrole ont atteint un nouveau record historique, mardi 15 avril, au moment où l’on apprenait que la production de la Russie avait accusé une légère baisse (- 1 %) au premier trimestre 2008. Le baril de light sweet crude américain pour livraison en mai a atteint 112,48 dollars dans les échanges électroniques en Asie, au-dessus des 112,21 dollars enregistrés quelques jours plus tôt à New York.

La nouvelle la plus inquiétante est venue de Russie, deuxième exportateur mondial de brut après l’Arabie saoudite. Dans un entretien publié mardi par le Financial Times, Leonid Fedoun, vice-président de Loukoil, indique que la production de son pays a atteint 10 millions de barils par jour en 2007 et que ce niveau est le plus important qu’il devrait voir "de toute sa vie".

Pour le dirigeant du premier groupe pétrolier privé russe, son pays est dans la même situation que le Mexique, l’Alaska et la mer du Nord, trois régions où la production d’or noir décroît fortement depuis des années en raison de l’épuisement des réserves. En Sibérie occidentale, première région productrice de Russie, "la période de croissance intense de la production de pétrole est terminée", a ajouté M. Fedoun.

Ces sombres perspectives, en ligne avec celles des ministres de l’énergie et des ressources naturelles, contredisent les évaluations de plusieurs experts occidentaux, qui estimaient que les compagnies russes peuvent mettre chaque jour 1,5 million de barils supplémentaires sur lemarché d’ici à 2012, notamment pour répondre à la forte demande chinoise. Jusqu’à présent, la Russie restait, avec les pays du Golfe, l’une des rares zones de croissance potentielle de la production.

Ces propos alarmistes ne sont pourtant qu’une demi-surprise. Les experts, à commencer par ceux de l’Agence internationale de l’énergie, qui défend les intérêts des pays industrialisés, savent que les groupes publics (Gazprom, Rosneft) ou privés (Loukoil) n’ont pas suffisamment investi, même si la production pétrolière a redécollé à la fin des années 1990.

Conscient du sous-investissement chronique de l’industrie pétrolière, le gouvernement vient de lui accorder 4,2 milliards de dollars de baisses d’impôts. Une simple bouffée d’oxygène. M. Fedoun estime en effet qu’elle devra débourser 1 000 milliards de dollars dans les vingt prochaines années, simplement pour maintenir sa production quotidienne de 10 millions de barils.

Elle devra aller puiser le brut en Sibérie orientale, en mer Caspienne et dans l’Arctique, où l’exploration et la production nécessitent des capitaux importants et des technologies sophistiquées. La Russie aura sans doute besoin du concours des groupes occidentaux (ExxonMobil, BP, Shell, Total...) auxquels le président russe, Vladimir Poutine, a mené la vie dure ces dernières années.

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