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KARINE LE LOËT | Libération le 11.01.2008

Le nucléaire britannique relancé

vendredi 11 janvier 2008 par KARINE LE LOËT

John Hutton, le secrétaire d’Etat britannique aux Entreprises, a donné hier le feu vert pour la construction d’une nouvelle génération de centrales nucléaires. Devant la Chambre des Communes, Hutton a déclaré que cette énergie constituait un moyen « sûr, propre et peu coûteux » d’assurer l’approvisionnement du pays et de lutter contre le réchauffement climatique.

Pourquoi le gouvernement se lance-t-il aujourd’hui dans le nucléaire ?

En 2003, le gouvernement décrivait le nucléaire comme une « option peu attractive ». Depuis, la donne a changé. Les ressources en gaz de Grande-Bretagne ont chuté faisant passer le pays du statut d’exportateur à celui d’importateur net de gaz. Tandis qu’à l’importation, les prix du gaz comme ceux du pétrole ont connu une hausse constante. Désormais très compétitif, le nucléaire a, de plus, l’immense avantage d’être un faible émetteur de gaz à effet de serre. Or, le gouvernement britannique s’est engagé à réduire ses émissions de 60 % d’ici à 2050. Une analyse que ne partagent pas les associations environnementales qui appellent à se concentrer sur la promotion des économies d’énergie et des sources d’électricité renouvelables, bien plus efficaces dans la lutte contre le réchauffement. Selon Greenpeace, la construction d’un nouveau parc de centrales ne fera baisser les émissions de carbone que d’un minuscule 4 % à l’horizon 2025, date de la mise en route des premières centrales. En 2006, l’ONG avait déjà réussi à stopper le feu vert gouvernemental en faisant reconnaître par la justice que le débat public préalable avait été faussé, obligeant l’ouverture d’une nouvelle consultation.

Dans quel état se trouve le parc nucléaire britannique ?

Une dizaine de centrales produisent aujourd’hui 20 % de l’électricité du pays (contre 80 % en France). Toutes ces stations, sauf une, fermeront d’ici à 2023. Le gouvernement a donc décidé de renouveler son parc. Un rapport devra déterminer en 2009, les sites les plus adaptés. A priori, les nouvelles centrales seront construites à proximité des anciennes afin de limiter les surprises quant aux particularités du terrain (nature des sols, risques d’inondations…) et les réactions des populations. Le gouvernement délocalisé écossais a déjà annoncé qu’il n’autoriserait la construction d’aucun réacteur sur ces terres. Deux centrales sont aujourd’hui exploitées en Ecosse.

Qui devra payer ?

Dès hier, le français Areva déclarait, tout sourire, vouloir construire six réacteurs au Royaume-Uni. Les compagnies privées devront financer la construction, l’exploitation et le démantèlement des centrales. Le Premier ministre Gordon Brown a promis que le programme ne coûterait rien au contribuable. Une déclaration mise en doute par les opposants au projet. Selon l’Autorité nucléaire de démantèlement, le seul démontage des anciennes centrales s’élèvera à 70 milliards de livres (92 milliards d’euros). Et si le gouvernement a promis qu’il reviendra aux compagnies privées de régler cette facture, les détracteurs redoutent que le coût de l’opération ne soit répercuté sur les consommateurs.

Qu’en pense la population ?

Les associations de défense de l’environnement s’interrogent sur le sort des déchets. Dans un premier temps, le centre de Sellafield (nord-ouest) devrait continuer de stocker les composants radioactifs usagés. Mais un expert a souligné que ce site, à proximité de la côte, risquait l’inondation. A terme, le gouvernement prévoit la construction d’un immense bunker sous-terrain mais la date de sa construction reste encore inconnue.

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