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Un article paru sur tendances trends.be le 1 juin 2006

Le nucléaire d’Electrabel aiguise l’appétit des concurrents

jeudi 1er juin 2006
Centrica, EDF et Endesa sont à l’affût. Ils spéculent sur une dispersion des actifs d’Electrabel suite à la fusion de Suez, maison mère de l’électricien belge, et Gaz de France (GDF). Le parc nucléaire attise particulièrement leur convoitise.

« Pas question de céder un pouce de notre parc nucléaire ! », assénait Jean-Pierre Hansen, n° 1 d’Electrabel, en mars dernier. Les opérateurs concurrents ne semblent pas l’avoir pris très au sérieux. Ils estiment que la fusion de Suez (maison mère d’Electrabel) et Gaz de France (GDF) pourrait lui coûter plus cher que prévu.

Depuis quelques jours, ils multiplient les opérations de charme vis-à-vis du marché belge. Electricité de France (EDF) a ouvert le feu. Son patron, Pierre Gadonneix, s’est rendu à Bruxelles pour faire les yeux doux à Electrabel. Il a été suivi par Phil Bentley, responsable des activités européennes de Centrica. L’ex-British Gas entend prendre le contrôle de la SPE, n° 2 de l’électricité en Belgique. Pour ce faire, les Anglais comptent exercer l’option d’achat qu’ils détiennent sur les 25,5 % actuellement aux mains de GDF, qu’ils ajouteraient aux 25,5 % qu’ils possèdent déjà. Centrica se dit également prêt à investir € 500 millions dans des capacités de production.

La semaine dernière, le troisième prétendant, Endesa, venait à son tour déclarer sa flamme. L’Espagnol lorgne les actifs de Suez en France et en Belgique. Pour l’heure, seuls les allemands E.On et RWE se tiennent encore à carreau.

Alléchant nucléaire

Les opérateurs européens ne doutent plus d’un démantèlement partiel de la constellation Suez en Belgique. Les indices concordent. La nouvelle entité Suez-GDF détiendrait près de 90 % du marché de l’électricité et du gaz en Belgique. Les autorités belges et européennes ne peuvent l’accepter. Dans un récent avis au gouvernement, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) recommandait d’affranchir Elia et Fluxys (gestionnaires, respectivement, des réseaux de transport d’électricité et de gaz) du groupe Suez. Elle jugeait également nécessaire d’obliger Electrabel à céder une partie de son parc de production.

Certains actifs d’Electrabel seront donc mis aux enchères. La concurrence se frotte les mains à la perspective de prendre pied sur un territoire où Suez faisait jusqu’à présent la loi. Et tous lorgnent, sans le dire, la « perle de l’empire » : son parc de production nucléaire.

Les réacteurs nucléaires sont amortis de longue date en Belgique. Or, les tarifs de l’électricité incluent toujours un coût de la construction des installations. Un avantage injustifié pour Electrabel, dénoncent ses concurrents. Pour rester compétitifs, ceux-ci doivent écraser leurs marges. A tel point que la SPE (10 % de part de marché) a enregistré une perte de € 15 millions en 2005. « Et nous finirons encore dans le rouge en 2006, se lamente Jan Robberechts, son porte-parole. Pour demeurer compétitif face à Electrabel, nous n’avons pas pu répercuter la hausse du prix du gaz dans nos tarifs. » Maison mère de City Power et de Luminus, la SPE souffre également du manque de diversité de son parc de production, essentiellement constitué de centrales au gaz. La mise en vente d’une partie des capacités des centrales de Doel et Tihange remédierait à ce handicap. « L’idéal ne serait pas forcément d’en devenir actionnaire, laisse-t-on entendre dans l’entourage de Centrica. Les aspects touchant à la sécurité et aux statuts sociaux pourraient s’avérer trop complexes à gérer. En revanche, il est possible de garantir l’accès à une partie de la production à la sortie du réacteur. » On peut parier qu’Endesa et EDF rêvent tout autant de s’arroger une part du gâteau atomique belge. Rien n’est encore décidé. Le gouvernement fédéral attend la réaction de la Commission européenne. En attendant, sa priorité affichée est la mise en place de conditions optimales de concurrence sur le territoire national. La CREG doit encore rendre son avis. Les mandats de quatre de ses six directeurs sont arrivés à échéance au début de cette année, et leur remplacement tarde. On voudrait affaiblir le régulateur qu’on ne s’y prendrait pas autrement, s’alarme un observateur du secteur belge de l’énergie. N’oublions pas qu’une certaine part du monde politique est très soucieuse de préserver les intérêts de Suez...

Jean-Yves Huwart

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