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Un article de Sylvestre HUET paru dans Libération le 14 novembre 2005

Le plan Climat perd du temps

lundi 14 novembre 2005 par Sylvestre Huet
Environnement. Maigre bilan pour le programme gouvernemental lancé en 2004.

Ce matin, le gouvernement a « rendez-vous » avec le Climat, appellation officielle des deux jours de bilan et de réflexion dont la tenue annuelle est prévue par le plan Climat adopté en 2004. De quoi lui sortir un peu le nez des violences urbaines ? Même pas, puisque le discours du Premier ministre, prévu aujourd’hui, a été reporté à demain pour cause de Conseil des ministres avancé à ce jour. De quoi se refaire une petite santé en montrant son souci du long terme et des générations futures ? Non plus, si l’on en juge par les critiques acerbes (lire ci-dessous) sur la mise en oeuvre dudit plan.

Modeste par ses objectifs ­ ne pas dépasser en 2010 les émissions de gaz à effet de serre de 1990, selon les engagements du protocole de Kyoto ­, le plan climat n’est même pas assuré de parvenir à ses fins. Surtout en raison de l’augmentation des émissions des transports routiers (+ 23 % entre 1990 et 2003). Une trajectoire qui augure mal du sujet de réflexion proposé à ce colloque : Comment réaliser le « facteur 4 » ­ la division par quatre des émissions du pays d’ici à 2050 ?

Scientifique. C’est pourtant l’ordre de grandeur que devrait respecter l’ensemble des pays industrialisés afin d’éviter que le changement climatique prenne un tour carrément violent. C’est ce qu’explique un rapport de 138 pages édité par Greenpeace France, rendu public jeudi. « Ce document aurait pu être produit par la mission interministérielle sur l’effet de serre. Le contenu aurait été le même », précise Jean Jouzel ­ président de l’Institut Pierre Simon Laplace et membre du bureau du groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique de l’ONU. Une façon d’insister sur son origine 100 % scientifique, qui se traduit notamment par la mention des méconnaissances et incertitudes, et par son ton dénué de catastrophisme qui met l’accent sur les responsabilités politiques (la ressource en eau ne dépend pas que de la pluie mais aussi des usages). Réalisé par une start-up issue du CNRS ­ la société Climpact, spécialisée dans la prévention du risque climatique ­, ce rapport écrit entre juillet et octobre par une brochette de scientifiques français et étrangers propose une synthèse appuyée sur les publications les plus récentes [1].

Incertitudes. Excellent résumé des connaissances et des incertitudes du dossier climat à l’échelle planétaire, il propose un zoom sur la France. Exercice que les scientifiques ont réalisé « malgré les incertitudes accrues de toute approche régionale », explique Hervé Le Treut (laboratoire de météorologie dynamique, CNRS, Paris 6). Ceux-ci ont donc préféré exposer des « scénarios » de vulnérabilité montrant que si le réchauffement planétaire dépasse un seuil d’environ 2 °C à l’horizon 2100, il se traduira par un vrai bouleversement en France : une hausse moyenne de plus de trois degrés, « un été sur deux au moins aussi chaud que celui de 2003 », des précipitations estivales dont la baisse peut aller « jusqu’à 35 %», la disparition de tous les glaciers de montagne à l’exception du Mont-Blanc...

Des évolutions à fortes répercussions (agriculture, tourisme, gestion des forêts, urbanisme) dont le coût sera d’autant plus élevé que le rythme du changement climatique sera rapide et ses détails imprévisibles, note l’économiste Jean-Charles Hourcade.

[1] Libération du 6 juin 2005.

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