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Le « plan » de Butler et de la Connex

mardi 11 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
Le fond d’investissement et la filiale de Veolia prévoient la suppression de 400 postes.

Intitulé « Notre projet industriel pour la SNCM », ce document de vingt-quatre pages a été remis, vendredi dernier lors d’une réunion en préfecture de région à Marseille, par les deux repreneurs aux syndicats d’officiers qui avaient fait le déplacement. CGT, FO, CFDT et CGC avaient réfusé le principe même d’une telle rencontre. Rappelons que Butler Capital Partners est un fonds d’investissement franco-américain spécialisé dans le rachat d’entreprises en difficulté et leur revente. La Connex est la filiale « transports » de Veolia Environnement (ex-Vivendi). Extraits et décryptage.

Chapitre I : rappel sur la situation du marché

Une série de tableaux et courbes livrent quelques données. On y constate notamment que le nombre de passagers empruntant la SNCM à destination de la Corse a commencé à chuter avec la fin du monopole des subventions publiques - exigées par la Commission européenne - et le versement, en 2002, d’une allocation à la compagnie privée italienne Corsica Ferries d’une « aide sociale » de 15 euros par passager. En 2004, la SNCM est ainsi à son plus bas depuis 1996-1997 alors qu’elle avait amorcé une remontée de 1998 à 2001. Conséquence de la concurrence de Corsica Ferries et du « confinement » de la mission de service public sur le seul port de Marseille : la part de marché de Toulon ne cesse de progresser (7 % en 2000, 28 % en 2004) au détriment du port phocéen (48 % en 2000, 36 % en 2004). Côté prix, si les offres de la SNCM et de la Corsica Ferries sont équivalentes en basse saison, la compagnie italienne casse les tarifs en haute saison (de - 12 % à - 16 %, par rapport à la SNCM). On y apprend enfin que la SNCM se montre compétitive sur l’Algérie : + 32 % entre 2001 et 2004 pour un marché en expansion de 17 %.

Chapitre II : les faiblesses de la SNCM

Sont énumérées : une flotte en décalage par rapport aux besoins, des rotations permettant une faible utilisation des navires et équipages, une attractivité qui s’est beaucoup dégradée (impact des conflits sociaux successifs, qualité du service, distance de la Corse (1), une productivité à améliorer).

Chapitre III : les atouts de la SNCM

« La SNCM et Marseille restent la meilleure "marque" pour aller vers la Corse : image forte et connue dans toute l’Europe, Marseille est le débouché naturel en arrivant du Nord (avion, TGV, voiture et surtout fret). La SNCM et la Corse sont indissociables. »

Chapitre IV : notre vision

La continuité territoriale, la poursuite du développement vers le Maghreb, le développement sur d’autres marchés dans le bassin méditerranéen sont cités comme priorités. Le scénario retenu est celui d’une augmentation d’activité. « Sur la Corse : croissance moyenne de 3,4 % par an. Renouvellement de la DSP (délégation de service public) et croissance du trafic de 2,1 % par an. » « Sur le Maghreb : croissance moyenne des recettes de 5,4 % par an. »

Chapitre V : plan d’action

« Orientation client final de toute l’entreprise. Fidéliser le client avec la continuité territoriale. Optimiser la performance et la qualité du service. Optimiser les lignes desservies. Renouvellement des navires. Redéployer et ouvrir de nouvelles lignes. Coopération avec la CMN. » Chacun de ses objectifs est ensuite décliné.

Conclusion

« Réussir ensemble. L’orientation client. La nécessité d’augmenter le chiffre d’affaires. L’obligation d’améliorer la productivité. » « Mobiliser l’entreprise. Mettre en place une nouvelle politique sociale : plan de progrès et actionnariat salariés, plan de formation et développement des compétences, place des CDD dans l’entreprise, communication, respect et confiance. Des réductions de postes (400) sans licenciements secs. »

Interrogé après la lecture de ce document, un élu CGT au comité d’établissement commente : « Vous enlevez les phrases creuses, style "réussir ensemble" et les considérations sur "la nouvelle politique sociale", CDD à l’appui, il reste une double confirmation de nos analyses : la concurrence déloyale de la Corsica a plombé la SNCM, mais la compagnie a un potentiel de développement. Pour ça, pas besoin de la vendre à l’encan à un requin de la finance. »

(1) Des trois ports français desservant la Corse, Marseille est le plus éloigné.

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