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Alain Faujas | Le Monde du 06.07.07.

Le président brésilien promeut les agrocarburants en Europe

vendredi 6 juillet 2007 par Alain Faujas
Après Lisbonne mercredi 4 juillet, le président brésilien Luiz Inacio "Lula" da Silva devait poursuivre, jeudi 5 à Bruxelles, sa tournée européenne de promotion des biocarburants. Dans la capitale portugaise, il a signé avec l’Union européenne un "partenariat stratégique" dans lequel figure un accord pour rechercher "des solutions innovatrices dans le domaine des biocarburants".

Au cours de la conférence internationale sur les carburants issus des produits agricoles qu’il devait inaugurer jeudi 5 juillet, Lula devait une fois de plus plaider pour cette source alternative d’énergie. Et rappeler, comme il l’a fait dans Libération de jeudi 5 juillet, "qu’en additionnant à l’essence 25 % d’éthanol dérivé de la canne à sucre ou en utilisant de l’alcool pur dans des voitures "flex fuel", nous avons réduit de 40 % la consommation et l’importation de carburants fossiles et avons évité d’émettre, depuis 2003, plus de 120 millions de tonnes de gaz carbonique". Le président brésilien prêchera des convaincus puisque l’UE a prévu de faire passer le volume d’oléagineux - surtout du colza - destinés à la production d’agrocarburants d’un peu plus de 10 millions de tonnes en 2006 à 21 millions de tonnes en 2016.

Pourtant des voix commencent à s’élever pour souligner les inconvénients de ces carburants, souvent présentés comme la panacée pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux pays développés de retrouver une partie de leur indépendance énergétique face aux pays producteurs d’hydrocarbures.

C’est ainsi que Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce, devait dire, au cours de la conférence internationale sur les biocarburants, que l’Union européenne ne pouvait pas laisser la réorientation en leur faveur tourner "à la ruée insoutenable du point de vue de l’environnement dans le monde en développement".

Impossible, devait-il déclarer, de tolérer à leur profit "la destruction de champs après celle de récoltes (...) ou le sacrifice de forêts tropicales". Le commissaire fait ainsi allusion aux défrichages des forêts brésiliennes ou indonésiennes afin de libérer des surfaces pour y planter canne à sucre ou palmiers à huile. Il se réfère aussi aux augmentations de prix que provoque la réorientation des céréales vers les raffineries d’agrocarburants : la tortilla mexicaine a doublé de prix depuis que les Etats-Unis ont multiplié leurs raffineries fonctionnant avec du maïs.

Après la Banque mondiale (Le Monde du 5 juin), l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont confirmé, mercredi 4 juillet, le renchérissement en cours des produits agricoles sous l’effet de l’explosion de la demande d’agrocarburants.

Dans leur rapport "Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2007-2016", ces institutions estiment que les produits des céréales pourraient atteindre, en 2016, des prix de 20 % à 50 % supérieurs à leur moyenne des dix dernières années.

"Les biocarburants ont modifié la structure des marchés agricoles, commente Loek Boonekamp, qui a piloté l’étude pour l’OCDE. Le phénomène continuera à moyen terme, même si trois incertitudes demeurent : les pays de l’OCDE continueront-ils à subventionner largement ces carburants alternatifs qui ne sont pas rentables pour le moment ? Le prix du pétrole se maintiendra-t-il suffisamment haut pour rendre attractifs les biocarburants ? Enfin, la technologie progressera-t-elle pour permettre d’utiliser les parties non comestibles des plantes (maïs, canne à sucre) dans la fabrication des biocarburants ?"

Le rapport reconnaît que l’augmentation des prix est bénéfique pour les agriculteurs de tous les pays auxquels elle apporte un précieux complément de revenus. Mais elle a aussi des effets pervers. Pas pour les économies développées, car les matières premières pèsent peu dans les prix des produits finis. Pour M. Boonekamp, 20 % de hausses des prix des matières premières agricoles généreraient seulement un renchérissement de 1 % des produits mis en vente. Il n’en va pas de même pour les pays pauvres. "Certes, nous ne voyons pas de grandes pénuries sur les marchés agricoles dans les dix ans à venir, affirme M. Boonekamp. En revanche, la hausse des prix provoquera une pauvreté relative dans les pays importateurs de céréales, notamment les plus pauvres où les citadins devraient pâtir de cette nouvelle donne."

Toutefois, l’étude relativise l’impact des agrocarburants sur cette inflation annoncée. La première cause de hausse des prix a été météorologique et la division par deux de la récolte de blé australienne en 2006 a réduit spectaculairement les stocks mondiaux et traumatisé les marchés. L’augmentation de la population et du pouvoir d’achat des pays en développement accroît, elle aussi, la demande de produits agricoles et reporte celle-ci sur les produits d’élevage obtenus eux aussi avec une alimentation à base de céréales.

En tout état de cause, l’étude OCDE-FAO prédit un développement plus fort des échanges dans les pays hors OCDE et notamment entre pays du Sud, le Brésil et l’Argentine étant seuls capables de satisfaire la demande des mastodontes asiatiques de la consommation agricole que sont devenus la Chine et l’Inde.

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