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Julien Bouissou | Le Monde le 25 mai 2007

Le réchauffement climatique menace les glaciers de l’Himalaya

vendredi 25 mai 2007 par Julien Bouissou
Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers de l’Himalaya. Quarante-neuf stations climatiques, dispersées dans la chaîne montagneuse, ont enregistré, depuis le milieu des années 1970, une hausse de la température moyenne de 1,2 oC, soit le double de celle enregistrée sur la même période à cette latitude.

Les 32 000 kilomètres carrés de glaciers qui recouvrent l’Himalaya sont les premières victimes du réchauffement. Tous sont en voie de disparition, chacun à son propre rythme. Le glacier Gangotri, un lieu de pèlerinage hindou, long de 26 kilomètres, qui alimente le Gange, recule de 23 mètres par an. Celui de Bara Shigri, un des glaciers les plus importants d’Inde, recule de 36 mètres par an.

Les scientifiques ont mis en évidence le phénomène en utilisant des photographies satellites. Pris par l’organisation indienne de recherche spatiale, ces clichés montrent une diminution des glaciers de 21 % dans les bassins de Chenab, de Parbati et de Baspa, au nord de l’Himachal Pradesh. "Les glaciers de moins de 1 kilomètre carré, avec une diminution moyenne de 38 %, sont les plus vulnérables, et les grands glaciers se fragmentent en différents morceaux", explique Anil Kulkarni, chargé du projet à l’organisation indienne de recherche spatiale.

Le réchauffement des températures ne fait pas seulement fondre les glaciers. Il écourte les périodes pendant lesquelles ces derniers se forment. "Avec un hiver de plus en plus tardif, les flocons de neige ne disposent plus du temps nécessaire pour se transformer en glace, explique Syed Iqbal Hasnain, un glaciologue indien. Enfin, lors de la mousson, ce n’est plus de la neige, mais de la pluie, qui arrive à une certaine altitude", poursuit-il.

"La fonte va, dans un premier temps, augmenter le débit des fleuves", explique Rajesh Kumar, de l’Institut technologique Birla, à Jaipur. Ce scientifique indien a étudié, avec une équipe britannique du Centre d’écologie et de l’hydrologie, les répercussions de la fonte des glaciers sur le Gange, le Brahmapoutre et l’Indus. Les débits des fleuves atteindront un pic entre 2050 et 2070, avec des crues dévastant les cultures et les habitations au bord des fleuves. Le relief des basses vallées de l’Himalaya sera aussi affecté à cause de gros glissements de terrain.

Une fois que les glaciers auront fondu, le Gange, le Brahmapoutre et l’Indus ne seront plus alimentés. Or 80 % des ressources en eau du Gange, par exemple, proviennent de la fonte des glaciers. Dans un rapport publié le 6 avril, le Groupe d’experts pour l’étude du climat (GIEC) a émis l’hypothèse que les fleuves indiens puissent devenir saisonniers. Secs en hiver, ils seraient remplis par l’eau de la mousson en été.

La décrue des fleuves pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les habitants des plaines du nord de l’Inde. L’irrigation, la production d’énergie hydroélectrique et les ressources en eau potable seraient affectées. Le WWF se prépare déjà à une telle éventualité. "Nous allons bientôt expérimenter des programmes dans deux villages sur le bord du Gange afin d’aider les paysans à adapter leurs méthodes de culture, en cas de crue puis de décrue du fleuve", explique Prakash Rao, chargé du programme de lutte contre le réchauffement climatique. La décrue du Gange pourrait affecter 40 millions de personnes habitant jusqu’à New Delhi, car le fleuve sacré alimente la capitale indienne via des canaux.

Pour remplacer les glaciers naturels en voie de disparition, un ingénieur a commencé à construire des glaciers artificiels dans les hauts plateaux du Ladakh en détournant l’eau des rivières. Celle-ci est stockée dans des bassins à flanc de montagne à plus 4 000 mètres d’altitude. "Mais le travail de l’homme peut-il remplacer celui de la nature ?", s’interroge, sceptique, Syed Iqbal Hasnain. "Sans réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous allons droit vers la catastrophe, poursuit-il, et le sous-continent indien est directement responsable, car les glaciers de l’Himalaya sont particulièrement sensibles au gaz à effet de serre émis dans la région."

Le 16 mai, plusieurs ministres du gouvernement indien se sont réunis pour mettre au point une stratégie de lutte contre le réchauffement climatique. "Une réunion de plus, avec toujours aucune mesure à l’horizon", conclut, avec amertume, Syed Iqbal Hasnain.


Les trois fleuves indiens

Le Gange : long de 2 510 kilomètres, il prend sa source dans le glacier de Gangotri, à 7 756 mètres d’altitude, dans l’Himalaya, et se jette dans la baie du Bengale, au Bangladesh. Il fait subsister plus de 400 millions d’habitants, dont la majorité vivent grâce à l’agriculture.

Le Brahmapoutre : long de 2 900 kilomètres, il prend sa source dans les massifs himalayens du Tibet, puis passe par l’Inde avant de se jeter dans le delta du Gange, au Bangladesh.

L’Indus : long de 3 200 kilomètres, il prend sa source au Tibet, traverse l’Inde et se jette en mer d’Arabie, à Karachi, au Pakistan. Source principale d’eau potable au Pakistan, il irrigue les plaines agricoles du Pendjab, au nord de l’Inde.

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