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Sébastien Crépel , Grégory Marin| L’Humanité du 30.11.2007

Le salaire réel moyen en recul depuis 2000

samedi 1er décembre 2007 par Sébastien Crépel, Grégory Marin
L’INSEE montre que les revenus salariaux réels ont baissé en France, alors que la productivité y est très forte et le coût du travail pas plus élevé qu’ailleurs.

L’étude de l’INSEE sur la rémunération du travail en France écorne bien des idées reçues sur le coût du travail en France prétendument trop élevé, et les 35 heures hebdomadaires qui seraient un frein à la compétitivité. Des salaires et des charges prohibitifs ? Le « coût du travail » horaire moyen (somme des salaires et traitements, des cotisations sociales et d’autres coûts comme la formation) n’a que légèrement cru entre 1996

et 2004, note l’INSEE, en hausse annuelle moyenne de 3,2 %, équivalente à la progression moyenne des pays d’Europe occidentale (ex-Europe des Quinze). La France y est classée en cinquième position des pays au « coût horaire le plus élevé », juste devant l’Allemagne. Calculé sur un temps plein, le coût annuel moyen d’un salarié en France a progressé moins vite que chez nos voisins (1,6 % en moyenne annuelle hors inflation), au point que le salaire annuel moyen (42 330 euros) est inférieur à la moyenne - européenne des Quinze (42 590 euros), la France arrivant seulement au neuvième rang, loin derrière la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni ou l’Allemagne.

En revanche, la productivité horaire en France (quantité de richesses produites par un salarié en une heure) a bondi, au point de passer très nettement (+ 8 %) devant l’Allemagne, et de surclasser l’Europe des Quinze (16,5 % de mieux en moyenne en 2004, contre 11,6 % en 1996).

Pourtant, les salariés français n’ont pas retrouvé les fruits de leur travail sur leurs fiches de paie. Entre 2000 et 2005, les salaires n’ont crû en moyenne que de 0,5 % pour les salariés à temps plein du privé. Le revenu salarial de tous les salariés du secteur privé, incluant les temps partiels, a même baissé de 0,1 % par an sur la même période, et se situe au même niveau qu’en 1978 en euros constants ! L’INSEE prévoit un rebond en 2006, après la stagnation de 2003-2004. Mais profitera-t-il à tous les salariés, en particulier aux plus modestes ? L’étude montre en effet des disparités entre les catégories socioprofessionnelles, à relier à l’évolution de l’emploi dans les secteurs concernés. Ainsi, on apprend que les ouvriers - auraient bénéficié, avec les cadres, des augmentations les plus significatives de leurs revenus depuis 2000 (respectivement + 0,8 % et + 0,3 % par an), tandis que les employés et des professions intermédiaires ont connu une stagnation (entre 0 et + 0,1 % par an). Des résultats qu’il faut relativiser pour les ouvriers, traduisant la part accrue des emplois qualifiés dans une profession qui perd des effectifs depuis 2002, notamment des jeunes moins bien payés que leurs aînés, mais aussi l’impact des revalorisations successives du SMIC, souligne l’INSEE.

Calculés pour des temps pleins, ces chiffres ne rendent pas compte non plus de la montée de la précarité et des revenus salariaux réels des Français, avec une proportion d’emplois à temps partiel, intermittents et intérimaires ayant grimpé de 17 % à 31 %, entre 1978 et 2005, relève l’étude. Le revenu salarial moyen a ainsi atteint 16 800 euros en 2005 pour tous les salariés, soit 29 % de moins que le salaire annuel moyen pour un temps complet dans le privé (22 842 euros). L’INSEE voit dans « le développement des situations précaires » la cause essentielle du recul du revenu salarial moyen de 0,5 % depuis 2000.


Pouvoir d’achat : Sarkozy face à son échec revenus . Six mois après son élection, les recettes de Nicolas Sarkozy et de sa majorité UMP n’ont pas répondu aux attentes des Français.

L’UMP a-t-elle épuisé toutes ses propositions en matière de pouvoir d’achat ? C’est ce qu’il semblait, cette semaine, avant même que Nicolas Sarkozy ne prenne la parole, hier soir, à la télévision. Le « président du pouvoir d’achat » ne devait pas explorer de nouvelles pistes de réflexion que celles annoncées jusqu’ici [1] : simplification du processus de défiscalisation des heures supplémentaires, loi Chatel sur la consommation (lire par ailleurs). Et même si l’Élysée et Matignon planchent sur une réforme du mode de fixation des loyers selon l’indice du coût de la vie, le président de la République est à

la peine sur son « grand chantier ». La conférence sur l’emploi et le pouvoir d’achat du 23 octobre ? « Un fiasco », déplore Bernard Thibault, secrétaire national de la CGT. « Le slogan "travailler plus pour gagner plus" atteint objectivement ses limites, et il y a urgence sur la question », prévient le syndicaliste. Six mois après son élection, l’opinion des Français, dont Nicolas Sarkozy se prévaut à chaque réforme engagée, commence en effet à changer. Ils ont élu un « président du pouvoir d’achat » qui se révèle inefficace. Un sondage TNS-SOFRES le donne à 49 % de confiance, contre… 49 % de mécontents, son score le plus bas depuis 2002.

« pas l’ombre d’une idée originale »

Comment faire pour répondre à la préoccupation numéro un du pays ? Lundi, l’entourage du premier ministre, François Fillon, avait pourtant lancé un grand « brainstorming » sur la question. Mais du cerveau des ministres, comme de celui des députés UMP, pas grand-chose n’est sorti. Pas mieux pour les « connards de Bercy », insultés par le président de la République lors de son voyage en Chine, selon le Canard enchaîné. Les hauts fonctionnaires du ministère de l’Économie n’auraient « pas l’ombre d’une idée originale ». « Lorsque j’étais à Bercy, c’est moi qui avais dû trouver des mesures pour relancer le pouvoir d’achat », aurait même lancé Nicolas Sarkozy. Sans propositions de son gouvernement ou de sa majorité, difficile pour lui de faire les « annonces claires » que le porte-parole du gouvernement, - Laurent Wauquiez, prédisait. Alors, avant l’intervention télévisée du président de la République, la majorité a trouvé le moyen d’éviter l’écueil du pouvoir d’achat : lancer une opération de détournement

de l’opinion. Mardi matin, consigne a été passée aux parlementaires UMP d’éviter la question qui fâche jusqu’à hier soir. Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi et mercredi, les députés UMP ont saisi au bond le prétexte des violences à Villiers-le-Bel pour ne pas parler du pouvoir d’achat. Le Figaro d’hier publiait deux pages sur les - violences, fortement orientées « sécurité » : « Banlieues : Sarkozy reprend la main », « Le chef de l’État veut relancer la politique de sécurité », « Comment le Raid traque les tireurs de Villiers-le-Bel ». Sans compter des articles pour soutenir les forces de police (« Le rapport de l’expert judiciaire dédouane les policiers », « Commissaire courage raconte son lynchage »), pour stigmatiser le « désir de vengeance » des jeunes banlieusards ou présenter l’avocat des victimes, Jean-Pierre Mignard, comme « avocat de Royal et des banlieues »… Mais pas une ligne sur le pouvoir d’achat, malgré l’actualité autour de cette « question angoissante », selon les mots de Nicolas Sarkozy. Pour avoir une idée des mesures proposées par la droite, il fallait regarder ailleurs.

Frédéric Lefebvre, secrétaire national UMP à l’économie, animant le groupe de travail de la majorité sur le pouvoir d’achat, n’a pas craint de réactiver l’antienne libérale : « Si les salaires sont plus bas en France que dans les pays européens comparables, c’est notamment à cause des 35 heures », s’est enflammée l’éminence grise de Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale. « Les 35 heures coûtent 20 milliards d’euros d’aides publiques, sans pour autant avoir créé les emplois promis », fustige le député. Critiquant les propositions socialistes (lire l’Humanité d’hier), ignorant celles du PCF sur la revalorisation du SMIC, il prône une politique de « bonus-malus ». Il entend « donner plus » aux entreprises « qui jouent le jeu » en permettant le rachat des RTT par l’employeur. Visant explicitement les syndicats, il demande « que les partenaires sociaux » se saisissent de cette « idée simple » : « Mettre sur la table des négociations dans les entreprises, chaque année, les augmentations de salaire. » Le député feint d’ignorer que depuis des années, le MEDEF renâcle à mener les négociations salariales. Moins d’un tiers des entreprises respecteraient la loi qui impose une négociation salariale chaque année, selon le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

[1] À l’heure où nous mettons sous presse, nous ne pouvons rendre compte de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy.

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