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Paule Masson | L’Humanité du 21 mai 2007

Le syndicalisme européen face à l’Europe libérale

lundi 21 mai 2007 par Paule Masson
Congrès. La Confédération européenne des syndicats ouvre aujourd’hui son 11e Congrès à Séville et veut ajouter un « protocole social » à la constitution.

« Le monde mérite mieux que d’être géré par des spéculateurs », a lâché John Monks, mercredi dernier à Paris, lors d’une réunion mondiale des syndicats tenue en marge du forum annuel de l’OCDE. À cette occasion, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) a réclamé la mise en place d’une « taxation » des fonds d’investissements, jugés responsables de l’agressivité du capitalisme financier contre les salariés. Construire une parade à l’emprise croissante de ces fonds sur l’économie, qui achètent et vendent des entreprises dans le seul but de réaliser du profit, fait désormais partie des objectifs du syndicalisme mondial... et européen.

Une dimension sociale plus forte

Le 11e Congrès de la CES s’ouvre aujourd’hui à Séville (Espagne). Dans leur message de bienvenue, John Monks et Candido Mendez, président de cette confédération qui compte plus de 60 millions de salariés européens, estiment nécessaire « d’affronter le développement du capitalisme financier sauvage qui change la donne et confère un pouvoir surdimensionné aux actionnaires au détriment des travailleurs ». Non que la CES se soit découvert des vertus révolutionnaires, mais les mutations économiques du monde et la place que l’Europe a prise dans la libéralisation des échanges pousse ce syndicat plutôt réformiste, négociateur et de tradition lobbyiste, à hausser le ton. Les refus français et néerlandais d’entériner le traité constitutionnel européen, que la CES continue de soutenir, ont contribué à une prise de conscience de la panne sociale à l’oeuvre dans la construction européenne. La chancelière allemande Angela Merkel (actuelle présidence de l’Europe) mène des négociations sur l’avenir du TCE. John Monks, qui devrait ouvrir le congrès ce matin en évoquant son « regret du manque actuel de la dimension sociale du marché intérieur de l’UE », réclame d’instiller dans le texte « une dimension sociale plus forte, répondant aux préoccupations concernant des questions telles que la sécurité de l’emploi ». La CES s’inquiète du développement des insécurités sociales, des fermetures d’entreprises et délocalisation, des mesures qui alimentent le dumping social entre les salariés de différents pays. Elle milite pour « l’ajout d’une déclaration sociale et d’un protocole social à la constitution ».

Un syndicalisme qui propose

Le congrès, qui se réunit tous les quatre ans, est cette année placé sous le signe d’une « nouvelle étape dans l’édification du mouvement syndical européen ». Intitulé « À l’offensive pour plus d’Europe sociale, plus de solidarité, plus de développement durable », les travaux devraient permettre d’adopter jeudi prochain un « manifeste de Séville » précisant la stratégie et le « plan d’action » à venir. « Au cours des dernières années, les syndicats ont généralement été poussés à la défensive en raison de la déréglementation, du néolibéralisme et du chômage élevé. Il est temps aujourd’hui de passer à l’offensive », justifie John Monks. Le projet de manifeste évoque une « organisation qui soit en mesure de critiquer et de mobiliser, mais qui puisse aussi proposer, négocier et agir ». Cinq domaines sont particulièrement ciblés : le marché du travail, le dialogue social, la gouvernance économique et environnementale, l’Europe politique et un syndicalisme plus influent. Le congrès est organisé autour de cinq sessions qui intègrent en général des tables rondes et orateurs invités. Parmi eux figurent José Manuel Barroso, président de la Commission européenne ; Guy Ryder, le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale ; Ernest-Antoine Seillière, président de BusinessEurope ou encore José Luis Zapatero, président du gouvernement espagnol.


La CES, c’est quoi ?

La CES regroupe aujourd’hui 81 confédérations syndicales de 36 pays et 12 fédérations syndicales européennes. Elle rassemble au total 60 millions de travailleurs. Née en 1973, elle s’affirme de plus en plus comme une confédération syndicale à part entière, qui coordonne les actions de ses affiliés, prend des initiatives en tant que telles (manifestations, contre-sommet, etc.), négocie avec le patronat ou les autorités politiques européennes. « On ne peut pas dire, 30 ans après sa fondation, que ce soit l’instrument efficace dont les travailleurs ont besoin. Mais c’est une réalité incontestable et un projet de futur », assure Emilio Gabaglio, qui fut son secrétaire général de 1991 à 2003, et vient de publier un ouvrage avec Juan Moreno, dirigeants des Commissions ouvrières espagnoles, intitulé le Défi de l’Europe sociale.

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