Liste des auteurs

Ixchel Delaporte | L’Humanité du 13.09.2008

Le syndicalisme,un effort à contre-courant

lundi 15 septembre 2008 par Jean Magniadas, Ixchel Delaporte
René Mouriaux et Jean Magniadas présentent un état des lieux du phénomène syndical à l’heure de l’internationalisation.

Le syndicalisme au défi du XXIe siècle, ouvrage coordonné par René Mouriaux et Jean Magniadas. Éditions Syllepses,Espaces Marx, 2008, 240 pages, 18 euros.

« Pas de syndicalisme sans identité de classe, sans opposition à un adversaire, sans projet »… Relevée dans la préface de votre livre, cette condition est-elle nécessaire pour construire le syndicalisme du XXIe siècle ?

René Mouriaux. La nature même du syndicalisme pose problème. Il n’y a pas d’accord sur ce qu’il est et ce qu’il doit faire. Ce désaccord est à la fois politique et scientifique. Il porte d’abord sur la situation sociale, sur les causes d’un affaiblissement syndical reconnu par tous, puis il porte sur les objectifs. Les symptômes d’une crise syndicale existent de façon flagrante. Il y a une diminution des syndiqués et des capacités de négocier. Le désaccord concerne la diminution de la conflictualité. Certains s’en réjouissent pensant qu’il faut un syndicalisme raisonnable, assagi. Notre livre s’inscrit en contradiction avec cela. La baisse de la conflictualité est le signe d’un affaiblissement. Cela renvoie à l’identité d’une classe, sa capacité à se mobiliser, à se dresser contre son adversaire et contre les formes d’exploitation dont les salariés sont victimes. Le ministère du Travail par exemple reconnaît que la santé au travail est moins bonne et que le taux de suicide augmente. Il y a aussi un désaccord sur les causes de cette crise du syndicalisme. Proviennent-elles d’un individualisme ou du fait que les syndicats ne seraient plus adaptés, auraient une culture en décalage avec ce que veulent les salariés. Proviennent-elles de l’offensive patronale, d’une augmentation du salariat et d’une difficulté inhérente ? La cause du déclin du syndicalisme réside dans le changement du rapport de force.

Quelles sont les adaptations ou les changements auquel le syndicalisme est confronté ?

René Mouriaux. Il y a des syndicalismes en concurrence. Le syndicalisme français, dans sa composante la plus exigeante voulant accomplir la double besogne, s’inscrit dans une histoire qui remonte à l’AIT (Association internationale du travail), fondée en 1864. La résolution sur les syndicats est annonciatrice de la charte d’Amiens qui édicte une double besogne de protection et de défense des salariés mais aussi une tâche à long terme de transformation sociale. Tout le monde ne partage pas cette idée. Nous ne sommes plus aujourd’hui dans le monde de 1864 ou de la création de la CGT en 1895, ou du Front populaire. Nous sommes en 2008 ! Nous sommes entrés dans une confrontation avec une révolution conservatrice made in France dont l’acteur principal est Nicolas Sarkozy. Le syndicalisme a déjà changé. Il a pris une dimension d’internationalisation. Sur le plan européen, des concertations communes européennes existent. Une adaptation est en cours mais elle n’est guère unanime. Elle est fractionnée selon les courants. La CFDT est de loin aujourd’hui l’organisation la mieux coordonnée sur le plan interne. Elle vise à l’aménagement du capitalisme et ne croit pas à une transformation sociale profonde. Ce n’est pas la même ligne que la CGT ou la FSU… Les évolutions ne sont pas convergentes. Il y a un appel pour le 7 octobre en réponse à une proposition d’action mondiale de la confédération des syndicats internationale mais cette appartenance commune ne supprime pas les divergences hexagonales. Nous ne sommes plus dans la même phase du capitalisme. Le syndicalisme ntient pas suffisamment compte étant donné ses divisions et son manque d’adhérents. Au moment où l’offensive patronale est la plus forte, les salariés ont moins envie de se battre. Cela renforce le repli. Mais l’action syndicale n’est jamais naturelle au sens où spontanément les salariés ne pensent pas à s’unir. Le marché du travail est porteur d’une rivalité. Le syndicalisme est alors un mouvement contraire qui représente un effort continu. C’est donc une construction historique difficile.

L’ouvrage sera présenté au village du livre de la Fête de l’Humanité, samedi 13 septembre à 13 h 15, en partenariat avec Espaces Marx.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !