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Clothilde Matthieu | L’Humanité le 09.10.2008

Le système bancaire : une affaire publique

vendredi 10 octobre 2008 par Clotilde Mathieu

Décryptage . Nouvelle chute des places boursières hier. Le CAC 40 perdait 6,31 % à la clôture, malgré l’avalanche de mesures des divers gouvernements. Londres recapitalise ses principales banques. Le débat sur les nationalisations est relancé. En France, l’idée de créer un pôle public bancaire pour réorienter le financement de l’économie gagne du terrain.

Une facture de 1 400 milliards, pour le moment…

Un plan de sauvetage américain de 700 milliards de dollars, de 30 milliards d’euros pour les Espagnols, de 3 milliards en France pour sauver Dexia, 22 milliards dans les poches des banques françaises pour « des crédits consacrés au financement des PME ». Plusieurs milliers de milliards de dollars dilapidés dans le marché monétaire, baisse de taux d’intérêt… autant d’interventions des pouvoirs publics qui pourtant n’ont pas été à même de ramener le calme sur les places financières européennes. Des mesures destinées à combler les 1 400 milliards de dollars de pertes subies depuis le début de la crise, selon le FMI, ou 1 700 milliards, selon JP Morgan. Or ce qui importe le plus n’est pas tant de couvrir les pertes, mais plutôt d’empêcher que la crise du crédit n’étrangle l’ensemble de l’économie. Les Français, qui souffrent déjà de la baisse de leur pouvoir d’achat, sont devenus plus prudents dans leur vie quotidienne et taillent dans les dépenses. Ainsi, les prix des logements anciens, après plusieurs années fastes, ont baissé de 2,9 % au troisième trimestre, selon des chiffres publiés cette semaine par la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM). Conséquence de cette moindre propension à consommer, les entreprises souffrent, d’autant qu’elles sont elles aussi victimes du durcissement des conditions du crédit. Un scénario catastrophe qui semble pour l’instant retenu par les investisseurs.

L’opportunité réelle d’un pôle public bancaire

Alors que les Bourses poursuivaient leur semaine noire, le gouvernement britannique annonçait hier une prise de participation de l’État dans les banques les plus frappées par la crise, pour une valeur de 50 milliards de livres (65 milliards d’euros), ce qui s’apparente à une nationalisation partielle. Un premier pas vers la construction d’un pôle public outre-Manche ? Rien n’est moins évident. François Fillon, qui s’est félicité de la décision de son homologue Gordon Brown, en précise selon lui la portée. « Il s’agit d’intervenir financièrement, sans délai. L’État a besoin de cette structure qui permettra, en cas de besoin, de mettre en oeuvre notre stratégie qui consiste, au cas où une banque serait en difficulté, à la recapitaliser, à en maîtriser la stratégie et la gestion, à la redresser et à remettre les participations de l’État sur le marché lorsque les circonstances le permettront. » En d’autres termes, on nationalise des dettes abyssales avant de rendre au privé un établissement assaini.

Un pôle public aurait pour vocation de réunir des établissements bancaires ou financiers publics, mutualistes et coopératifs tels que la Caisse des dépôts et consignations, la Banque postale, les Caisses d’épargne, les Banques populaires et autres (voir l’Humanité du mardi 6 octobre), mais il devrait également intégrer les banques sauvées de la faillite par l’injonction de fonds de l’État.

Or, actuellement, les prises de participation des États ne visent qu’à sauver du désastre les banques les plus en difficulté, sans bouleverser un mode de gestion tourné vers le rendement financier à excès, qui a conduit à la situation d’aujourd’hui. Cette nouvelle possibilité, motivée par l’ampleur de la crise, de nationaliser les banques ouvre la perspective d’un financement réel de l’économie et permettra de mettre fin à la dilapidation de notre épargne dans la spéculation. Dotées de nouvelles règles de gestion, ces banques auront pour mission de financer les projets des entreprises, en pratiquant une politique de crédit favorable à l’investissement productif de recherche et à l’emploi. Avec quelques variantes, cette proposition avancée au départ par le PCF fait du chemin à gauche. Attac, l’aile gauche du PS, la LCR sont acquis à la création d’un pôle public bancaire.

Une gestion démocratique des banques

Nationaliser et regrouper les banques entre elles ne suffit pas pour changer de cap. L’histoire nous rappelle que les divers gouvernements qui se sont succédé ont non seulement procédé à des privatisations dont on mesure aujourd’hui les conséquences funestes, mais ils ont aussi mis en échec les nationalisations en imposant aux établissements publics une gestion chaotique orientée vers la rentabilité financière. Les banques d’affaires se sont très fortement engagées dans les positions spéculatives. Alors pour ne pas renouer avec les erreurs du passé, ce pôle doit s’armer d’un principe de gestion simple : le crédit sélectif. Les banques devront distribuer un crédit très bon marché, quand celui-ci favorise les investissements productifs vraiment utiles à la société (emploi, formation, recherche), et très cher, quand il sert au contraire à des opérations purement financières. Pour s’assurer de ce bon fonctionnement, les établissements ne doivent pas être contrôler uniquement par l’État - cette garantie est insuffisante -, les usagers des banques, qu’ils soient particuliers, entrepreneurs ou élus, devront siéger dans les organes de décisions. De même, les salariés disposant de droits nouveaux pour intervenir dans la gestion de leur entreprise seront la meilleure garantie collective du respect des nouvelles règles, d’une nouvelle éthique bancaire, en incitant leurs sociétés à se financer dans les banques du pôle public plutôt que sur les marchés financiers.

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