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Une dépèche de Dominique Rodriguez (Reuters) parue sur liberation.fr le 11 mars 2006

Le ton se durcit après l’évacuation de la Sorbonne

lundi 13 mars 2006 par Dominique Rodriguez

PARIS - Le ton s’est durci entre le gouvernement et les opposants au contrat première embauche (CPE) après l’évacuation de l’université de la Sorbonne par les forces de l’ordre.

Le Premier ministre va tenter de reprendre la main dimanche soir à la télévision, à l’orée d’une semaine où syndicats et étudiants joueront leur va-tout pour obtenir le retrait de ce contrat de travail dérogatoire réservé aux jeunes.

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, rival de Dominique de Villepin pour la présidentielle de 2007, a écourté une visite aux Antilles pour gérer la crise des universités.

Les CRS sont intervenus au milieu de la nuit pour déloger quelque 200 manifestants qui occupaient la Sorbonne, symbole de mai 1968, depuis une douzaine d’heures.

Onze personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police. Deux autres, un photographe et un manifestant, ont été blessées, ainsi qu’une trentaine de policiers. Dans la foulée, quelques groupes ont tenté de continuer à manifester aux abords de l’université, avant d’être dispersés par les CRS.

Le ministre de l’Education nationale, sur France Info, s’est élevé contre des "casseurs" ne représentant, selon lui, qu’une "infime minorité" d’étudiants qui ont pris "le tournant de la violence".

Ces propos ont suscité une vive réaction de l’Unef, premier syndicat d’étudiants de France. Son président a parlé d’une "provocation" du gouvernement et dénoncé une "tentative de manipulation de la vérité".

"Nous avons l’impression que le gouvernement a décidé de répondre à la mobilisation étudiante par la matraque et la répression", a dit Bruno Julliard. "Si le gouvernement veut continuer à utiliser la force, nous allons vers de graves affrontements."

Gilles de Robien s’est rendu dans l’après-midi à la Sorbonne pour constater les dégâts, après deux jours d’occupation de l’université, une situation inédite depuis les événements de 1968.

"Voilà ce qui arrive quand on appelle à l’agitation", a dit le ministre en exhibant des livres anciens déchirés. "Celles et ceux qui ont appelé au mouvement et qui ne voulaient pas de dérapage doivent prendre conscience que maintenant ils seront responsables s’il y a de nouveaux dérapages."

"UN RISQUE DE CONFLIT"

Des ordinateurs, des tables, des chaises ont été jetés par les fenêtres, des portes ont été dégondées. Selon le rectorat de Paris, des bureaux ont été saccagés dans les locaux de l’Ecole des Chartes.

"Ils ont fait un grand feu dans la cour d’honneur de la Sorbonne et des livres d’une valeur inestimable ont apparemment servi de combustible", a déclaré à Reuters le directeur de cabinet du recteur, Nicolas Boudot.

Samedi après-midi, quelques dizaines de personnes se sont retrouvées à nouveau sur le parvis de la Sorbonne mais le rassemblement a tourné court.

En province, les occupations se sont poursuivies dans plusieurs facultés. Deux autres présidents d’université, à Toulouse et Nanterre, ont rejoint celui de Nantes pour demander à Dominique de Villepin de retirer le CPE face à l’exaspération croissante qu’ils disent ressentir parmi les étudiants.

"Il y a aujourd’hui un risque de conflit qu’il faut que le gouvernement comprenne", a commenté le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande.

"Après ce qui s’est passé à la Sorbonne, avec des images de brutalité", il a une nouvelle fois réclamé que "le gouvernement en termine avec son obstination, son entêtement, et ouvre des discussions sur le retrait du CPE".

"Après l’évacuation de la faculté de Tours la semaine passée, le gouvernement démontre qu’il perd pied, qu’il craint le mouvement de lutte contre le CPE, contre la précarisation généralisée", a pour sa part affirmé le Parti communiste.

La gauche, les syndicats et les principales organisations lycéennes et étudiantes appellent à de nouvelles journées d’action, jeudi et samedi prochains.

Très fragilisé moins de dix mois après son arrivée à Matignon en juin, Dominique de Villepin va tenter une contre-offensive dimanche soir, lors du journal de TF1. Jusqu’ici, le chef du gouvernement s’est refusé à aménager le CPE et s’est juste montré prêt à compléter son dispositif.

Pour désamorcer la crise, il devra politiquement s’appuyer sur le soutien que lui a apporté Nicolas Sarkozy.

Le président de l’UMP, sans rappeler à l’ordre ceux de la majorité qui ont exprimé des doutes sur la stratégie de Matignon, se refuse à capitaliser sur la faiblesse de son rival.

"Je ne veux pas régler des comptes, je veux gagner" en 2007, a-t-il confié aux Antilles.

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