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AFP / 19 décembre 2007

Les Charbonnages de France disparaissent, en pleine renaissance du charbon

jeudi 20 décembre 2007

PARIS - Les Charbonnages de France, symbole de l’histoire des mines en France, disparaîtront le 31 décembre, au moment où le charbon, abondant et bon marché, connaît un nouvel essor dans le monde.

Un décret marquera dans les prochains jours la dissolution de cette entreprise publique née en 1946, qui regroupait neuf houillères de bassin (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Loire, Cévennes, Blanzy, Aquitaine, Provence, Auvergne, Dauphiné) mais qui n’a pas résisté à la concurrence étrangère.

A leur apogée, les Charbonnages de France ont compté jusqu’à 360.000 salariés en 1947 et extrait jusqu’à 58,9 millions de tonnes de charbon en 1958.

Mais le charbon est devenu cher à extraire, "car il fallait aller le chercher en couches de plus en plus profondes, tout en respectant l’environnement et la sécurité", explique-t-on au ministère de l’Ecologie.

Parallèlement, la part du charbon dans la production d’électricité a diminué, passant de 30% en 1960 à 15% en 1985, alors que la France développait l’hydroélectricité et surtout le nucléaire (67% de la production en 1985).

Extraire une tonne de charbon coûtait, en 2003, 150 euros en France contre 40 euros en Australie, transport compris.

Le métier est dangereux et l’histoire des Charbonnages jalonnée d’accidents tragiques. Explosions et coups de grisou (gaz) entraînent la mort de dizaines de mineurs : 26 décèderont en 1959 à Merlebach (Lorraine), 22 en 1985 à Forbach (Moselle).

Bastion syndical, l’entreprise marque l’histoire sociale française.

Quand les objectifs de production sont revus à la baisse et le statut social des mineurs modifié en 1948, les mineurs font grève pendant deux mois. Le gouvernement mobilise l’armée. Les affrontements sont violents.

En 1963, une grève pour demander des augmentations de salaires est très suivie. Le gouvernement décide de réquisitionner des mineurs, en vain.

La création en 1967 d’une filiale, la Sofirem, société financière pour favoriser l’industrialisation des régions minières, sonne le début des politiques de reconversion des bassins houillers.

L’arrêt des embauches à Charbonnages en 1984 marquera un autre tournant. Les effectifs ont régulièrement fondu depuis leur création à 130.500 salariés en 1969, 61.000 en 1980, 46.000 en 1985, puis 4.000 en 2003. Quatre cents personnes seulement travaillent à ce jour pour les Charbonnages.

Le Pacte charbonnier national de 1994 prépare la disparition de l’entreprise, symboliquement actée par la fermeture en 2004 de la dernière mine, à Creutzwald en Moselle.

Paradoxalement, la disparition des Charbonnages coïncide avec un renouveau du charbon dans le monde.

Première source d’énergie pour fabriquer de l’électricité (40% de la production), loin devant le gaz (20%) et le pétrole (7%), le charbon est de plus en plus demandé, notamment par la Chine et l’Inde.

Ces pays disposent de cette matière première en abondance et en ont besoin pour satisfaire l’insatiable appétit de leur industrie, en pleine expansion.

Moins cher que le gaz ou le pétrole, dont les prix flambent, le charbon est également "un peu moins cher que le nucléaire" hors émissions de CO2, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Le charbon est aussi plus facile à transporter que le gaz et plus abondant : le monde dispose de 40 ans de réserves en pétrole, 60 ans en gaz et 165 ans en charbon, selon l’AIE.

Même en France, le charbon suscite un regain d’intérêt, notamment dans la Nièvre, où subsiste le plus gros gisement français, avec 250 millions de tonnes. Deux petites sociétés proposent de l’exploiter, soit en souterrain soit à ciel ouvert.

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