Liste des auteurs

Article de Bruno Philip paru dans Le Monde du 5 décembre 2006

Les Chinois les plus démunis continuent de s’appauvrir

mardi 5 décembre 2006 par Bruno Philip

Le "miracle" économique chinois a son revers : si le taux de croissance soutenu des dernières années a permis à plusieurs centaines de millions de personnes de s’extirper de la pauvreté, les écarts ne cessent de se creuser entre les plus riches et les plus pauvres de l’empire du Milieu.

Selon le nouveau responsable en Chine de la Banque mondiale, David Dollar, le régime de Pékin avait certes par le passé réussi à réduire le nombre de pauvres dans certaines régions, mais aujourd’hui la situation a changé : "Plus de la moitié des pauvres en Chine ne vivent plus dans des villages officiellement désignés comme zones de pauvreté, a-t-il affirmé vendredi 1er décembre. En fait, 70 % des plus bas revenus de Chine ont vu leur pouvoir d’achat baisser ces dernières années."

Entre 2001 et 2003, si l’on en croit les chiffres de la banque mondiale, les 10 % des Chinois les plus pauvres se sont ainsi appauvris. De plus, si les plus démunis se trouvent aujourd’hui partout dans le pays, la pauvreté reste malgré tout un problème paysan.

Le parallèle est saisissant : un taux de croissance de 10 % annuel depuis le début du siècle correspond à une décroissance de 2,5 % du revenu de ces 10 % de Chinois les moins riches.

Sur 1, 3 milliard d’habitants, 130 millions de personnes survivent avec moins de 1 dollar par jour (contre 377 millions en 1990). Résultat, le produit national brut (PNB) de la République populaire ne cesse d’augmenter et la classe moyenne supérieure ne cesse de s’enrichir au détriment de ceux qui ne cessent de s’appauvrir...

Comme le précise encore M. Dollar, "il suffit d’aller à 100 kilomètres autour de Pékin pour trouver des villages où, même s’il n’y a pas un fort taux de pauvreté, plusieurs familles sont très pauvres."

Quant aux migrants, poursuit-il en faisant référence à plus d’une centaine de millions de paysans venus trouver du travail dans les villes, "ce sont les personnes relativement les plus pauvres du pays".

DISPARITION DE LA "SÉCURITÉ SOCIALE"

Devenu la quatrième économie mondiale, la Chine doit payer le prix d’avoir accepté une inégalité croissante entre ceux qui ont bénéficié du fameux "miracle" et ceux qui ont été laissés au bord de la route du succès.

Certains experts estiment ainsi que le démantèlement progressif du système de protection sociale dont jouissaient les employés d’"unités de travail" explique en partie l’appauvrissement de certaines classes sociales.

Un économiste chinois, Li Zhining, précise qu’"avant le début des réformes économiques (c’est-à-dire au commencement des années 1980), le système de sécurité sociale en Chine était déjà très fragile. Aujourd’hui, il a pratiquement disparu. Le gouvernement ne dispose donc plus de beaucoup de moyens pour faire face à ce creusement des inégalités. Je pense que la disparité entre riches et pauvres sera un problème impossible à résoudre à court terme."

Un autre économiste de la banque mondiale en Chine, Bert Hofman, souligne cependant que les analyses de la banque démontrent que la majorité de cette couche des plus démunis ne sont pauvres que temporairement, soit en raison d’un licenciement à la suite de la restructuration d’une entreprise d’Etat, soit d’une maladie, soit d’un événement imprévisible dans leur existence. "Seuls 20 % ou 30 % des plus pauvres risquent de le rester longtemps et encore, ils ont souvent des économies", soutient-il.

Les réformes initiées à partir de 1978 par l’ancien dirigeant Deng Xiaoping ont permis à 400 millions de Chinois de s’arracher de leurs conditions de pauvres en un quart de siècle. Mais le fossé n’a, ces dernières années, cessé de s’élargir entre les revenus urbains et paysans : 8 % à 9 % de croissance du niveau de vie pour les citadins contre à peine 5 % pour les gens des campagnes.

Pendant ce temps, les spécialistes de l’économie chinoise remarquent que le "boom" dont jouit l’empire du Milieu continue de profiter d’abord aux groupes étrangers, tandis que la Chine est devenue, depuis 2004, le troisième exportateur mondial, ravissant cette place au Japon.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !