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Fanny Doumayrou | L’Humanité du 19 mars 2007

Les Citroën défendent le droit de grève

lundi 19 mars 2007 par Fanny Doumayrou
Justice . Quatre syndicats de l’usine d’Aulnay-sous-Bois ont déposé plainte contre la direction qui utilise des intérimaires pour casser la grève lancée le 28 février.

Matinée particulièrement animée, vendredi au tribunal de grande instance de Bobigny. Toujours prêts à aller « jusqu’au bout », plusieurs centaines d’ouvriers de l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois, en grève sur les salaires depuis plus de quinze jours, sont venus assister à une audience qui les concerne de près : les quatre syndicats soutenant la grève (CGT, CFDT, SUD, UNSA), ainsi que la CGT de la société d’intérim Manpower, assignent en référé la direction de l’usine pour avoir utilisé des intérimaires à la place de salariés en grève. Une atteinte au droit de grève formellement interdite par le Code du travail.

de nouveaux noms sur les registres

Tandis que le gros des troupes patiente devant les portes du tribunal, une cinquantaine de grévistes, la plupart debout et en blouse de travail, s’installe dans la salle des référés. Marie-Laure Dufresne-Castets, avocate des syndicats, rappelle comment 500 ouvriers sur les 3 400 de l’usine se sont mis en grève le 28 février, et dénonce : « Dès le lendemain 1er mars, la direction a embauché des intérimaires pour faire fonctionner l’usine. Elle a ainsi pu remettre en route, au ralenti, une ligne de montage sur deux, le ferrage et la peinture. »

À l’appui, des témoignages de délégués du personnel, qui ont relevé de nouveaux noms sur le registre du personnel, constaté des arrivées massives aux sessions de formations organisées pour les intérimaires, et ont vu de leurs propres yeux de nouveaux ouvriers dans les vestiaires et sur les chaînes. Par ailleurs, des intérimaires embauchés avant le conflit, ont été changés de poste de travail pour pallier la grève. Alerté par les syndicats, l’inspecteur du travail est venu constater les faits et a écrit trois courriers à la direction. « Mais Peugeot-Citroën a ignoré ces avertissements et continué à faire tourner sa boutique de manière illicite, dénonce l’avocate. L’objectif est de casser la grève, de décourager les grévistes qui voient leurs postes occupés par d’autres et l’usine tourner ». Elle demande au tribunal d’interdire à Peugeot-Citroën ce recours illégal aux intérimaires.

décision rendue le 26 mars

En face, l’avocat du constructeur automobile nie toute violation de la loi. Il déclenche un rire général dans la salle, lorsqu’il affirme que ces arrivées d’intérimaires « étaient programmées depuis plusieurs mois » dans le cadre de trois opérations prévues pour mars : la mise en place d’une équipe de nuit, du système Hoschin d’amélioration de la productivité, et d’un plan d’urgence pour améliorer la qualité. Forcé d’admettre que précisément, ces projets ont été ajournés du fait de la grève, il insiste : « Ces contrats d’intérimaires n’ont pas été conclus pour faire face à la grève. » La décision sera rendue le lundi 26 mars.

Après l’audience, les grévistes sont retournés à l’usine pour organiser une collecte auprès des ouvriers non grévistes. Fait notable, ces collègues, même s’ils ne participent pas au mouvement, le soutiennent dans leur écrasante majorité, expliquent les cégétistes. Dans l’après-midi, les unions départementales CGT, CFDT, SUD et UNSA ont remis aux grévistes 15 000 euros de soutien récoltés en deux jours auprès d’autres salariés du département, dont 12 340 euros recueillis par la CGT. Les grévistes se retrouvent ce matin en assemblée générale pour décider de la suite du mouvement.

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