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Philippe Grangereau , JEAN QUATREMER | Libération le 9 novembre 2007

Les Etats-Unis forcés de reconnaître l’étendue de la crise

samedi 10 novembre 2007 par Jean QUATREMER, Philippe GRANGEREAU
Finance. Le patron de la Réserve fédérale a concédé que la croissance allait « ralentir ».

Les récents revers de l’économie américaine peuvent-ils déboucher sur une récession ? Telle était la question à laquelle devait répondre, hier, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke. Convoqué devant le Congrès, il a reconnu que la croissance économique américaine allait « ralentir ». Des analystes prédisent une croissance de 2 % ce semestre, qui deviendra anémique début 2008. Bernanke s’est voulu rassurant. Il a admis que la crise commençait à toucher la consommation, qu’il y avait un « risque d’inflation », mais a répété que l’économie demeurait « solide ». Au risque de contredire de nombreux experts, il s’est dit plus ou moins convaincu que la crise du crédit immobilier allait être résolue « début 2008 ».

Une conjonction d’éléments semble pointer un scénario moins rose. Le prix du baril de pétrole est à un niveau record ; le dollar est au plus bas ; l’or, valeur refuge, grimpe ; l’indice Dow Jones chute ; l’immobilier s’effondre et la consommation pique du nez. Hier, les valeurs technologiques ont dégringolé à Wall Street, plombées par les annonces de Cisco qui a vu un net ralentissement de ses commandes, signe d’une possible extension de la crise au secteur technologique… Après Merrill Lynch et Citigroup, deux autres grandes banques d’investissement ont annoncé mercredi des pertes inattendues : 3,7 milliards de dollars pour Morgan Stanley et 2,6 milliards de dollars pour AIG (2,52 et 1,77 milliards d’euros). L’inquiétude grandit : ces banques ne parviennent toujours pas à évaluer l’ampleur de leurs pertes. Elles ont acquis ces dernières années d’énormes quantités d’« obligations adossées à des actifs » (CDO). Ces titres sont censés refléter la valeur de biens immobiliers acquis via des subprimes. Mais à mesure que les propriétaires s’avèrent incapables de rembourser leurs traites, ces biens sont saisis et remis sur un marché immobilier en phase d’effondrement. D’où l’impossibilité d’évaluer ces actifs en dévaluation constante. Les analystes des banques dont les portefeuilles sont contaminés par les CDO, ont revu leurs prévisions. Les pertes globales, jusqu’alors estimées à 20 milliards de dollars, pourraient atteindre le triple.


Euro fort, statu quo à Francfort

Alors que l’euro a battu, mercredi, un nouveau record face au billet vert, à 1,4731 dollar, avant de se replier sous 1,47 dollar, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, hier, de sortir l’artillerie lourde afin de ramener les marchés à la raison. En langage de banquier, ce n’est pas très spectaculaire, mais les investisseurs savent décrypter : « Sur la période récente, j’ai observé des mouvements que je n’hésiterais pas à qualifier de brutaux et d’abrupts et j’ai déjà dit que les mouvements brutaux n’étaient jamais les bienvenus », a martelé hier Jean-Claude Trichet, le président de la BCE.

Mode panique. L’emploi des mots « brutaux et abrupts » signifie qu’il n’a rien contre un euro fort, mais que son renchérissement (+ 11 % face au dollar depuis janvier) est trop rapide.

Le problème est que les investisseurs, depuis l’éclatement de la crise immobilière cet été, sont plutôt en mode panique et fuient le plus rapidement possible les Etats-Unis, désormais catalogués zone à risque, pour des contrées plus accueillantes. Car, ce n’est pas l’euro qui grimpe, c’est le dollar qui s’effondre. Les principales monnaies battent leur record face au billet vert : la livre sterling a ainsi atteint son plus haut depuis vingt-six ans, à 2,1 dollars, tout comme le franc suisse, le dollar canadien, la couronne norvégienne, etc. L’assouplissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, qui a ramené son principal taux directeur de 5,25 % à 4,5 % en deux mois, afin de contrer les effets de la crise des subprimes sur la croissance, n’a pas arrangé les affaires.

Pour ne pas en rajouter, la BCE n’a eu d’autre choix que de laisser inchangé, pour le cinquième mois consécutif, le loyer de l’argent. Lors de leur réunion mensuelle à Francfort, hier, les gouverneurs des 13 banques centrales de la zone euro ont maintenu le Refi, le principal taux directeur européen, à 4 %. Un geste qui a dû leur coûter alors que l’inflation a connu une pointe en octobre (+ 2,6 % contre 2,1 % en septembre) et qu’elle devrait se maintenir au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la BCE au moins jusqu’au début de 2008. Mais comme la Fed va probablement continuer à assouplir sa politique, les taux américains et européens risquent de se retrouver au même niveau, voire de se croiser, ce qui pourrait renchérir l’euro, sa rémunération devenant plus attractive.

Nuages. Le statu quo observé par la BCE risque donc de durer. Ce qui est une bonne nouvelle, vu les nuages qui s’accumulent sur la croissance européenne. On peut même se demander si elle ne sera pas obligée de diminuer ses taux si l’euro poursuit son envolée, ce qui est probable compte tenu des déséquilibres américains et des intentions chinoises de diversifier leurs réserves de change. Mais, les banquiers centraux préoccupés par l’inflation peuvent se consoler en pensant qu’une hausse de l’euro a le même effet qu’un tour de vis monétaire…

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