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Laurent MAURIAC | Libération le 11 janvier 2007

Les Etats-Unis traversés par une légère brise sociale

jeudi 11 janvier 2007 par Laurent Mauriac

En l’espace de quelques jours, la nouvelle majorité démocrate a déposé une proposition de loi prévoyant le relèvement du salaire minimum (lire ci-dessous). Lundi, le gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger, a proposé l’assurance maladie pour tous dans son Etat, la Californie. Ce week-end, Nancy Pelosi, la nouvelle présidente de la Chambre des représentants, a estimé qu’abroger les coupes d’impôt « pour ceux qui gagnent un certain montant, 500 000 dollars par an, est sans doute plus important pour le peuple américain qu’ignorer les besoins d’éducation ou de santé des enfants ».

En proposant une couverture santé universelle, Schwarzenegger suit l’exemple du Massachusetts où elle a été créée en 2006. L’idée est d’obliger tout le monde à souscrire une assurance. Les plus démunis bénéficiant pour cela d’une aide publique. Au plan national, 46,6 millions d’Américains sont sans couverture. Soit 6,8 millions de plus qu’en 2000. Les plus démunis ont droit au système public Medicaid. Mais beaucoup de travailleurs pauvres gagnent trop pour y prétendre et pas assez pour avoir une assurance privée.

Cette situation, de plus en plus préoccupante, pourrait être un des thèmes majeurs de la prochaine présidentielle. « La situation est étrange, estime l’économiste David Card. Beaucoup de gens sont d’accord avec l’idée d’une couverture santé pour chacun, sans être prêts à payer pour ça. »

Sur le plan fiscal, les démocrates sont gênés par l’image tax and spend (taxer et dépenser) que leur collent leurs adversaires. « Si le salaire minimum est un thème populaire pour les démocrates, les coupes d’impôts le sont pour les républicains », observe l’économiste conservateur James Sherk. Pelosi place le débat sur le terrain de la justice fiscale. « A partir du moment où l’économie se porte bien, les gens n’ont pas de ressentiment contre ceux qui se portent extrêmement bien », répond James Sherk.


Au moins 7, 25 dollars de l’heure

La nouvelle majorité démocrate s’est attaquée au salaire minimum, inchangé depuis dix ans.

C’était la principale promesse économique de la majorité démocrate : augmenter le salaire minimum fédéral qui n’a pas bougé depuis dix ans. Hier, le Congrès examinait une proposition de loi visant à le faire passer de 5,15 à 7,25 dollars (de 4 à 5,60 euros). Le président Bush a annoncé qu’il ne s’y opposerait pas, à condition que la mesure soit couplée avec « un allégement d’impôt et de réglementation » pour les entreprises. L’existence même du salaire minimum continue de faire débat aux Etats-Unis. Ses opposants se disent persuadés qu’il décourage les embauches. « Il y a toujours un grand nombre d’économistes et d’hommes d’affaires qui s’opposent à toute régulation des prix, explique David Card, un économiste de Berkeley. Ils nourrissent une croyance au sens quasi-religieux du terme, en la perfection du libre marché. »

« Influence théorique ». David Card a beaucoup fait parler de lui voici une dizaine d’années, en publiant une étude sur l’impact du salaire minimum. Comparant la situation du secteur des fast-foods dans le New Jersey, où il avait augmenté en 1992, et en Pennsylvanie, où il était resté stable, ils conclurent que son existence avait un impact négligeable sur le niveau de l’emploi. Selon eux, la théorie classique de l’offre et de la demande ne peut suffire à expliquer le fonctionnement du marché du travail. Cette étude, abondamment critiquée par les économistes de droite, a marqué un tournant. « Nous avons eu une influence théorique, constate aujourd’hui David Card. Mais dans les faits, quand on voit que le salaire minimum n’a pas bougé depuis dix ans, nous sommes des losers complets... »

Néanmoins, chaque Etat est autorisé à fixer un seuil supérieur. C’est le cas dans 29 d’entre eux. Six l’ont augmenté lors de référendums organisés à l’occasion des élections de mi-mandat de novembre dernier. Le ministère du Travail estime à 1,9 million le nombre d’Américains gagnant un salaire inférieur ou égal au minimum fédéral.

Les républicains restent en retrait du débat qui se poursuit entre économistes. « C’est une mesure populaire qui, intuitivement, semble une bonne chose aux gens, explique James Sherk, économiste à la Heritage Foundation, un centre d’études conservateur. Les républicains ne voient pas l’intérêt politique de s’opposer à une mesure aussi populaire. »

James Sherk pense cependant que le Smic est dommageable à l’économie. Selon lui, plus de la moitié des bénéficiaires ont entre 16 et 24 ans et cherchent à « compléter le revenu de leur famille ». Les travailleurs pauvres ne seraient pas les premiers concernés et le relèvement du salaire minimum découragerait les employeurs de faire appel aux moins qualifiés.

Effet d’entraînement. Economiste à la Brookings Institution, Jason Furman estime au contraire que dix à quinze millions de travailleurs pauvres bénéficieront de l’augmentation, compte tenu de l’effet d’entraînement sur les salaires légèrement supérieurs. « En 2006, une famille de quatre enfants avec un seul parent travaillant à plein temps et gagnant le salaire minimum était sous le seuil de pauvreté », explique-t-il (20 500 dollars par an en comptant les aides sociales). La mesure lui permettrait de repasser au-dessus. « La hausse du salaire minimum ne serait qu’un retour à ce qu’il était voici dix ans, compte tenu de l’inflation », estime-t-il. Depuis son instauration en 1938, il vient de connaître sa plus longue période sans augmentation.

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