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Pierre Briançon | Le Monde du 02.05.08.

Les Européens affaiblissent eux-mêmes leur projet de gazoduc

samedi 3 mai 2008 par Pierre Briançon

Romano Prodi a sagement refusé l’offre d’emploi de Vladimir Poutine, qui lui proposait de présider South Stream, le projet russo-italien de gazoduc.

Le président et futur premier ministre russe espérait réitérer le "coup" Schröder : juste après sa défaite électorale de septembre 2005, l’ancien chancelier allemand s’était vu proposer - et avait accepté - la présidence de Nord Stream, un autre gazoduc russe en préparation sous la Baltique. Gerhard Schröder s’était ainsi reconverti quelques semaines seulement après avoir promis la collaboration de l’Allemagne au projet.

La Russie sait qu’elle peut toujours compter sur l’Allemagne et l’Italie, sur leur appétit pour le gaz russe, pour enfoncer un coin dans la politique commune de l’énergie que la Commission européenne tente d’élaborer tant bien que mal.

South Stream, piloté par Gazprom et le groupe pétrolier italien Eni, fut d’abord conçu comme une réponse au projet Nabucco, soutenu par les Etats-Unis et sponsorisé par l’Union européenne, et qui doit contourner la mer Caspienne via la Turquie pour amener à l’Europe le gaz d’Asie centrale qui lui permettrait de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

South Stream a marqué des points ces derniers mois, quand la Serbie et la Bulgarie ont accepté de s’y joindre. Mais on peut interpréter la tentative de recruter M. Prodi comme le signe que M. Poutine prend Nabucco au sérieux. Si c’est le cas, il y croit plus que les Européens eux-mêmes.

Car ce projet de gazoduc de l’Union est marqué par la désunion - et manque de gaz. Indépendamment même de l’Allemagne et de l’Italie, ses membres actuels se chamaillent et ne parviennent pas à s’entendre sur sa composition.

Gaz de France vient ainsi de se voir refuser de rejoindre Nabucco en raison de l’opposition de la Turquie, contrariée par la loi française assimilant le massacre des Arméniens de 1915 à un génocide. Ce faisant Nabucco s’est privé à la fois d’un investisseur et d’un client.

Plus grave encore, le projet de Nabucco n’a aucun sens économique sans le gaz iranien - ce que les sanctions américaines et européennes contre l’Iran empêchent d’envisager pour le moment. M. Poutine n’avait même pas besoin de M. Prodi pour affaiblir Nabucco : les Européens s’y emploient très bien eux-mêmes.

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