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Article de Cécile Calla et Philippe Ricard paru dans Le Monde du 5 décembre 2006

Les Européens attendent l’Allemagne au tournant dans le domaine de l’énergie

mardi 5 décembre 2006 par Philippe Ricard, Cécile Calla

L’énergie et la lutte contre le réchauffement climatique figurent parmi les priorités de la présidence allemande de l’Union, au premier semestre 2007. C’est du moins l’ambition de la chancelière allemande Angela Merkel, qui multiplie les consultations préparatoires en ce sens. Le sujet devrait ainsi figurer à l’ordre du jour du sommet du Triangle de Weimar, qui réunira l’Allemagne, la France et la Pologne, mardi 5 décembre, à Mettlach, en Sarre, et qui sera précédé d’une rencontre entre le président Chirac et Mme Merkel, avec leurs ministres des affaires étrangères.

La Commission et ses voisins européens attendent l’Allemagne au tournant dans un domaine où elle a de multiples intérêts à faire valoir. La récente panne survenue le 4 novembre dans le nord de l’Allemagne, qui a plongé dans le noir une dizaine de millions de foyers d’Europe, a souligné les divergences entre Bruxelles et Berlin sur la meilleure façon de parachever le marché européen de l’énergie.

Opposés à tout transfert de souveraineté en la matière, les Allemands martèlent leur opposition à certains projets défendus par la Commission, alors que celle-ci prépare pour le 10 janvier 2007 une série de mesures destinées à concrétiser la stratégie européenne.

L’Allemagne ne veut pas entendre parler de la mise en place d’un régulateur européen. Et refuse la séparation totale entre les activités de production et de distribution d’énergie, telle qu’envisagée par certains responsables bruxellois, comme la commissaire en charge de la concurrence, Neelie Kroes. "Les réticences de Berlin vont devoir inciter la Commission à faire preuve de prudence dans ces propositions", dit une experte.

DEMANDE DE SOLIDARITÉ

Avant de songer à de nouvelles législations, Berlin juge plus utile de procéder comme prévu à la libéralisation totale du marché, au 1er juillet 2007, sur la base d’une application uniforme dans tous les pays membres du cahier des charges existant. Tout en respectant cette échéance, le gouvernement allemand fait valoir qu’un nouvel ensemble de mesures destinées à favoriser la concurrence sur le marché de l’énergie est actuellement en préparation au ministère de l’économie.

"L’Allemagne a déjà fait beaucoup pour libéraliser son marché de l’électricité si on compare avec les autres pays membres, observe Enno Harks, de la fondation Wissenschaft und Politik, on peut donc comprendre qu’elle fasse actuellement preuve de réserve."

Autre domaine sensible : la diplomatie énergétique. Tandis que l’Union cherche à parler d’une seule voix, Berlin a les moyens de peser seul face à ses principaux fournisseurs, comme la Russie. Dans son programme de travail sur la présidence de l’Europe adopté, mercredi 29 novembre, le gouvernement Merkel souligne que "l’Union européenne doit mettre en place sur une base solide le partenariat en matière de politique énergétique avec les pays fournisseurs, les pays de transit et les pays consommateurs" tout en impliquant mieux les Etats membres.

Cependant, les partenaires de l’Allemagne lui demandent de faire preuve de davantage de solidarité. Le projet de construction d’un gazoduc germano-russe dans la mer Baltique a ainsi profondément irrité la Pologne et les pays baltes. Si Mme Merkel n’a pas remis en cause l’accord signé en septembre 2005 par son prédécesseur Gerhard Schröder, elle a multiplié les signes d’apaisement envers Varsovie.

Lors d’une rencontre fin octobre à Berlin avec le président polonais Lech Kaczynski, qu’elle retrouvera, mardi, en Sarre, la chancelière a rappelé que ce "projet n’était pas dirigé contre certains pays". Mais son discours n’a pas encore convaincu un gouvernement polonais très méfiant face à la Russie : "La meilleure façon de nous calmer serait d’abandonner le projet", commentait récemment le ministre polonais de l’économie, Piotr Wozniak.

Enfin, la grande coalition au pouvoir à Berlin dispose de peu de marges de manoeuvre dans un domaine où une poignée de pays européens, dont la France, souhaitent progresser : le nucléaire. Comme chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates divergent sur l’opportunité de prolonger la durée de vie des centrales, le contrat de coalition a confirmé la sortie du nucléaire d’ici à 2020, décidée en 2000 par le gouvernement Schröder.

A Bruxelles, l’Allemagne plaide pour une approche ambitieuse en matière d’énergie renouvelable. Mais en dépit de la priorité qu’elle donne à la lutte contre le réchauffement climatique, elle résiste à la fixation d’objectifs précis en matière d’approvisionnement à faible émission de CO2, au prétexte que le bouquet énergétique reste une compétence nationale. Pour les Français, favorables à un seuil de 50 %, un tel objectif permettrait de pousser discrètement la cause du nucléaire.

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