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L’Humanité | Sébastien Ganet le 13 février 2007

Les PME étranglées par les délais de paiement

mardi 13 février 2007 par Sébastien Ganet
Économie. Les factures non réglées aux fournisseurs représentent 600 milliards d’euros. Un rapport juge le problème « endémique » en France.

« Les retards de paiement sont extrêmement fréquents en France. Ils concernent une transaction sur trois en moyenne », affirme le rapport annuel 2 006 de l’Observatoire des délais de paiement, présidé par Jean-Paul Betbèze. L’économiste les qualifie de « problème quasi endémique de l’économie française ». L’allongement des délais de paiement entre donneurs d’ordres et fournisseurs (on parle de « solde de crédit commercial » entre entreprises) est devenu emblématique des maux qui rongent l’industrie, notamment automobile et aéronautique, et les services. S’insérant dans la cascade des contrats de sous-traitance, les retards de paiement représentent 600 milliards d’euros. Concrètement, « la moitié des entreprises sont payées avec un délai représentant plus de 40 jours du montant de leurs achats, et le quart des entreprises, plus de 66 jours », souligne Jean-Paul Betbèze. Pour les petites et moyennes entreprises (PME) de 20 à 249 salariés, « la moitié de leurs créances leur seront payées dans un délai équivalent à plus de 59 jours de chiffre - d’affaires et 25 % à plus de 82 jours ».

Les PME, notamment de moins de 20 salariés, souffrent des retards de paiements imposés par leurs clients, grosses PME ou groupes industriels. Tout se passe comme s’il y avait un transfert de trésorerie des petites vers les grandes. Ainsi, « les petites entreprises de moins de 20 salariés [...], globalement, sont passées d’une situation d’emprunteuse à une situation de prêteuse », explique le rapport. En d’autres termes, en retardant au maximum le paiement de leurs factures, les grands groupes conservent dans leurs caisses la trésorerie qui normalement devrait servir à payer les PME qui les fournissent. Les retards se répercutent tout au long de la chaîne de sous-traitance. En bout de course, les plus petites PME sont étranglées, « l’allongement des délais de paiement (s’opérant) au détriment de l’investissement et de la recherche », souligne le document. Plus périlleux encore, certaines PME, ainsi amputées de leurs ressources, sont incapables de boucler en fin de mois les salaires. Elles se tournent vers les banques pour obtenir un « crédit à la trésorerie », se substituant au « crédit commercial ». Jugées alors plus risquées par les banques, ces petites entreprises se voient imposer un coût du crédit plus élevé. Un scénario « grave et dangereux » se met en place. À la « trésorerie pléthorique » des groupes du CAC 40 maintes fois soulignée par la presse en 2005 et 2006, répond la trésorerie exsangue des PME.

« La commission européenne a constaté qu’une défaillance sur quatre était due à des retards de paiement », précise le rapport. Plus loin, il stipule que cette observation a été confirmée par l’enquête menée par Euler Hermes Sfac en 2001. « Les défauts de paiement des clients et l’allongement des délais y apparaissent alors comme la première cause de défaillances. » Pour souligner l’ampleur du phénomène, des « risques de contagion » sont même évoqués par le rapport.

(1) Jean-Paul Betbèze est aussi directeur des études économiques au Crédit agricole et membre du Conseil d’analyse économique (CAE).

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