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Fanny Doumayrou | L’Humanité du 30 mars 2007

Les agents défendent le service public de l’emploi

vendredi 30 mars 2007 par Fanny Doumayrou
Près de deux mille employés de l’ANPE ont manifesté hier à Paris contre la privatisation de l’agence lancée par un décret paru mercredi.

Le directeur général de l’ANPE, Christian Charpy, en prend pour son grade : « Charpy, ton décret il est pourri », « Charpy, au guichet », « Le décret, on en fait de la charpie », proclament les pancartes et slogans des centaines d’agents ANPE venus de toute la France manifester à Paris, hier après-midi, entre Trinité et le Conseil d’état. À l’appel des huit organisations syndicales, unies pour la première fois depuis dix-sept ans, ces conseillers à l’emploi et employés administratifs exigeaient l’abrogation du décret paru mercredi et ouvrant la voie à la privatisation de l’ANPE par la création de filiales de droit privé. Comme prévu par la direction elle-même, l’appel national à la grève a rencontré un « succès exceptionnel » puisque le SNU-ANPE, premier syndicat, a recensé 269 agences fermées et près de 13 000 grévistes, soit 51 % des effectifs.

À l’origine, la mobilisation était prévue pour s’opposer à la parution du décret, mais le gouvernement a choisi de passer en force et de le publier mercredi, à la veille de la grève. « C’est une véritable provocation », s’emporte Véronique Riesco, représentante CGT en Haute-Normandie. « La direction a communiqué en interne qu’il n’y avait aucune crainte à avoir par rapport à ce décret, mais on sait bien que la création de filiales commerciales va mettre à mal nos missions de service public ». Dans le cortège, les agents expriment aussi leur ras-le-bol des conditions de travail qui se sont dégradées avec l’instauration début 2006 du « suivi mensuel personnalisé », qui consiste à recevoir tous les chômeurs une fois par mois. « Les cadences de réception augmentent, les entretiens durent entre 10 et 20 minutes », déplore Sabine Landrevie, conseillère dans le Nord-Pas-de-Calais et militante au SNU.

« Il faudrait pouvoir consacrer 45 minutes à chacun », confirme Sandrine, conseillère à Saint-Brieuc. « Mais l’écoute, la direction générale et le gouvernement s’en fichent. Ce qu’ils veulent, c’est des chiffres. Chaque semaine, on a droit à une messe de notre directeur, pour nous inciter à radier les chômeurs qui refusent un emploi, quelles que soient les raisons, ou ceux qui ratent des entretiens. Pour l’instant, on résiste à ces pressions ». Sa collègue Corinne ajoute : « Le problème de fond, c’est l’emploi. L’ANPE ne crée pas d’emplois ! On n’a que des boulots précaires à proposer, ou alors dans la restauration, le bâtiment, l’agriculture ». « Les discours des dirigeants font croire qu’il faut mieux accompagner les chômeurs pour les ramener au travail, cela sous-entend qu’ils ne cherchent pas, alors qu’en réalité, il n’y a pas d’emplois », appuie Sabine Landrevie.

Très présent dans les esprits également, l’arrivée sur le marché de concurrents privés financés par les Assedic, et présentés partout comme plus « efficaces » que l’ANPE. « Ces cabinets privés sélectionnent les chômeurs, ils ont plus de moyens que nous, mais les rares résultats qu’ils communiquent ne sont pas meilleurs que ceux de l’ANPE », conteste Sabine Landrevie. « Pour eux, un chômeur qui trouve une mission d’intérim de 8 jours est placé ! » « Ces prestataires privés se font de l’argent sur les cotisations Assedic payées par les salariés et les entreprises, dénonce Véronique Riesco de la CGT. Les gestionnaires de l’UNEDIC savent que ça coûte cher, mais ils font ce choix politique d’ouvrir le marché au privé ».

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